Les cas de contamination au nouveau coronavirus continuent d’augmenter de jour en jour, remettant en cause tous les acquis arrachés lors des huit mois de dur combat mené contre cette pandémie au prix de perte de vies humaines et de tant de restrictions imposées par la difficile conjoncture sanitaire. Se dirige-t-on vers une deuxième vague ? Le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), préfère ne pas parler pour le moment de deuxième vague, mais relève les causes qui ont mené à une telle situation où on a vu apparaître de nouveaux foyers de contaminations dans de nombreuses régions du pays et une remobilisation des services Covid au niveau des hôpitaux.
«Je pense que nous sommes dans une situation de fluctuation des chiffres dans le sens de l’ascension actuellement», a déclaré Dr Merabet. Selon lui, il y a trois facteurs qui ont conduit à la hausse des cas. «Nous sommes dans une conjoncture où on a eu une rentrée sociale, nous sortons aussi d’une saison estivale qui, même si elle n’a pas été pleine comme d’habitude, il y a eu tout de même des gens qui se sont déplacés et qui se sont croisés un peu partout. L’autre constat est que dans plusieurs régions, les gens ont fêté des mariages, organisé des réceptions à l’occasion de la réussite au bac…».
Le deuxième facteur est qu’il y a «un relâchement total» que ce soit de la part des «citoyens» ou des «autorités qui restent dans l’expectative au lieu de réagir et de sévir dans certaines situations» afin que «les mesures barrières édictées depuis plusieurs mois soient respectées». Il y a aussi un «relâchement en matière de communication, que ce soit à travers les médias ou par le biais de travail de proximité que nous avons pu faire ensemble au début avec des associations qui étaient très impliquées», relève notre interlocuteur, avant de citer comme troisième facteur qu’est l’arrivée de l’automne et de l’hiver qui sont la période de la grippe saisonnière. Une situation qui risque bien de compliquer les choses car c’est «un facteur aggravant en cette période de contamination qui favorise la transmission du virus dans les communautés». «Toutes ces situations conjuguées font qu’aujourd’hui on se retrouve dans une situation d’ascension par rapport aux chiffres des cas confirmés», a conclu le président du SNPSP à propos de la situation épidémique.
Il fera savoir, par ailleurs, que les consultations pour raison de grippe saisonnière sont déjà assez nombreuses, que ce soit pour les adultes ou dans les services de pédiatrie. Ce qui va encore «multiplier l’afflux et compliquer davantage la situation, sachant que le coronavirus et la grippe saisonnière présentent les mêmes symptômes, en général». Il saisira l’occasion pour relever que «d’habitude en cette période, nous avons déjà commencé la vaccination». Ce qui n’est pas le cas cette année puisque celle-ci n’a pas encore commencé et ne débutera que le 3 novembre prochain, alors que «l’Institut Pasteur d’Algérie, en charge de ce volet, a déjà commandé les doses. Mais il y a du retard dans leur réception car nous restons, malheureusement, tributaires de l’étranger pour leur importation et nous connaissons tous la conjoncture que vit le monde entier», a expliqué Dr Merabet.
Il mettra ainsi en exergue que «nous sommes en retard dans la vaccination qui débute généralement en septembre-octobre», et ce, alors qu’on doit «au moins vacciner les personnes vulnérables comme les personnes âgées, celles atteintes de maladies chroniques, les femmes enceintes, les personnels de la santé…», tout en relevant que «la vaccination contre la grippe saisonnière n’élimine cependant pas la contamination au coronavirus». Le président du SNPSP insiste que «l’arrivée de la grippe saisonnière qui coïncide avec la pandémie de coronavirus est un facteur aggravant de la situation sanitaire. C’est indéniable». Dans ce cadre, et puisque «la transmission de la grippe et de la Covid-19 s’effectue de la même façon, avec les postillons, les éternuements, le toucher, etc.», Dr Lyès Merabet préconise qu’«il faut insister sur le port de bavette pour l’ensemble des citoyens, sauf pour les petits enfants pour lesquels ce n’est pas conseillé, sauf s’ils sont dans un milieu confiné où il y a des adultes malades». «Je conseille vivement à tous les citoyens de porter la bavette lorsqu’ils sortent sans se poser la question s’ils doivent le faire ou non et sans se dire qu’ils sont en bonne santé et qu’ils ne risquent rien. Il faut se protéger si on n’est pas contaminé et protéger les autres si on l’est déjà sans le savoir», a-t-il suggéré. Avant de souligner que c’est de la sorte qu’on pourrait se prémunir contre les deux à la fois, à savoir du coronavirus et de la grippe saisonnière». C’est cela aussi qui permettra d’éviter une sursaturation des hôpitaux comme durant l’été dernier où l’Algérie avait dépassé largement les 600 cas de contaminations quotidiennes.
Des services Covid-19 affichent déjà complet
Sur ce point, notre interlocuteur déplore déjà ce qui est en train de se passer actuellement. «Malheureusement, on est en train de faire marche arrière. Les services qui étaient dédiés à la Covid-19 et qui s’apprêtaient à reprendre leurs activités habituelles se retrouvent à se préparer encore à recevoir des malades de coronavirus», a-t-il dit, rappelant que le ministre a tenu samedi une réunion avec les directeurs des hôpitaux d’Alger pour leur donner instruction de rouvrir les services Covid.
«Il y a de plus en plus de malades, il y a des services Covid qui affichent déjà complet. Il en est de même pour les unités de réanimation. C’est dire que la prise en charge des autres pathologies et maladies est déjà impactée négativement», selon le président du SNPSP. Ainsi, pour le Dr Merabet, «la solution n’est pas pour demain. On va rester dans cette situation en attendant que ce soit mieux et parfaitement maîtrisée…». Entre-temps, les mesures de confinement pour les régions dans lesquelles il y a eu apparition de nouveaux foyers de contamination ne sont pas à écarter. «C’est une situation que tous les pays à travers le monde vivent, confinement, déconfinement, reconfinement… C’est, bien sûr, selon l’évolution de la situation mais avec des outils d’une évaluation objective de la situation sanitaire, c’est-à-dire des moyens de dépistage, de traçabilité, de confiner à chaque fois qu’il y a un nouveau cluster qui apparaît…», a indiqué Dr Merabet, qui regrette que pour les enquêtes épidémiologiques, il y a un manque de personnel, de moyens et de logistique. <