L’Etat devrait maintenir les indicateurs de l’économie qui sont dans le vert tout en gardant un œil avisé sur les facteurs pouvant les influencer, mais aussi rationnaliser les transferts sociaux qui représentent 22% du PIB du de l’Algérie, selon l’économiste Mohamed Achir.

PAR INES DALI
A propos de la croissance économique de 4,7% en 2021 annoncée par le Premier ministre dans la Déclaration de politique générale du gouvernement présentée dimanche à l’Assemblée populaire nationale et à la question de savoir comment il apprécie ce taux et est-il suffisant, il a indiqué qu’«avec toutes ressources et les potentialités que recèle notre économie dans différents secteurs, si on arrive à les capitaliser convenablement, on pourrait même réaliser une croissance à deux chiffres. Mais cela nécessite «des réformes structurelles très importantes pour pouvoir viser un tel cap», a-t-il estimé, notant qu’avec son fort potentiel, l’Algérie «doit réaliser une croissance de 7% pour être dans la dynamique de croissance et de développement». Cela n’empêche pas de reconnaitre que la croissance de «4,7% est déjà un exploit énorme dans un contexte mondial marqué par la crise, la stagflation, surtout après la pandémie de Covid-19, en plus de la crise russo-ukrainienne, l’inflation mondiale».
Les secteurs pouvant booster la croissance économique sont, de l’avis de M. Achir, l’agriculture, les hydrocarbures et quelques autres activités industrielles. «Globalement, on ressent une certaine reprise de l’activité économique durant cette année 2022», a-t-il dit.
Concernant l’inflation galopante qui a atteint 7,2% en 2021 et qui a poursuivi la même tendance cette année, avec un taux ayant grimpé à 9,4% en juillet, il a estimé qu’elle reste «maitrisée malgré tout malgré», surtout «comparativement à la hausse dans d’autres pays dans le monde, y compris les ceux de l’Union européenne et les Etats-Unis., sans oublier que la Turquie affiche une inflation de 84%». D’où, commente l’économiste, «relativement au contexte mondial qui est marqué par une spirale inflationniste touchant les matières premières, les produits finis et semi-finis, le transport, la logistique, les services, etc., l’Algérie a pu maîtriser l’inflation grâce au soutien des produits de première nécessité». L’inflation a également été maîtrisée, a-t-il ajouté, grâce à la stabilisation du taux du dinar algérien que les autorités monétaires et financières du pays ont décidé de ne pas baisser davantage par rapport à l’euro.
Commentant les exportations hors hydrocarbures qui ont atteint 4,4 milliards de dollars à fin août pour un objectif de 7 milliards de dollars à la fin de l’année, il a encore noté que «c’est un exploit», soulignant que «le plus important, c’est que l’Algérie n’a pas régressé par rapport au niveau des exportations hors hydrocarbures de l’année 2021. On s’accroche, il n’y a pas de recul». Pour lui, si le pays arrive à maintenir une moyenne d’exportation hors hydrocarbures autour de 5 milliards de dollars, «ce serait bien car cela donne un effet structurel et non un effet conjoncturel». L’Algérie connait, par ailleurs, un retour à l’excédent commercial (près de 14 milliards de dollars) et un excédent de la balance des paiements de 9,1 milliards de dollars à fin août 2022, contre un déficit de 4,4 milliards durant la même période en 2021. Ce que l’économiste juge «très important», notant qu’il faut tout de même rappeler qu’on passe d’une situation de déficit annuel de la balance des paiements à une situation d’excédent. «Depuis des années, pratiquement depuis 2015, la balance des paiements enregistrait un déficit. Maintenant que nous passons à un solde positif, cela est également un autre exploit pour l’économie algérienne», a-t-il relevé, rappelant qu’il y a aussi eu une réduction très importante des importations des biens et des services.
«Maîtriser les positions financières extérieures du pays donnerait une amélioration des équilibres macro-financiers, d’où cela va stabiliser les indicateurs macroéconomiques. C’est également une condition pour la reprise économique. Donc il faut passer par cette étape de stabilisation des comptes publics qu’ils soient externes ou internes. Il faut impérativement stabiliser les indicateurs macro-financiers du pays. C’est une condition pour une reprise économique sur des fondamentaux sains», préconise M. Achir.
35 milliards de dollars par an consacrés aux transferts sociaux
L’Algérie qui poursuit sa politique sociale dans laquelle pas moins de 5000 milliards de dinars sont consacrés annuellement, un montant énorme, l’économiste soutient que «c’est un choix politique souverain qui s’inscrit dans la continuité de l’histoire de l’Etat algérien», dans le sens où «il n’y pas de remise en cause du choix de cette politique». Mais cela «ne devrait pas empêcher de réformer les transferts sociaux, c’est-à-dire de rationnaliser ces transferts sans pour autant toucher à la catégorie vulnérable et nécessiteuse de la population. Sans toucher également aux services publics qui nécessitent l’intervention de l’Etat à travers ces transferts, notamment pour ce qui a trait à l’éducation, la santé, les transports, etc.», a relevé l’économiste.
Selon lui, il faudrait faire de la «ré-allocation» des transferts sociaux de façon à cibler «les catégories méritantes» ainsi que «les secteurs qui participent au service public, soit à ceux qui ont un avantage comparatif pour l’économie nationale comme l’industrie, les prix de l’énergie». Il est devenu nécessaire d’opérer «le tri de ces subventions» car, a-t-il expliqué, «5000 milliards de dinars, c’est l’équivalent de 35 milliards de dollars. Et ces 35 milliards de dollars représentent 22% du PIB (Produit intérieur brut). C’est énorme».
Cela d’autant que, a poursuivi notre interlocuteur, «nous ne pouvons avoir comme recettes de fiscalité ordinaire que 4000 milliards de dinars environ, car il ne faut pas regarder seulement la fiscalité pétrolière qui reste volatile, en fonction de l’évolution du marché mondiale et qui reste une manne importante dans le budget de l’Etat». En somme, «quand on fait les comptes, on trouve que sur les 9000 milliards de dinars de dépenses, 5000 milliards vont aux transferts sociaux, soit plus de la moitié». D’où, a-t-il insisté, il faut «rationnaliser, réallouer et cibler davantage cette dépense des transferts sociaux au profit des catégories et des secteurs éligibles». n