Son premier responsable va devoir faire face à plusieurs fronts, alors que les moyens humains et matériels sont encore en constitution. Lotfi Benbahmed n’a pas droit à l’erreur.

Dans un contexte de crise sanitaire mondiale qui a révélé le caractère stratégique du médicament, le secteur de l’industrie pharmaceutique algérien prend une importance plus marquée qu’auparavant avec des enjeux qui allient la santé publique à la sécurité nationale dans ses différents aspects.
Pour cette raison, et dans le cadre du processus en cours depuis plus d’une décennie pour installer une plateforme algérienne capable de répondre aux besoins nationaux en produits de santé, le gouvernement a créé un ministère autonome, séparé du ministère de la Santé, lors du dernier remaniement ministériel. Ce département, dont la principale mission est la création d’une industrie capable de réduire la facture d’importation par la production d’un générique de qualité avant de se lancer dans des produits innovants, tout en œuvrant à assurer la disponibilité des médicaments, transparaît nettement dans les attributions qui lui ont été fixées par le décret exécutif paru dans le dernier Journal Officiel n°58.
En vertu de ce texte réglementaire, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, sera l’architecte de la politique nationale dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, qu’il est chargé de proposer dans le cadre de la politique générale du Gouvernement. Il est également le premier responsable du suivi et du contrôle de la mise en œuvre de cette nouvelle feuille de route conformément aux lois et règlements en vigueur.
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique se doit de proposer une stratégie pharmaceutique orientée vers la promotion de la production nationale, de mettre en œuvre les politiques de promotion et de développement de l’investissement dans le secteur et de concevoir la politique de gestion des participations de l’Etat dans le secteur public de l’industrie pharmaceutique, tout en veillant à sa mise en œuvre. Pour un département tout juste naissant, des questions importantes se posent cependant sur les délais qu’il aura à se doter de la ressource humaine et matérielle pour mener à bien des charges aussi lourdes que complexes. Certaines sont immédiates comme de répondre aux pénuries signalées de médicaments pour le traitement des maladies chroniques et ceux entrant dans les protocoles de soins des cancéreux. A ce sujet, le ministre de l’Industrie pharmaceutique est chargé «d’élaborer et de proposer des mesures et des actions visant à assurer la disponibilité, la qualité et l’accessibilité des produits pharmaceutiques et des dispositifs médicaux».
Lotfi Benbahmed est astreint «à encourager la réalisation des projets d’investissements dans le domaine et d’assurer leurs facilitations, notamment pour les projets productifs initiés en substitution de l’importation».
Dans le même esprit, suite au placement officiel, depuis jeudi dernier, de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), sous l’égide du ministère de l’Industrie pharmaceutique, le ministre est appelé à proposer et à prendre toute mesure visant à assurer la régulation des activités pharmaceutiques, notamment dans le domaine de l’enregistrement, l’homologation des produits et les dispositifs médicaux et de prendre toute mesure visant la régulation des activités des établissements du secteur en matière de fabrication, d’importation, d’exportation, d’exploitation et de distribution. Un vaste chantier !
Dans cette optique d’assainir un secteur en jachère, Lotfi Benbahmed est également chargé d’agréer les établissements de fabrication, d’importation, d’exportation, d’exploitation et de distribution des produits pharmaceutiques et des dispositifs médicaux ainsi que les sociétés de promotion médicale et les prestataires de service.
Toutefois, rappelons que le placement de l’ANPP sous l’autorité du ministère de l’Industrie pharmaceutique, alors qu’elle était sous celle du ministère de la Santé, avait suscité une forte polémique, où de nombreux syndicats de la santé publique sont montés au créneau pour dénoncer «les risques de conflits d’intérêts» dans une mission qui est avant tout «une mission de santé publique avec comme priorités l’intérêt thérapeutique des patients».
Par ailleurs, dans l’optique de la promotion de la production nationale et de l’investissement, le ministre est chargé, notamment, d’élaborer et de mettre en œuvre, en relation avec les parties concernées, la politique industrielle de la filière pharmaceutique, d’en évaluer l’impact et de proposer les ajustements nécessaires, de veiller au renforcement et à la cohérence des capacités productives des établissements pharmaceutiques de fabrication des produits pharmaceutiques et des dispositifs médicaux, conformément aux objectifs fixés et aux priorités nationales.
En outre, dans la perspective de mettre l’Algérie sur l’échiquier des pays exportateurs de produits pharmaceutiques, le ministre sera notamment chargé de représenter l’Algérie auprès des organisations internationales et régionales dont les activités sont liées à celles du secteur et de veiller, dans le cadre de ses attributions, au respect des engagements, accords et conventions internationaux conclus.
Au final, dans le domaine de la formation et de la recherche scientifique dans un secteur où la recherche se taille la part du lion, notamment pour les molécules de base, les intrants, véritable mine d’or pour cette industrie spécifique, Lotfi Benbahmed doit apporter son concours à la formation et au développement des ressources humaines qualifiées nécessaires à la réalisation des activités notamment innovante du secteur. Un aspect qu’il a défendu notamment lors de ses nombreuses interventions dans les médias, où il a souligné l’importance des biotechnologies, considérées comme l’avenir du secteur. n