S’il y a un limogeage qui n’a eu aucun effet de surprise dans le remaniement ministériel opéré dimanche par Abdelmadjid Tebboune, c’est incontestablement celui qui a touché Ferhat Aït Ali. Le départ du désormais ex-ministre de l’Industrie était, en effet, attendu par tout le monde. Il était même le plus attendu, tellement le désaveu à l’encontre du ministre évincé était grand mais aussi partagé par le citoyen, les opérateurs économiques et aussi le président de la République. Lequel n’hésitait d’ailleurs plus, depuis quelque temps, à laisser s’exprimer assez ouvertement son mécontentement des lenteurs qui ont caractérisé la gestion d’un secteur pourtant pleinement engagé dans le plan de relance économique attendu.
Affairé à préparer de nouveaux textes de loi pour les besoins de ce plan, M. Aït Ali semblait parfois oublier, voire ignorer, l’urgence qui l’interpellait dans le traitement de certains dossiers. Et bien qu’il ne soit pas forcément le plus important en termes de priorité, c’est le dossier de l’automobile qui a fini par le pousser vers la porte de sortie.
Un dossier qui lui a valu, en effet, une médiatisation soutenue et sans trêve en le projetant puis, en le maintenant au-devant de l’actualité socio-économique du pays comme aucun autre ministre ne l’aura été durant la première année d’exercice du gouvernement Djerad. Il est reproché à M. Aït Ali d’avoir exagérément passé de temps à mettre en place les nouveaux cahiers des charges relatifs à l’importation de véhicules neufs et l’industrie automobile, d’avoir tardé à accorder les premiers agréments provisoires aux concessionnaires et également d’avoir refusé de livrer les noms de ces derniers. La liste des ratages de l’ex-ministre de l’Industrie dans le seul dossier automobile est encore longue et l’on pourra citer son «ingérence» dans les importations de véhicules de moins de 3 ans comme un autre exemple du cavalier seul que l’intéressé semblait se plaire à afficher dans ses interventions à répétition et qui se sont multipliées les dernières semaines d’avant sa mise à l’écart.
Du coup, le ministre le plus médiatisé est devenu aussi le plus impopulaire parmi ses semblables dans l’Exécutif en place. Un statut inconfortable que M. Aït Ali doit en premier au traitement qu’il a réservé au dossier automobile. Mais bien plus que cela, ce dernier a payé le prix de ses jugements paternalistes à l’égard du citoyen, que les médias n’ont pas manqué de transmettre à l’opinion publique dans leur version carrément provocatrice. La plus récente à inscrire sur ce répertoire date d’à peine quelques jours, lorsque l’ex-analyste privilégié des plateaux de télévision est revenu une nouvelle fois à la charge pour juger que le véhicule n’était pas une priorité pour le citoyen. Et cette fois, il a choisi une autre sémantique pour le dire : «Vous avez le droit de rêver, mais à vos frais, pas aux frais de la République et pas aux frais de la population qui a d’autres rêves. Dans les zones d’ombre je doute fort qu’ils rêvent d’acquérir un véhicule touristique», a-t-il lâché, ouvrant la voie à ses très nombreux détracteurs de le remettre à sa place en lui déniant le droit de se distinguer par ce type de discours.
Un ministre averti…
Le successeur de Ferhat Aït Ali, en l’occurrence Mohamed Bacha, est donc averti de ce qui l’attend en matière de dossiers à faire avancer. L’automobile en est toujours un et M. Bacha semble d’ores et déjà jouir de manœuvres synonymes d’apaisement parmi les différentes parties chez lesquelles son prédécesseur a créé tension et colère. En ce sens, les toutes premières initiatives à prendre dans les plus brefs délais consistent à libérer les agréments définitifs pour les opérateurs et à faire actionner officiellement le processus des importations de véhicules neufs. Ce qui lui vaudra de marquer des points d’estime chez l’opinion publique en usant de la rupture avec un ex-ministre qui, faut-il le souligner, lui a déblayé le terrain législatif pour agir. Au cas où les choses évoluent de la sorte, le nouveau ministre de l’Industrie pourra aussi bénéficier de la reconnaissance d’un président de la République en besoin d’actions réelles sur le terrain que seraient susceptibles de réussir les nombreux secteurs interpellés par cette situation de tension sociale que traverse le pays.
Mohamed Bacha aura également à dépasser à grande vitesse l’étape de la révision des textes de lois qui n’a que trop duré, pour marquer une longue halte devant de nombreux cas de dossiers urgents que compte son secteur, à commencer par le registre des entreprises à devoir sauver de la faillite ou encore celui de la libération de l’investissement à travers des mesures concrètes et réellement incitatives. C’est, en tous les cas, ce type de démarche qui s’est dégagée de sa déclaration à la presse, hier, à l’issue des passations de pouvoir avec Ferhat Aït Ali.
S’engageant «à ne ménager aucun effort» pour la relance du secteur industriel national, le nouveau premier responsable du secteur industriel insiste sur l’importance d’asseoir une base industrielle «forte et solide» à même de contribuer à la diversification de l’économie qui passe par la diversification de l’industrie. Il a ajouté que le ministère de l’Industrie s’employait «à créer une base opérationnelle, indispensable à l’élaboration de plans destinés à organiser les systèmes industriel et informatique et la ressource humaine pour une relance rapide de l’économie nationale».
Un discours promotionnel qui ne change pas forcément de celui développé pendant une année par son devancier au même poste. C’est pourquoi, c’est un changement de rythme qui attend surtout le nouveau rentrant dans l’Exécutif de Djerad, après plusieurs postes occupés au niveau du même ministère durant ses 20 ans de carrière, dont celui de directeur, chef de département, puis directeur général.
M. Bacha a également occupé de 2014 à 2016 le poste de Secrétaire général au ministère de l’Environnement, puis a rejoint, à partir de septembre 2020, le Conseil national économique, social et environnemental (Cnese), en tant que chef du département des études économiques. n