Les choses se sont accélérées dans le secteur de la Justice où la mobilisation et la grève des robes noires ont fini par réhabiliter Maître Sid-Ahmed Ouragh, avocat à la Cour de Blida, remis en liberté hier, alors qu’il était en détention provisoire. Il est désormais sous contrôle judiciaire.

Mais avant qu’elle n’enregistre ce rebondissement, l’affaire a donné lieu à une guéguerre, encore une, entre les avocats et le Syndicat national des magistrats (SNM). Ce dernier a reproché aux avocats, mardi, dans un communiqué, « un comportement irresponsable, alimenté par un manque d’expérience et de clairvoyance », en allusion à leur protestation contre la mesure prise contre leur confrère de Blida.
« Le SNM a suivi avec grand intérêt ce qu’a vécu ces derniers jours la scène judiciaire et regrette profondément les faits qui ont eu pour théâtre la Cour de Blida et le Tribunal de Larbaâ. Des faits qui n’honorent pas leurs auteurs et qui constituent une atteinte à toutes les composantes de la famille judiciaire sans exception, en raison du comportement irresponsable du collectif de défense », écrit le SNM. Cette organisation syndicale, présidée par Issad Mabrouk, reproche notamment aux avocats d’avoir « scandé des slogans humiliants pour le président et les membres de la chambre d’accusation », estimant qu’il s’agit là d’un « délit » puni par la loi.
Auparavant, le SNM s’est inscrit en faux contre l’action des avocats, estimant que « l’avocat exerçant à Blida est justiciable comme les autres », alors que l’Union des avocats soutenait que Sid-Ahmed Ouragh « est victime d’une instrumentalisation de la justice puisque son affaire avec la juge, derrière sa mise en détention provisoire, est d’ordre privé et remonte à août 2019». Une divergence qui a vite créé la polémique entre les deux parties et déclenché un mouvement de protestation des robes noires, lancé d’abord dans la ville des Roses, avant de faire tache d’huile pour toucher plusieurs juridictions à travers le pays, dont certaines ont été paralysées pendant deux jours, générant ainsi le report de nombreuses affaires prévues.
« Le mouvement est largement suivi, à travers non seulement le boycott des activités mais aussi des manifestations et des sit-in de protestation. Les avocats ont exprimé leur colère contre la manière avec laquelle le dossier de notre confrère, et sans prendre en considération le fond, a été traité sur le plan de la procédure, surtout lorsqu’on sait comment d’autres affaires similaires ont été prises en charge», défend le bâtonnier Abdelaziz Medjedouba. Dans leur élan de contestation, les avocats ont convenu de tenir une réunion aujourd’hui, selon M. Medjdouba, qui promet « la poursuite de la mobilisation ». La libération de l’avocat de Blida et sa mise désormais sous contrôle judiciaire changera-t-elle la démarche des avocats montés au créneau après une période d’accalmie ? Des sources judiciaires affirment que toutes les options restent possibles « afin que les avocats n’aient pas à subir un traitement semblable ».
Mais, visiblement la réaction du SNM ne fait qu’attiser l’ardeur des avocats affiliés à l’Union nationale des barreaux d’Algérie (UNBA), qui ne digèrent pas les « attaques gratuites » de la part de l’organisme de Mabrouk Issad. Cet incident peut ainsi ouvrir la voie à de nouveaux épisodes de contestation dans l’avenir d’autant plus que les espaces de dialogue et de concertation font défaut dans ce secteur en ébullition. n