Les questions de la mobilité des personnes et de la migration occupent une place importante dans le «rapport sur l’état des relations UE-Algérie dans le cadre» de la Politique européenne de voisinage (PEV) renouvelée, en vigueur depuis l’adoption en 2014 de l’Instrument Européen de Voisinage (IEV). La partie du document consacré à ces deux questions fait d’abord le constat connu de tous qu’il existe entre l’Algérie et l’UE «un mouvement considérable de migrants algériens» vers les pays de l’Union européenne, «principalement vers la France».
Elle indique que notre pays est «le 7e pays bénéficiaire mondial des visas de court séjour Schengen» : «374 287 visas délivrés en 2019». Le principal pays pourvoyeur de visas Schengen, relève encore le rapport, reste la France qui est en même temps la principale destination des demandeurs algériens. Selon ce document, en 2018, «704 101 algériens étaient enregistrés avec un permis de séjour dans l’UE, dont 37 714 avec un premier permis». Le motif le plus souvent indiqué est celui du regroupement familial, «suivi à distance par l’éducation, l’emploi et d’autres raisons, dont la protection internationale».
Si les Algériens sont parmi les plus forts demandeurs de visas, ils sont aussi ceux à qui ce permis de circulation dans les pays européens est le plus largement refusé. Le taux de rejet des demandes de visas, confirme le rapport de l’UE, «figure parmi les plus élevé au niveau mondial». Il est passé de «35,9% en 2017 à 45,5% en 2018 et 43,0 % en 2019». Selon la même source, «le nombre d’Algériens en situation irrégulière sur le territoire de l’UE a augmenté de 15 25 005 en 2017 à 27 110 en 2018 et à 30 890 en 2019». De plus, «le taux de retour, qui a baissé de 21,4% en 2018 à 19,5% en 2019, reste considérablement inférieur à la moyenne enregistrée pour les ressortissants des pays tiers (36% en 2018 et 32% en 2019)».
Le nombre total de demandes d’asile de ressortissants algériens est resté relativement stable, à 10 039 en 2019 contre 10 080 en 2018, conduisant à un total de 6 415 décisions d’asile avec un taux de reconnaissance moyen de 6,0 % en 2019 contre 6 785 et 6,6 % en 2018. De leur côté, les autorités algériennes font état d’une augmentation du nombre de visas délivrés aux ressortissants européens, ayant passé de 140 000 en 2017 à 170 000 en 2018.
En ce qui concerne les accords bilatéraux de retour et de réadmission au pays de nos ressortissants en situation de séjour irrégulier dans les pays de l’UE, Bruxelles note des «difficultés, en particulier en ce qui concerne la lenteur du processus d’identification et la courte durée des laissez-passer délivrés». «L’UE dispose d’un mandat pour la négociation d’un accord de réadmission depuis 2002, mais l’Algérie n’a à ce jour pas confirmé son accord pour le démarrage de négociations», est-il noté dans le rapport. Le document mentionne que l’arrivée des migrants algériens dans l’UE s’est chiffrée en 2018 à 5% (1 185) par mer sur la route de la Méditerranée centrale et à 8,4%(4 652) sur la route de la Méditerranée occidentale, avec une partie des ressortissants algériens arrivant en Espagne via le Maroc. «Les chiffres en 2019 s’élèvent, respectivement, à 9% (1 009) et 17% (3 814)».
En Espagne, des arrivées irrégulières en masse
Le rapport souligne le caractère «plus frappant» du «nombre élevé» d’Algériens qui arrivent irrégulièrement en Espagne cette année. «En 2020 et jusqu’à fin juillet, les chiffres sont, respectivement, de 5% (550) et 55% (2600)». «Des détections dans la région des Balkans occidentaux en 2019 indiquaient que des ressortissants algériens traversaient également la Turquie et la route de la Méditerranée orientale. Le nombre d’arrivées irrégulières de nationalité algérienne en Slovénie, notamment 1 885en 2019, était presque deux fois plus élevé que le nombre d’arrivées en Italie». Mais les chiffres sur cette route en 2020 «ont considérablement baissé, probablement en raison de la restriction des visas électroniques pour la Turquie pour les ressortissants algériens depuis le 1er octobre 2019».
D’après les autorités algériennes en 2018, l’Algérie a recensé 3 690 tentatives avortées de migration irrégulière à destination de l’Europe et 3 384 en 2019.
En tant que pays de transit et de destination, selon l’information fournie par le Ministère de l’Intérieur, l’Algérie compte en 2018 et 2019, autour 400 000 migrants en situation illégale, tandis qu’ils y sont détectés en moyenne 500 passages frontaliers illégaux par jour. En 2020, et plus précisément pendant les mois de la crise COVID19, d’après les autorités algériennes les taux de passages sont estimés à 200 par jour. <