Le Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo) a, dans une correspondance officielle adressée au ministre de la Santé, demandé un report de l’instruction interministérielle de la mise en conformité des compléments alimentaires destinée à la vente en pharmacie.

Par Sihem Bounabi
A ce sujet, Dr Messaoud Belambri, président du Snapo, déclare : «Nous avons fait une correspondance officielle au ministre de la Santé pour demander le report d’au moins six mois de cette instruction interministérielle de mise en conformités, d’autant plus qu’il s’agit essentiellement de normes administratives et techniques qui nécessitent du temps pour que ces conditions soient appliquées depuis le stade de la production jusqu’à sa mise sur le marché.» Estimant que pour «tout nouveau texte réglementaire, il y a un délai pour sa mise en application».
Cette instruction interministérielle cosignée par les ministères des Finances, du Commerce, de l’Intérieur, de la Santé et de l’Industrie pharmaceutique, se base sur des lois, des décrets et arrêtés ministériels pour argumenter que «désormais pour la commercialisation des compléments alimentaires certaines conditions administratives et techniques sont instaurées et deviennent obligatoires. Dans le cas de non-respect, les produits sont considérés non conformes».
Parmi les nouvelles conditions imposées par cette nouvelle réglementation, les deux principales sont la mesure des codes à barres et que les compléments alimentaires ne doivent pas avoir d’ allégations médicales ou de santé.
Dr Messaoud Belambri explique que les codes à barres ne figurent pas sur la majorité des produits fabriqués localement, et il faut déjà définir et répertorier les allégations médicales et de santé. Ceci d’autant plus que dans cette instruction, les exemples d’allégations cités, «il y a un fort risque que tous les compléments alimentaires tombent dans l’illégalité». Il souligne que «principalement, ce sont ces deux conditions des codes à barres qui font que la majorité des compléments alimentaires deviennent au vu de cette instruction non-conformes et risquent d’être retirés de la vente et exclus du marché».
Ainsi, selon l’instruction interministérielle, ces produits doivent être retirés de la vente, répertoriés et un délai est accordé pour que les pharmaciens remettent ces produits aux producteurs ou aux fournisseurs pour leur mise en conformité. «Or, actuellement, personne ne veut les reprendre parce que les conditions de leur mise sur le marché et, plus précisément, les mécanismes techniques ne sont pas encore clairs. Nous sommes toujours au stade de l’interprétation et tout le monde est dans l’expectative et dans le doute, surtout en ce qui concerne les allégations de santé».
Le président du Snapo se désole ainsi du fait que cette instruction «a été mise en application de manière immédiate sans instaurer clairement les nouvelles normes ni accorder un temps d’adaptation aux différents acteurs concernés». Au sujet de la question des allégations médicales ou de santé, il est précisé dans la nouvelle réglementation qu’il faudrait que le ministère de la Santé donne son accord par une note officielle, «or les modalités de l’établissement de ces autorisations ne sont pas encore clairement établies», déplore également le président du Snapo.

Pour plus d’éclaircissement
Il tient à préciser que s’agissant de la vente en officine des compléments alimentaires qui, pour la plupart sont des vitamines, des sels minéraux ou des sirops à base de plantes, «ces produits sont dans la majorité de fabrication locale et par des laboratoires pharmaceutiques reconnus, à l’instar de Biopharm Merinal Hikma et Magpharm». Enchaînant que «pour nous, ce sont des produits qui sont connus depuis des années, que nous conseillons et qui sont prescrit par les médecins sur ordonnance et auxquels les malades se sont habitués. Ils ont déjà prouvé leur qualité-efficacité et dont la composition est connue. Et ils ont surtout fait leur preuve durant la pandémie de la Covid-19».
De ce fait, le président du Snapo regrette «le caractère urgent de l’application de cette instruction et l’obligation de retrait immédiat qui est venu jeter le doute sur les compléments alimentaires vendus en pharmacie». Soulignant que «devant l’incompréhension générale, le résultat est que beaucoup ont jugé que ce sont des produits non conformes qui étaient commercialisés en pharmacie. Certains ont même suggéré que ces produits étaient la cause d’intoxication et donc dangereux pour la santé humaine et qu’il fallait les retirer en urgence alors qu’il s’agit de mise en conformité purement administrative et non pas d’un point de vue de qualité de produit». Il pointe ainsi du doigt le fait que ces «produits de qualité qui peuvent être destinés à la destruction seraient aussi une perte réelle pour l’économie nationale qui risque de se chiffrer à coups de centaines de millions de dinars». Dr Messaoud Belambri tient à rappeler que ce sont les pharmaciens, les médecins et même les producteurs algériens spécialisés dans le domaine qui avaient réclamé depuis des années une réglementation définissant les normes de production et de gestion de ces compléments alimentaires. Ils étaient commercialisés de manière anarchique, surtout pour les produits importés avec certains d’origine inconnue et de composition inconnue et pour d’autres, contenant des hormones ou des corticoïdes ou des doses en produits erronés. Affirmant qu’«on a tous dénoncé cela et réclamé l’instauration d’une réglementation par rapport aux composants, aux dosages et aux produits qui pouvaient être introduits et inclus en tant que complément alimentaires. Mais pour cela il faut une réglementation claire avec un cadre juridique et sans tout mélanger». Finalement, il réitère l’appel du Snapo pour le report de cette instruction interministérielle «pour, d’une part, remettre sur le marché les produits dont la qualité et l’utilité sont avérées et, d’autre part, donner le temps pour l’instauration de normes claires, en créant un répertoire référentiel d’allégations claires et précises». <