Lors du dernier Conseil des ministres, le Chef de l’Etat a ordonné l’entame de l’exploitation de la mine de fer de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, et du gisement de zinc de Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa. Ces deux immenses sites miniers, qui propulsent l’Algérie au 3e rang des plus grandes réserves du monde de fer et au 5e de plomb et zinc, pourraient ainsi sortir de leur situation de richesse dormante pour cause de tergiversations de leur mise en valeur. Cet objectif n’est néanmoins pas sans poser de nombreuses questions notamment celle ayant trait au volet financier qui n’en est pas moins la pierre angulaire pour leur démarrage. Comment s’y prendra le gouvernement, car c’est loin d’être une mince affaire pour l’exécutif ? En effet, Gara Djebilet exige des moyens financiers colossaux pour le traitement de son minerai et son acheminement vers le nord du pays et Oued Amizour nécessite de gros investissements de prévention des contaminations de son environnement immédiat. Des économistes expliquent à Reporters qu’«il n’y a pas d’autres alternatives que le partenariat étranger ». L’expert en énergie Tewfik Hasni, contacté par nos soins, se démarque de cette approche. Ce dernier se demande avec beaucoup de conviction : « Qui sont ces investisseurs étrangers qui vont venir s’engager dans de tels projets ? Sachant pertinemment que les cours mondiaux de l’acier ne vont cesser de reculer à moyen terme par l’arrivée de gros producteurs, à l’image de la Chine qui produit du fer de plus en plus à moindre coût d’extraction et du traitement du minerai de fer, dont le taux de phosphate est très inférieur à celui du Gara Djebilet, dont la teneur élevée exige des traitements spécifiques employant des techniques nouvelles à fort coûts financier ». A propos du gisement de Oued Amizour, Tewfik Hasni indique que « les firmes internationales n’investissent plus dans les minerais qui sont sources de pollution environnementale et quand les gisements sont hors de leurs frontières. » Revenant sur Gara Djebilet, il nous dira : « Entre le premier coup de pioche et l’arrivée à bon port du minerai de fer traité pour pouvoir être commercialisé, il faudra compter tout au moins cinq ou six ans », non sans lâcher « d’ici là, les cours à l’international seront tellement bas qu’ils seront nettement inférieurs au coût d’exploitation du minerai de Gara Djebilet ». Ce dernier se demande enfin : « Devant un tel scénario qui reste des plus plausibles, ne serait-il pas préférable de se consacrer entièrement au développement durable ? »
De son côté, l’universitaire Brahim Guendouzi rejoint quelque peu Tewfik Hasni sur le point de la durée pour arriver à commercialiser le minerai de Tindouf. « Un projet à mi-chemin entre le moyen et le long terme », juge-t-il. Précisant toujours à propos du facteur temps, « l’idée de convoyer le minerai jusqu’à Nouadhibou, en Mauritanie, influerait sur le délai en question, c’est pourquoi cette piste devrait être retenue par le gouvernement ». L’économiste et expert en énergie Belghoul Saïd nous a indiqué, pour sa part, à propos du gisement de Oued Amizour : « Le risque environnement que représente l’exploitation d’une telle mine, dans un milieu à densité de population importante, a rendu difficile de trouver un assureur dans ces conditions, car dans le profil de la mine suscitée la police d’assurance peut dépasser le montant de son investissement global. »
Pour revenir au gisement de Gara Djebilet, il y a lieu de savoir que l’Agence nationale des activités minières (Anam) et la Société nationale du fer et de l’acier (Feraal) avaient, en 2017, signé un accord pour le financement des études de faisabilité du gisement minier de Gara Djebilet (Tindouf), pour un montant de 3 milliards de dinars. Etude qui devait être finalisée fin mai 2017, au plus tard fin décembre 2017, avant d’entamer la phase d’exploitation de ce gisement qui produira 3 milliards de tonnes. A l’époque, il était expliqué aux médias qu’en vertu de cet accord, Anam va octroyer 2 milliards DA à Feraal, chargée d’exploiter ce méga gisement, pour lancer ces études de faisabilité qui seront réalisées par un cabinet d’experts international. Il a été aussi expliqué, qu’outre cette enveloppe, Anam a également injecté, par le biais du Fonds des mines, un montant de 1 milliard DA dans le capital social de Feraal, qui avait été créée, en 2014, pour exploiter ce gisement à travers un partenariat entre Sonatrach et les groupes publics GICA (cimenterie), Manadjim El Djazaïr (Manal) et Sider. Depuis, aucune nouvelle avancée de ce méga projet. Espérons que cette fois Gara Djebilet va connaître un démarrage. n