Demain, les parlementaires de l’APN reprennent leurs travaux en plénière. Des projets de textes de loi seront soumis à leur vote lors d’une séance sans doute routinière, mais qui a la vertu de rappeler au moins, dans le cas qui nous intéresse dans ces colonnes, que la députation n’est pas seulement une simple délégation d’un membre d’une force politique élu. Représentant la Nation toute entière, un député a un droit de regard, de critique, d’alerte, d’intervention sur la législation du pays et la gestion de ses affaires pour les améliorer ainsi que sur les dossiers qui concernent et intéressent la collectivité nationale. Il est à la fois l’interprète de tous les électeurs et de ceux de sa circonscription.
Au vu de l’état actuel de la fonction parlementaire dans notre pays, de ses complaisances impardonnables pour certaines et de ce qu’elle a subi comme camouflet politique depuis plus de deux décennies, ce rappel prête à sourire. Il peut même paraître d’une puérilité insupportable, mais qu’importe le risque quand il s’agit de prévenir ; et d’accuser, pour le futur, la dangerosité à ne pas faire jouer leur rôle aux instruments de contrôle – ces filets de sécurité – et à vérifier, dans les territoires et les circonscriptions, ce que prétend faire et accomplir tel ou tel ministre, tel ou tel responsable gouvernemental. L’évocation de ce sujet concerne quasiment tous les domaines d’activité dans le pays. Elle vaut, ici, spécialement, pour celui des questions industrielles et minières.
Depuis plus d’une dizaine d’années, des choses magnifiques ont été dites et des annonces mirifiques ont été faites en ce qui concerne le potentiel du sol et du sous-sol algérien et les richesses de ses minerais. Les déclarations recensées depuis au moins cinq années sur le domaine minier hors hydrocarbures ont avisé d’un décollage imminent du secteur et de l’émergence d’une grande industrie attractive de l’investissement national et étranger. Dans les faits, on découvre aujourd’hui une toute autre réalité, somme toute symptomatique de ce ministre, aujourd’hui en cavale, qui a passé son temps à raconter, à nous et aux parlementaires surtout (mais il y en a d’autres qui sont concernés tout autant), des histoires sur des trésors qui n’existent pas.
Des récits sur un Eldorado de fiction ou déjà épuisé ; et qui, mine de rien, ont coûté très cher à la Nation, tandis que ses représentants n’y ont vu que du feu. « Tout ou presque est à revoir », avait dit le ministre actuel de l’Industrie et des Mines, sonnant en février dernier, déjà, un réveil dont on soupçonnait la brutalité quand même. Mais qu’on ne savait pas si horrible. Le 14 juin dernier, lors du Conseil des ministres, Ferhat Ait Ali Braham, rajoutait une couche en révélant que les importations d’équipements industriels – dont ceux destinés théoriquement à l’extraction et à l’exploitation minière – ont atteint 12 milliards de dollars. «Avec une exonération permanente » d’impôts et « sans un quelconque apport positif à la croissance ». Brute mais tardive découverte, mine de rien. N’est-ce pas messieurs les parlementaires et les autres ?