Au moment où les imams menaçaient de durcir le ton et recourir à la protestation pour faire valoir leurs droits, le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs calme le jeu. Mohamed Aïssa adopte désormais un langage plus sage et invite officiellement le syndicat des imams au dialogue après plus d’une année de rupture des négociations.

« J’ai adressé, lundi 26 novembre 2018, une invitation officielle au secrétaire général de la Coordination nationale des imams et fonctionnaires des affaires religieuses, portant proposition d’une réunion de dialogue », a écrit le ministre sur sa page facebook. Précisant qu’« une copie de l’invitation a été envoyée aux parties officielles concernées par le dossier dont le secrétaire général de l’UGTA ». Mohamed Aïssa, tentant de calmer les esprits et de rassurer, ajoutera que « dans l’attente de la réponse de la Coordination, le ministère poursuivra le règlement des problèmes que vivent les fonctionnaires du secteur et qui nous parviennent à travers cette page ou via les moyens de communication traditionnels ».
Certes, le ministre de tutelle a toujours favorisé les voies du dialogue comme il l’a laissé entendre depuis la wilaya de Tizi-Ouzou, lundi, où il était en visite. Mais, force est de constater qu’en laissant « ouvertes » les portes de son département aux imams, il a, d’un autre côté, coupé court devant tout espoir d’arriver à une conclusion. Et pour cause, il exclura toute augmentation des salaires ou révision du statut, alors qu’il s’agit des deux principales revendications des imams. Ces derniers insistent même sur le fait que c’est le ministre en personne qui « a reconnu la légitimité » de leurs doléances et promis, il y a plus d’un an, « une augmentation de salaire ». Sa déclaration, la semaine dernière devant la commission de l’éducation de l’APN, a allumé le feu au sein de la base et poussé le syndicat des imams à monter au créneau. «Du moment que la révision des statuts particuliers reste gelée en Algérie, je ne vois pas d’horizon pour réviser le statut de l’imam qui percevra le même salaire qui lui est actuellement attribué», avait tranché Mohamed Aïssa. Des propos vivement critiqués par le secrétaire général de la Coordination nationale des imams et fonctionnaires des affaires religieuses, affiliée à la centrale syndicale. Djelloul Hadjimi a accusé le ministre d’avoir tourné le dos à ses engagements pris il y a trois ans, rappelant qu’en 2015, Mohamed Aïssa avait promis une révision des salaires.
A travers cette invitation au dialogue, les imams reviennent à la raison et le ministre a réussi à éviter une protesta dans un secteur aussi névralgique pour la société. Il faut dire que la menace pesait sérieusement sur le fonctionnement des mosquées. Cependant, ce n’est pas encore gagné. Le syndicat des imams, même s’il « se félicite » de cette démarche de dialogue qu’il a d’ailleurs « acceptée », selon Hadjimi, joint hier par téléphone, reste prudent. « Nous nous félicitions de cette invitation qui est une démarche civique. Toutefois, nous espérons que ce sera un dialogue pour apporter des solutions, non pas pour dialoguer uniquement », dira notre interlocuteur, excluant des négociations conditionnées, notamment sur les salaires. « Nous devons nous asseoir autour de la table et transcrire à la fin les points d’accord et les points restés en suspens », suggère-t-il encore.
Selon Djelloul Hadjimi, on ne peut pas dissocier les revendications, l’une de l’autre, surtout que « le statut de l’imam est le point auquel sont liés les autres doléances dont les salaires, les primes, le régime indemnitaire, la loi d’orientation… ». En attendant que soit fixée leur réunion avec Aïssa et ses résultats, les imams restent mobilisés et prêts à revenir à la charge. Sur le sujet, Hadjimi est catégorique : « S’il n’y a pas d’avancées sur nos principales revendications, nous interpellons les autorités supérieures et userons de notre droit de protestation. La base est prête et n’attend que notre signal.»