Dimanche, à l’issue d’un exposé présenté par le ministre de l’Industrie et des Mines à l’occasion de la tenue du Conseil des ministres hebdomadaire, le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a souligné la nécessité d’accélérer la mise en œuvre du plan industriel, proposé dans le cadre d’un développement national équilibré, «afin que le citoyen puisse ressentir sur le terrain un véritable début de changement en adéquation avec ses ambitions et aspirations». Il a en outre ordonné de prendre un certain nombre de mesures, dont le recours à des compétences qualifiées en matière de gestion. Le chef de l’Etat exige ainsi de bousculer le calendrier initialement arrêté pour le développement des filières industrielles et la réforme du secteur public marchand.
Le plan industriel auquel fait allusion le chef de l’Etat repose sur deux piliers, à savoir la révision du cadre législatif relatif à la promotion de l’investissement ainsi que la réorganisation du secteur économique public relevant du ministère de l’Industrie et des Mines en vue de sa relance et sa séparation complètement du Trésor public en tant que principal pourvoyeur. Cette ébauche de réforme, proposée au mois d’avril dernier par le ministre de l’Industrie et des Mines, a été prise en charge partiellement par certaines mesures de la loi de finances complémentaire 2020, dont la révision des deux lois controversées, la règle des 51/49% et le droit de préemption.
La nouvelle stratégie industrielle, actuellement en préparation, devrait proposer des mesures pratiques pour accélérer la mise en place d’un nouveau modèle économique. Ce nouveau modèle de croissance devrait donner la part belle aux investisseurs résidents et étrangers, en sus d’une nouvelle politique d’industrialisation orientée vers les industries petites, moyennes et émergentes. L’actuel modèle de croissance, bâti essentiellement sur la rente pétrolière et l’investissement budgétaire, a montré ses limites, d’où l’impératif de sa diversification à travers, entre autres, le soutien à l’investissement privé. Dans son dernier rapport sur l’économie algérienne, le Fonds monétaire international (FMI) avait écrit que «le modèle de croissance de l’Algérie, fondé sur la redistribution des recettes pétrolières et gazières par un vaste secteur public, avait déjà besoin d’être revu en profondeur avant la chute des cours pétroliers, étant donné que les réserves connues de pétrole et de gaz (à l’exception du gaz de schiste) ne devraient durer que le temps d’une ou deux générations. La chute des prix pétroliers a rendu la diversification économique plus urgente, tout en réduisant les moyens financiers permettant cette transformation». La refonte que devrait proposer le département de Ferhat Aït Ali suggère une stratégie à long terme qui prendrait en charge la révision du cadre législatif appliqué à l’investissement ainsi que l’amélioration du climat des affaires et la débureaucratisation de l’acte d’investissement. La nouvelle stratégie en question devrait prendre en charge également la réforme du secteur privé, puisque l’une des tares de l’actuel modèle de croissance est qu’il repose, depuis des décennies, sur un secteur public dominant, peu efficace, mal géré, budgétivore et dont la contribution au PIB est pour le moins insignifiante. La nouvelle réforme proposée par Ferhat Aït Ali suggère la réorganisation du secteur public marchand pour qu’il soit budgétairement plus soutenable pour le Trésor public. Le FMI a alerté récemment sur les liens macrofinanciers au sein du secteur public et qui «risquent d’exacerber l’impact des risques budgétaires ou de liquidités qui peuvent se manifester à n’importe quel niveau du secteur public». Dit autrement, les créances sur certaines grandes entreprises publiques sont une source de risque pour certaines banques publiques. Ainsi donc, le nouveau plan industriel auquel fait référence Abdelmadjid Tebboune devrait prendre en charge des questions qui étaient abandonnées des années durant et qui ont été à l’origine d’un modèle de croissance inefficace et peu diversifié. <