Le missile tombé mardi en territoire polonais à la frontière avec l’Ukraine et qui a fait deux victimes n’était pas russe. «L’incident a été probablement causé par un missile de système ukrainien de défense anti-aérienne tiré pour défendre le territoire ukrainien contre les missiles de croisière russes», a déclaré hier le chef de l’Otan, Jens Stoltenberg, après une réunion de crise à Bruxelles. Le chef de l’Alliance atlantiste contredit les déclarations du président ukrainien, Volodymyr Zelenksy, qui avait trop vite accusé la Russie d’être à l’origine du tir.

Synthèse Salim Benour
Les propos de M. Stoltenberg sont intervenus après ceux de plusieurs chefs d’Etats du G7 réunis au sommet du G20 à Bali et qui avaient requis la prudence. Une attitude qui contrasté avec celle du président ukrainien Volodymir Zelenksi et son appel à l’intervention des forces de l’Alliance atlantiste après avoir accusé à tort la Russie d’avoir attaqué la Pologne.
Les déclarations de chef de l’OTAN ont écarté ainsi le risque d’une escalade majeure dans la guerre en Ukraine, contredisant les accusations de Kiev et confortant le démenti de Moscou qui a nié avoir tiré un missile sur le village polonais frontalier de l’Ukraine. Varsovie elle-même a jugé «hautement probable» qu’il s’agisse d’un projectile anti-aérien ukrainien, évoquant «un accident malheureux».
«Rien n’indique qu’il s’agissait d’une attaque intentionnelle contre la Pologne», a affirmé le président polonais Andrzej Duda. Depuis Bali où le G20 était réuni en sommet, le président américain Joe Biden a lui aussi jugé «improbable» que le missile ait été tiré par la Russie. «Je vais m’assurer que nous puissions déterminer ce qu’il s’est passé exactement» avant de décider d’une réaction, avait-il déclaré à l’issue d’une réunion d’urgence mercredi des dirigeants des grandes puissances du G7 (Etats-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Canada, Japon), en Indonésie, en marge du G20. Moscou a salué la «retenue» de Washington.
«Les frappes de haute précision n’ont été menées que sur le territoire de l’Ukraine à une distance supérieure à 35 kilomètres de la frontière ukraino-polonaise», a affirmé pour sa part le ministère russe de la Défense, selon qui «les débris retrouvés en Pologne ont été identifiés de manière catégorique par des spécialistes russes (…) comme un élément d’un missile guidé antiaérien des systèmes de défense antiaérienne S-300 des forces armées ukrainiennes».
L’Ukraine, elle, a réclamé «un accès immédiat» au point de chute du missile en Pologne. «Nous sommes prêts à remettre la preuve de la trace russe que nous avons», a affirmé le secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense ukrainien, Oleksii Danilov. Mais elle n’a pas été entendue tout comme les déclarations de son chef, le président Zelenksy, ont jeté un trouble dans l’opinion occidentale dont une partie le considère déjà à la fois comme un va-t’en guerre qui ne mesure pas la gravité de ses accusations et son appel à activer l’article 5 de l’OTAN et son intervention contre la Russie et comme quelqu’un qui cherche à obtenir davantage d’armes de la part de ses soutiens occidentaux pour intensifier le champ des hostilités.
L’impact du missile ukrainien s’est produit mardi vers 14H40 GMT à Przewodow et a tué deux travailleurs agricoles. La police a établi un cordon autour du site, inaccessible. La Pologne avait réuni mardi en urgence son Conseil de sécurité nationale et convoqué l’ambassadeur de Russie pour «des explications détaillées immédiates». «Nous avons affaire aux conséquences des actions de la Russie. Ces conséquences, pour la première fois depuis le début de la guerre (…) ont touché la Pologne, des citoyens polonais ont été tués», a souligné mercredi Pawel Jablonski, vice-ministre polonais des Affaires étrangères, à l’agence PAP. «Eviter l’escalade»
Mao Ning, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a appelé «toutes les parties concernées» à «rester calmes et faire preuve de retenue afin d’éviter une escalade». Il est «absolument essentiel d’éviter l’escalade de la guerre en Ukraine, a exhorté le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, réclamant une «enquête approfondie». La Pologne, qui a une frontière de 530 km avec l’Ukraine, est un leader régional en termes d’assistance militaire et humanitaire à son voisin oriental. Elle accueille sur son territoire quelque 10.000 militaires américains. Le missile est tombé alors que la Russie menait mardi des frappes massives sur des infrastructures ukrainiennes, qui ont laissé des millions de foyers sans électricité. Les missiles russes ont frappé des villes dans tout le pays, dont Lviv (ouest), près de la frontière polonaise. Ces frappes, qui ont fait au moins un mort à Kiev, ont entraîné des coupures de courant généralisées en Ukraine et jusqu’en Moldavie voisine. Moscou a démenti mercredi avoir visé la capitale, affirmant que «toutes les destructions dans les quartiers d’habitation de la capitale ukrainienne (…) sont le résultat direct de la chute et de l’autodestruction des missiles antiaériens lancés par les forces ukrainiennes». Ces attaques russes ont eu lieu quatre jours après le retrait des forces russes d’une partie de la région de Kherson, dont la ville du même nom, dans le sud, après plus de huit mois d’occupation. n