Reporters : Le 9 janvier a marqué le lancement de la campagne de sensibilisation pour la vaccination anti-Covid, en quoi consiste-t-elle et quelle est son utilité ?
Mohamed Bekkat Berkani : Le but d’une campagne de sensibilisation, comme son nom l’indique, est de sensibiliser ceux qui doivent reçoivent les vaccins. C’est une campagne qui s’adresse au grand public et il y a des organes et des médias qui leur est destiné qui peuvent soutenir la pédagogie de la vaccination. Il s’agit en fait de démontrer aux Algériens que c’est important et nécessaire de se faire vacciner, d’une part, et de les persuader de la difficulté de faire vacciner tout le monde en même temps, d’autre part. C’est-à-dire qu’il faut commencer par des catégories ciblées comme cela a été annoncé. En l’occurrence, le personnel de santé, les corps constitués, les personnes âgées et vulnérables. Il s’agit d’expliquer que si on commence par les personnes âgées et vulnérables, c’est parce que ce sont celles qui ont le plus de risque de développer des formes graves de la maladie et meurent le plus dans les services de réanimation. Le personnel soignant est en première ligne face à la Covid-19, donc plus de risques d’être contaminés. Concernant les corps constitués, ils sont aussi prioritaires du fait de leur utilité qui est obligatoire dans le fonctionnement de la société comme la Protection civile, la Police, la Gendarmerie nationale et l’Armée nationale populaire.
Ensuite, à travers cette campagne de sensibilisation, il s’agit aussi de convaincre les personnes qui doivent se faire vacciner de l’innocuité et de la valeur du vaccin anti-Covid Spoutnik V et qu’il a donné ses preuves. Ceci en expliquant que la Russie est un pays développé qui a des avancées scientifiques et qu’elle est capable de fabriquer des vaccins aussi efficaces que celui des Américains ou des pays européens. Lors de cette campagne de sensibilisation, il est important de vulgariser l’information à travers des mots accessibles à tous sans noyer l’information dans des termes trop techniques. Pour cela, il faudrait aussi impliquer les personnalités publiques et populaires telles les grands sportifs, les artistes ou les influenceurs afin de toucher la corde sensible des Algériens et convaincre le maximum de la population de la nécessité de se vacciner parce que le vaccin est la seule solution pour vaincre l’épidémie.

La vaccination est prévue au courant de ce mois de janvier et il a été annoncé lors de lancement de la campagne de vaccination que ce sera certainement au courant de la semaine prochaine, avez-vous plus d’éclaircissement à ce sujet ?
Tout d’abord, il faut reconnaître que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a pris une décision politique. Il a dit qu’il faut faire la vaccination en janvier, c’est une décision politique importante, parce que plusieurs pays ont déjà commencé la vaccination de leurs populations et il n’est pas question que l’Algérie soit à la traîne.
Maintenant, il faut exécuter cette décision. C’est maintenant qu’il faut commencer à vacciner parce que nous sommes dans une situation épidémique stable. D’autant plus, qu’à la faveur d’une grande fête nationale et familiale qui arrive, en l’occurrence la célébration de Yennayer, il y a un fort risque, dans 15 jours, d’avoir une troisième vague. Sincèrement, je ne vois pas comment l’Algérie pourrait échapper à une troisième vague. Depuis le début de la pandémie, nous avons toujours eu un délai de 15 jours à un mois, après les vagues européennes et occidentales. La question qui se pose aujourd’hui et pourquoi ne pas mettre à profit ces jours d’accalmie pour commencer à casser la transmission du virus ? Malheureusement, on est toujours dans l’attente du lancement de cette campagne de vaccination. Le risque est que si on commence à vacciner en pleine période d’explosion épidémiologique, les hôpitaux seront débordés et les services de réanimation saturés, alors que l’on pourrait éviter tout cela si on commence à vacciner dès maintenant.

D’un point de vue logistique, les autorités sanitaires affirment que les structures hospitalières et les moyens de transport sont prêts pour assurer le bon fonctionnement de la campagne de vaccination anti-Covid, qu’en pensez-vous ?
Sincèrement je pense qu’il faut prendre en compte l’expérience des pays européens qui ont déjà essayé plusieurs systèmes et qui ont finalement opté pour le vaccinodrome, qui est le moyen le plus centralisé pour contrôler le mode vaccinal et avoir la traçabilité des personnes vaccinées. Un vaccinodrome est un endroit qui sera exclusivement dédié à la vaccination pour ne pas gêner les structures hospitalières dans leurs activités. D’autant plus que les hôpitaux avec cette réserve de lits Covid sont déjà désarmés, surtout dans les services de chirurgie et de cancérologie avec un fort risque d’avoir plus de victimes de cancer que de la Covid. C’est pour ces considérations qu’il serait plus intéressant de faire des vaccinodromes en mobilisant soit des gymnases, des tentes ou pourquoi pas dans la capitale, la Safex (Palais des expositions des Pins-Maritimes). Ceci en mettant en place une véritable organisation, par exemple, en convoquant les personnes âgées à travers les listes de la Sécurité sociale. Il faut vraiment une organisation sans faille. Il faut que l’on prenne conscience que la seule solution pour vaincre cette pandémie, c’est d’arriver à l’immunité collective, soit une vaccination d’au moins 60% de la population. Il faut absolument que cette vaccination soit égalitaire et équitable au niveau de tout le territoire national en incluant les zones d’ombre.

L’Algérie a annoncé qu’elle est sur le point d’acquérir un deuxième vaccin anti-Covid, avez-vous des informations à ce sujet ?
Par rapport au nombre de vaccins nécessaires, il est normal que l’Algérie se tourne vers d’autres fournisseurs, car même si on a 500 000 doses aujourd’hui cela ne suffira pas, bien entendu. Il y a différents types de contacts, des contacts de façon informative et des contacts dans le sens des négociations.
Ce qu’il y a, c’est que nous n’avons pas montré un intérêt, par exemple, pour les vaccins qui ont été livrés dans les autres pays. Mais, il faut se rendre à l’évidence que nous ne pouvions pas raisonnablement utiliser le vaccin de Moderna ou celui de Pfizer, parce qu’il faut des capacités frigorifiques qui ne sont pas à notre portée. Il reste le vaccin à venir d’Astra Zenecca et je pense que c’est assez intéressant. Mais dans le secret qui entoure les vœux d’intention du ministère de la Santé, la question est : est-ce que nous avons véritablement pris des contacts pour l’acquisition du vaccin anticovid d’Astra Zeneca ? Pour le moment, le constat est qu’il n’y a pas un seul vaccin acquis sur le territoire national. On dit qu’il y aura bientôt un arrivage de 100 000 doses du vaccin Spoutnik V, mais cela reste encore flou. Il faut savoir que les 500 000 doses représentent la totalité de la quantité sur laquelle porte le contrat. Mais les livraisons se feront selon les capacités de production du fabricant et la programmation de l’Algérie car il y a plusieurs pays qui ont déjà commandé le vaccin russe. Je suis membre du Comité scientifique et pourtant il y a des choses qui m’échappent.

Un dernier mot concernant la campagne de vaccination anti-Covid ?
La vaccination est quelque chose d’important, de nécessaire et de vital. L’Algérie a pris fait et cause pour des raisons sanitaires, de proximité et de facilités d’accessibilité pour le vaccin Spoutnik V dans un premier temps, mais il sera absolument nécessaire d’avoir d’autres fournisseurs car cela ne suffirait pas. Maintenant, la campagne de sensibilisation doit être une campagne simple, mais utile qui doit impliquer tout le monde afin que cette opération soit couronnée de succès. Les Algériens à l’instar de tous les peuples du monde aspirent à retrouver une vie normale et pour cela il faut prendre conscience que le vaccin reste la seule façon de s’en sortir. Le vaccin est l’arme de destruction massive de la Covid-19.