La petite ville de Redjas, située à quinze kilomètres à l’ouest de Mila, le chef-lieu de wilaya, à l’instar de la grande majorité de celles du pays, n’est plus cette agglomération calme et rassurante où l’on pouvait sans crainte dormir les poings fermés et les fenêtres grandes ouvertes.

Rien ni personne ne venait perturber le sommeil des habitants ni qu’un quelconque objet ne disparaissait de la maison. La confiance régnait. Les temps ont changé. Le respect de la vie du voisin ou des personnes âgées n’est plus de rigueur, le mépris des autres ne cesse de prendre de l’ampleur. Une vraie épidémie qui touche surtout les adolescents en mal de « m’as-tu vu ? » et de « redjla ». Le temps où la vue d’un voisin ou de l’ami du paternel ou du frère stoppait toutes les ardeurs est révolu. Le chômage serait, selon les habitants de Redjas, la cause principale de tout ce changement. Importuner une fille, un acte qui relevait du tabou dans cette petite ville, est devenu naturel, ne pas respecter les personnes âgées est une autre nouveauté, l’impuissance criante des passants et leur indifférence encouragent les provocateurs. Le chômage est accusé de tous les maux. Mais est-ce vraiment la seule raison ? Le stade de football de Redjas, dont l’équipe locale évolue en régionale, club qui joue pour sa survie dans cette division, est le théâtre, depuis quelque temps d’échauffourées, de déversements d’insultes et de blasphèmes en tous genres. Il est devenu pratiquement interdit à un père et ses enfants ou à deux frères ou des membres d’une même famille d’aller ensemble à un match de l’équipe locale. Un autre mal et pas des moindres a envahi Redjas, la drogue et les psychotropes. Il ne se passe pas une semaine sans qu’on n’entende parler de l’arrestation d’un adolescent ou d’un adulte en possession de ces produits prohibés. C’est dire que le mal qui touche cette petite ville est très profond. Les autochtones ne comprennent toujours pas ce changement. Le chômage et la pauvreté ont toujours eu droit de cité à Redjas. Où se trouve donc le mal ? Qui faut-il accuser ?