Par Khaled Remouche
Les deux installations industrielles situées, l’une à Djen Djen et l’autre à Béjaïa, permettront de réduire les importations d’huiles brutes et des tourteaux de soja destinés à la production d’huile de table et de l’alimentation du bétail. L’huile de table made in Algeria exportée sera plus intégrée si le plan du ministère de l’Agriculture, qui vise à planter 400 000 hectares d’arachide et de soja au sud du pays, à l’horizon 2024, réussit.
En visitant jeudi dernier l’usine de trituration de graines oléagineuses de Jijel, dénommée Kotama Agrifood de production d’huiles alimentaires, en voie d’achèvement, le ministre de l’Industrie Ahmed Zeghdar a fixé au groupe public Madar, qui détient cette unité de production, l’échéancier de réception de cette installation industrielle en droite ligne avec les directives du chef de l’Etat en la matière données lors de l’ouverture de la Foire de la production nationale. Le chef de l’Etat a fixé pour rappel l’échéance à avril prochain, le ministre de l’Industrie a fixé quant à lui l’échéance à fin 2023. Au cours de l’inspection de ce projet, situé à Bazoul, dans l’enceinte du port de Djen Djen, le ministre a souligné, cité par l’APS, que ce projet prometteur permettra à l’Algérie de devenir un pays exportateur d’huile de table au vu que notre pays dispose des atouts pour y parvenir.
Récupérée par l’Etat suite à une décision définitive de justice de saisie de cet actif, qui était détenu par les frères Kouninef et confié aujourd’hui au groupe public Madar, l’usine aura une capacité de production de 2,16 millions de tonnes/an dont 20% d’huile végétale et 80% d’aliments de bétail. L’importance de ce projet se résume en l’atteinte de l’objectif d’autosuffisance en huile alimentaire, un processus de production intégré qui va de la culture au sud du pays de la graine oléagineuse, soja, colza ou maïs, à leur trituration au niveau de ces deux usines qui seront prêtes en 2023 – la première Kotama, la seconde, celle de Cevital à Béjaïa, serait prête au second trimestre 2023 – et leur raffinage qui se fera dans des usines en Algérie. La production de l’usine de Kotama, a indiqué le ministre de l’Industrie, pourrait couvrir 40% des besoins en huiles végétales et 60% en aliments du bétail.
Les deux usines permettront donc de réduire les importations d’huiles brutes, de tourteaux de soja et d’aliments du bétail et contribueront à couvrir les besoins nationaux en huile de table et à accroître les exportations de ce produit. Cette intégration dépendra du succès du plan du ministère de l’Agriculture qui «vise la plantation de 400 000 hectares d’arachide et de soja au sud du pays à l’horizon 2024». Ce programme pourrait couvrir, en 2024, 47% des besoins en huiles alimentaires et 63% des besoins en tourteaux pour l’alimentation animale avec un gain de 533 millions de dollars/an pour l’huile de table et 352 millions de dollars pour les tourteaux. L’Algérie a importé, en 2019, pour 1,17 milliard de dollars d’huiles brutes et de tourteaux de soja.
M. Bessaoud, spécialiste du secteur, émet des réserves concernant la plantation de centaines de milliers d’hectares de cultures industrielles au sud du pays. Il prévient contre les risques de surexploitation de l’immense nappe aquifère, qui s’étend du sud-ouest au sud, et la salinité des terres qui intervient après cette surexploitation des eaux et qui pourrait faire diminuer la production. A Biskra, en l’occurrence, suite à cette surexploitation des eaux, il fallait puiser l’eau à des niveaux beaucoup plus profonds. On assiste alors à la remontée des sels qui freinent la production intensive. L’exploitation de grandes superficies pose également des problèmes de gestion (investissements lourds, rentabilité, installation du personnel). Plusieurs échecs sont recensés dans l’exploitation de superficies de 10 000 hectares au sud du pays. Il convient de tirer les leçons de ces expériences. L’expert invite donc à des diagnostics, à des évaluations techniques et financières avant de lancer ces programmes ambitieux en matière de cultures industrielles ainsi qu’au respect des règles managériales, des règles techniques pour la rentabilité de ces exploitations. Faut-il opter pour des superficies de 10 000 hectares ou plus ou des petites et moyennes exploitations ? Toutes ces précautions doivent être prises avant de lancer ces programmes. Il y va de la pérennité de ces cultures. n