Du pays ou de la diaspora, les Algériens sont de plus en nombreux à se mobiliser pour l’achat ou la location des respirateurs dont ont besoin les malades admis aux soins anticovid. Les réseaux sociaux sont saturés d’appels à porter secours aux patients en difficulté dans les unités hospitalières ne disposant pas de concentrateurs d’oxygène en quantité suffisante. Un hymne à la vie et un formidable élan de solidarité appuyé hier par la décision du gouvernement d’autoriser les particuliers à importer les équipements nécessaires.

Par Hamid Bellagha
Face au manque d’oxygène criant dans les hôpitaux suite à la recrudescence des contaminations au Covid-19, ainsi que les appels à la location ou l’achat de respirateurs, les particuliers ne sont plus tenus d’obtenir l’autorisation du ministère de l’Industrie pharmaceutique pour importer des concentrateurs d’oxygène ou tout autre dispositif médical utilisés pour un usage personnel afin de faire face à la pandémie de Covid-19, a annoncé mardi le ministère. «A titre exceptionnel, l’importation de concentrateurs d’oxygène ou tout autre dispositif médical utilisé en riposte à la pandémie du coronavirus (Covid-19) par des particuliers et à usage personnel, n’est pas soumise à une autorisation délivrée par les services compétents du ministère de l’Industrie pharmaceutique.», est-il indiqué. Le département d’Abderrahmane Benbahmed mande, dans la même séquence, que l’importation de ces appareils par les entreprises, les établissements, les associations à titre de donations est «soumise à une autorisation d’importation délivrée par ses services pour pouvoir bénéficier de l’exonération des droits et taxes.» Il rappelle aussi que l’importation des produits pharmaceutiques, des dispositifs médicaux est soumise à une «autorisation de dédouanement» délivrée par ses services et «bénéficie d’un couloir vert du dépôt du dossier jusqu’à son traitement.»
Une bouffée d’oxygène, sans jeu de mots, pour les centaines de malades en détresses respiratoires suite à leur atteinte par la Covid-19.
De presque tous les CHU, on dénombre des dizaines de malades décédées faute d’une oxygénothérapie constante ou carrément d’une absence totale d’oxygène. Nous ne reviendrons pas sur les causes, mais nous nous attarderons sur la justesse de la réaction salvatrice du ministère et de l’élan de solidarité qui peut naître suite à cette décision et qui se poursuivra peut-être, serions-nous tentés d’écrire.
Car les descendants des nobles qui ont préféré se passer du mouton de l’Aïd en 1980 pour consacrer son argent aux martyrs du séisme de Chlef se manifestent. Ceux qui ont porté secours aux victimes du tremblement de terre de Boumerdès aussi.
Le communiqué cité plus haut ajoutera du beurre aux épinards de ceux qui se consacrent chaque jour pour faire barrage à la Covid-19 en usant de leurs connaissances et influences.
Il y a les «influenceurs» Numidia Lezoul, Noor et Merouane, en plus des comédiens comme Mina Lachter, qui se donnent beaucoup de mal en tendant la main aux malades. Pour cela, et en plus du discours sur les gestes barrières, ils réunissent de beaux pactoles pour l’achat de matériels d’oxygénation pour les malades qui désaturent.

Elan de solidarité
Une autre collecte est initiée par le réseau Algerian Medical Network et l’association Ashifa pour l’achat de matériel d’oxygénothérapie, qui sera amené aussitôt aux unités Covid-19 en Algérie, avec 100 000 euros à la clé, et le compte n’est pas encore clos !
Là, c’est le côté jardin, le côté love de l’Algérien qui se mobilise toujours pour les causes justes et nobles.
Malheureusement, il y a aussi le côté cour, le côté sombre, où pullule une faune de criminels, et le mot n’est pas trop fort, qui tentent de profiter de la détresse des malades, aux abois pour quelques litres d’oxygène, un comprimé de zithromycine ou quelques millilitres de Lovenox.
Ils ne sont pas tapis dans l’ombre, mais activent en pleine lumière et sur les réseaux sociaux pour «offrir», surtout, les fameux concentrateurs d’oxygène pour un traitement en ambulatoire. Un concentrateur de 10 litres est proposé à prix «d’ami» à plus de 260 000 DA alors qu’il ne dépassait pas, avant l’apparition du virus à couronne, 150 000 DA.
Et ces commerçants de la mort trouvent preneurs car il n’y a pas un jour sans que des familles lancent des appels au secours pour protéger un parent ou un ami, à l’ombre d’une situation sanitaire qui devient insupportable avec des hôpitaux débordés et un manque ou absence d’oxygène pour des malades qui ne s’accrochent plus qu’à Dieu.
Revenons vers la lumière pour signaler la création d’une centrale de production d’oxygène à Akbou, suite à l’appel de l’association Soummam solidarité d’Akbou. Un équipement obtenu et pourvu par un élan de solidarité local et financé par des opérateurs économiques locaux, spécialement ceux établis dans la zone industrielle de Taharacht.
Une autre cagnotte a été lancée pour s’acquitter d’une installation d’une centrale de production d’oxygène au niveau de l’hôpital Khelil-Amrane de Béjaïa où un manque énorme d’oxygène médical a été signalé, comme dans la plupart des centres de santé du pays.
De son côté, l’association Taawoune alla el biri wa Takoua est parvenue à rassembler en quelques jours un lot de 54 générateurs d’oxygène et n’entend pas s’arrêter en si bon chemin.
On signale aussi aux environs de Batna l’installation, à titre de don, d’une centrale de production d’oxygène. Des actions de généreux donateurs auxquels nous disons un immense bravo. Des actions qui vont sûrement faire tache d’huile au niveau de toutes les villes d’Algérie.