Entre le ministère de la Santé et les syndicats du secteur, ce n’est pas encore le temps de la confiance. Alors que la prime exceptionnelle Covid-19 sera versée demain, selon le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, les porte-parole des praticiens pointent des divergences de fond et de forme entre les deux parties.

PAR NAZIM BRAHIMI
Sur la forme, les syndicalistes n’ont pas apprécié que la tutelle rende publique sa réponse aux revendications professionnelles des praticiens sans que les concernés directs ne soient préalablement informés du contenu du «vaste programme sectoriel».
Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialiste de la santé publique (SNPSSP), trouve ainsi «malheureux en tant partenaire social que l’on soit informé de cette annonce par communiqué public», considérant que c’est à ce niveau que «se pose la problématique du dialogue avec le ministère de la santé» (Lire entretien de Sihem Bounabi).
Même son de cloche chez Lyes Merabet du syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) qui a considéré «très grave que nous apprenions à travers les réseaux sociaux notamment que les projets d’amendement des statuts particuliers ont été envoyés à la direction de la Fonction publique alors qu’il y avait un accord selon lequel cela ne se ferait qu’après concertation avec le partenaire social».
A propos du versement de la prime Covid 19, la nouvelle ne satisfait pas «entièrement» les praticiens qui reprochent la persistance d’un retard de 3 mois de primes impayées.
«Ces jours-ci, c’est la 6e prime qui est en train d’être donnée, alors que l’on est censé percevoir en ce moment la 9e tranche de la prime Covid 19. Cela veut dire que l’on est très en retard concernant le versement de la 7e et 8e et maintenant 9e tranches», fait remarquer M. Yousfi.
De son côté, M. Merabet souligne dans ce registre avoir «demandé la reconnaissance de la Covid 19 comme maladie professionnelle. Or, la tutelle n’a pas apporté de réponse à ce propos». Ce dernier reproche également au ministère de la santé ce qu’il a qualifié de «cohérence», qui renvoie au déroulement des assises nationales de la santé tenues au mois de janvier dernier.
«Nous n’avons pas participé à ces assises. Le ministère de la Santé n’a pas le droit de réagir ainsi en figeant la relation avec son partenaire social. Il aurait été plus judicieux et correct de convier les partenaires sociaux à cette rencontre pour écouter leurs doléances et attentes. D’autant plus que cette rencontre a été présentée comme un point de départ d’un long chantier de réforme. Or, ce chantier ne peut être réussi sans le concours et l’accompagnement des syndicats représentatifs», fait encore remarquer M. Merabet.
Dimanche dernier, le ministère a indiqué qu’un «vaste programme d’action sectoriel» relatif aux recommandations issues de la Conférence sur le renouvellement du système de santé, tenue en janvier dernier, a été élaboré, dans le cadre des efforts du gouvernement visant l’amélioration de la situation des professionnels de la santé, en application des instructions et directives du président de la République.
Un programme qui vise selon le ministère «l’amélioration de la situation des professionnels de la santé» et consiste, entre autres, en la mise en place des commissions chargées de la révision des textes portant statuts particuliers des personnels relevant du secteur de la santé et finalisation des procédures concernant le versement de la prime exceptionnelle Covid-19, ainsi que «les procédures financières nécessaires de versement des tranches exigibles de cette prime exceptionnelle qui seront versées dans les délais impartis». Le ministre a assuré lundi que toutes les «procédures relatives à cette opération ont été finalisées, appelant les directeurs de la Santé et des établissements hospitaliers qui n’ont pas encore viré cette prime, à la nécessité de la verser conformément aux délais fixés par le ministère, à savoir jeudi prochain»
En ce qui concerne la révision des statuts particuliers spécifiques au secteur de la santé, le ministère avait indiqué que sur les 10 statuts que compte le secteur, 6 ont été finalisés et étaient cours d’examen au niveau de la Direction générale de la Fonction publique. «Pour les 4 statuts restants, 2 sont élaborés et seront déposés sous huitaine, tandis que les 2 derniers font l’objet d’élaboration et d’ultimes vérifications», avait précisé la tutelle.
En ce qui concerne le dialogue avec les partenaires sociaux, le département de Benbouzid avait réaffirmé sa «volonté constante en vue du dialogue et de la concertation avec les partenaires sociaux et l’écoute des préoccupations et des problèmes des travailleurs et des professionnels du secteur».
Or, c’est visiblement «la déception» chez les représentants des praticiens de la santé publique qui estiment que «rien n’a été réellement fait pour résoudre les dossiers en suspens» depuis une dizaine d’années, alors que les pouvoirs publics sont appelés à «améliorer les conditions socioprofessionnelles des médecins et médecins spécialistes de plus en plus tentés par des carrières professionnelles outre-mer…».