Le marché du pétrole est resté insensible hier à l’annonce faite jeudi du plan de modernisation des stocks stratégiques américains de pétrole. Cette modernisation, qui devrait s’opérer sur huit ans en mettant progressivement quelques 190 millions de barils sur le marché, ne pèserait en tout cas pas lourdement sur l’offre et la demande.

Cela équivaut à peine à 80 000 barils/jour. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mars valait hier vers 16h, 55,45 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de près d’un dollars par rapport à la clôture de jeudi (56,24 dollars). Et, dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude» a cédé pour la même échéance 60 cents à 53,10 dollars. Or, les variations du jour –avec un écart entre 55,23 et 56,48 pour le Brent et un écart entre 53,01 et 54,05 pour le light sweet crude – montrent que l’or noir continue de fluctuer dans une fourchette raisonnable et tend à se stabiliser autour des 55 dollars.
En effet, le marché est resté insensible à l’annonce jeudi par les Etats-Unis, premier consommateur des bruts, du début d’une opération de modernisation de ses stocks stratégiques avec à la clé, la mise graduelle sur le marché, d’ici à 2025, de 190 millions de barils constituant ces stocks. Ainsi, le département de l’Energie américain (DoE) a annoncé qu’il s’apprêtait à entamer la vente des stocks stratégiques avant la fin janvier. Et d’indiquer que les contrats d’une première vente, totalisant 8 millions de barils de Light Sweet Crude qui seront livrés à partir de février, ont été approuvés mercredi. «Les recettes générées par cette vente devraient servir à financer le programme de modernisation de la réserve stratégique américaine de pétrole (SPR)», a expliqué le DoE.
Dans ce contexte, il convient de souligner que certains analystes pensent que c’est une contre-attaque des Etats-Unis en réponse à l’entrée en vigueur de l’accord des producteurs Opep et non Opep de limitation de l’offre sur le marché afin de soutenir les prix qui n’arrivent pas à retrouver le chemin de la hausse depuis la dégringolade entamée en juin 2014. Une conclusion qui pèche plutôt par son irréalisme puisque la quantité à mettre sur le marché par les Etats-Unis est insignifiante par rapport à celle retirée par les producteurs et qui est de l’ordre de 1,8 million de barils/jour. Parce que vendre 190 millions de barils sur huit ans équivaut à peine à 80 000 barils/jour. Ce qui n’est pas en mesure d’influer sur la démarche des producteurs visant à stabiliser les prix entre 50 et 60 dollars et non pas de les faire retrouver leur niveau d’avant juin 2014. Et ce, pour casser les reins des producteurs des schistes américains qui fixent désormais le plafond des prix. Les incertitudes viennent plutôt, selon d’autres, de l’effet que pourrait avoir une taxation de 20% sur les importations mexicaines, une idée évoquée jeudi par l’administration de Donald Trump. Encore, si le Mexique se tournerait vers d’autres clients pour vendre son pétrole, cela laisserait de la place aux bruts d’autres producteurs puisque le protectionnisme de Trump n’irait pas jusqu’à subventionner les producteurs des schistes.
Bref, cette vente annoncée par le département de l’énergie américain, qui rapporterait près de trois milliards de dollars devant servir à financer les premières opérations de modernisation des stocks stratégiques, est un non évènement pour le marché. Il convient enfin de noter que les stocks stratégiques de pétrole, créés pour faire face à la baisse de l’offre sur les marchés en cas d’événements géopolitiques majeurs, détient au 13 janvier dernier plus de 695 millions de barils de pétrole. Actuellement, ces stocks, situés dans quatre sites dans le Golfe du Mexique, sont en mesure de couvrir l’équivalent de 145 jours d’importation de brut sans compter les 489 millions de barils de stocks (102 jours d’importation) détenus par les entreprises privées. Les Etats-Unis, en tant que membre de l’Agence Internationale de l’Energie, devraient maintenir un stock stratégique de pétrole brut et de produits dérivés couvrant 90 jours d’importation.