le déficit budgétaire»

Préserver l’équilibre macro-financier de l’Etat tout en préservant le pouvoir d’achat des citoyens, en ne prévoyant pas de nouvelles taxes ou impôts et en maintenant les subventions, sont les mesures phare sur lesquelles devra tabler le projet de loi de finances complémentaire 2022, notamment après que ces points aient été clairement inscrits pour l’enrichissement dudit projet de loi lors du Conseil des ministres tenu dimanche dernier.

PAR INES DALI
En cette conjoncture nationale et internationale fort difficile, il faut «rester prudent malgré l’augmentation des prix du pétrole, en faisant attention à la maîtrise des dépenses, mais sans pour autant que cela n’impacte le citoyen», a expliqué l’économiste Mohamed Achir, pour lequel trouver une solution au déficit budgétaire reste parmi les point les plus importants devant être résolus dans la loi de finances complémentaire. «C’est ce déficit qui pose problème dans le pays», a-t-il fait remarquer.
«Il s’agit de ne pas trop aggraver le déficit budgétaire sachant que le déficit budgétaire hors hydrocarbures est autour de 26% du PIB et que la dette publique est d’environ 60% du PIB. Ainsi, on peut dire globalement que le déficit est de 15 à 16% du PIB», a-t-il dit. Il s’agit pour l’Etat, maintenant, de veiller à «la position financière extérieure», c’est-à-dire par rapport à la balance commerciale en gardant «un solde positif», comme il doit «préserver les réserves de changes et les améliorer» et «maîtriser le taux d’inflation», sans oublier de parler «des indicateurs macro-économiques», a indiqué M. Achir.
Se montrant optimiste quant aux recettes que devra réaliser l’Algérie grâce à la hausse des prix du pétrole, il estime que le pays aura certainement «une balance des paiements positive» et, pourquoi pas, «pourrait dégager une partie à injecter dans les réserves de changes», sans toutefois se départir de «la prudence». Dans ce sens, il rappelle que la loi de finances de 2022 a prévu un déficit budgétaire d’environ 3 500 milliards de dinars. C’est pourquoi, cette question est très importante et reste parmi les enjeux prioritaires des finances du pays. «Il faut réduire ce déficit, et c’est ce qu’on appelle le déficit macro-financier», a-t-il indiqué. Pour y parvenir, tout en respectant les instructions du président de la République données lors du Conseil des ministres, à savoir que «la LFC 2022 ne doit pas renfermer de nouveaux impôts, ni toucher sous aucune forme la structure des prix appliqués actuellement, l’objectif étant de préserver le pouvoir d’achat et les acquis sociaux décidés par l’Etat en faveur des citoyens à faible et moyen revenus qui ne doivent pas être la catégorie la plus soumise aux impôts, M. Achir relève deux éléments sur lesquels le gouvernement peut agir.
«Il faut soit augmenter les recettes fiscales, non dans le sens d’opérer une hausse des taux, mais plutôt par une hausse du taux de recouvrement des recettes fiscales ordinaires, soit baisser ou restructurer les dépenses», a-t-il préconisé. Il poursuit en expliquant qu’il faut comprendre qu’il y a des arbitrages à faire avec le déficit de 3 500 milliards de dinars qu’il qualifie de «très important». «Pour maintenir donc des réajustements budgétaires à court terme, pour stabiliser la situation des indicateurs macro-financiers et macro-économiques, il faut réduire le déficit budgétaire et cela peut se faire par l’augmentation des recettes. Maintenant que les recettes pétrolières augmentent grâce à la hausse des prix sur les marchés boursiers, il s’agit donc aussi de faire augmenter les recettes fiscales par l’augmentation de l’assiette fiscale et l’amélioration du taux de recouvrement», a-t-il affirmé. De la sorte, la poche du citoyen ne sera pas mise à rude épreuve par une quelconque augmentation des taxes ou impôts, car «il faut une justice fiscale, et dans notre pays, il n’y a pas de justice fiscale. Ce sont les salariés, dont le prélèvement est à la source, qui paient plus, alors que les autres sont dans l’évasion fiscale, dans la fraude fiscale, comme pour l’économie informelle», a noté M. Achir. Selon l’économiste, il faut rester prudent malgré l’augmentation des prix du pétrole, car selon une approche historique, a-t-il rappelé, «à chaque fois qu’on enregistre un choc pétrolier, donc une hausse des prix, par la suite, à moyen terme sur un, deux ou trois ans maximum, cette hausse est suivie d’un contre-choc pétrolier, c’est-à-dire une baisse drastique des prix». C’est pour cela, a-t-il soutenu, qu’«il ne faut pas crier victoire» et qu’«il faut continuer à appliquer une politique budgétaire prudentielle».
Concernant les subventions que l’Etat ne prévoit pas de réviser cette année, l’économiste relève que celles-ci devront être maintenues tout en agissant sur un autre volet et, pourquoi pas, en baissant aussi l’IRG. «Pour la révision des prix, je préfère que l’Etat agisse sur les produits énergétiques, en les augmentant progressivement. La LFC devrait marquer un début d’augmentation de ces prix pour les entreprises et pour les citoyens car nous sommes un pays gaspilleur en termes d’énergie». Pour lui, le ciblage de la révision des prix devrait commencer par l’énergie et reporter celui des produits alimentaires, en attendant d’avoir des mécanismes de ciblage et de recensement fiables. n