Pendant que les habitants des villes alimentées en gaz naturel, se prélassent sous leurs couettes et zappent les chaînes satellitaires, ceux des villages et douars dépourvus de cette énergie, courent après des bonbonnes de gaz butane ou sont tout simplement bloqués à l’intérieur de leur maison, priant Dieu de leur venir en aide.

La bouteille de gaz est rarissime, en ces temps de neige et de froid glacial et s’en débrouiller relève du miracle, car les livreurs ne peuvent atteindre ces zones. Les routes qui y mènent sont pratiquement bloquées à la circulation. Et quand la neige enveloppe tout, et que vos pieds s’y enlisent profondément jusqu’à geler et que la crainte de tomber quelque part dans une crevasse, ou se faire attaquer par un chacal, vous hante, rester à la maison à espérer la clémence du Tout-Puissant sera votre seul salut. L’on ne peut pratiquement rien contre les aléas de la nature. Et entre choisir de mourir de froid ou s’emmitoufler dans plusieurs couches de vêtements, le choix est vite fait. Les habitants des zones Nord de la wilaya de Mila, à l’image de Beinen, Arrès, Tassala, Tassadane, Minar Zareza, Chigara, et ceux des Hauts-Plateaux, dans le sud, en savent quelque chose. La neige et le froid ont dévoilé et mis en exergue les souffrances des habitants de ces contrées, peu importe leur statut social. En ces moments de douleurs mentale et physique, les pauvres et les riches vivent le même calvaire, celui du froid et parfois de la faim, si les provisions viennent à manquer. Heureusement que dans les douars et hameaux et maisons isolées la notion de « âoula » ou « provisions » est toujours ancrée chez les familles. La plupart disposent de semoule, de couscous, de chakhchoukha, de trida, de viande séchée et d’huile d’olive. La neige, belle et enchanteresse pour certains, est un véritable calvaire pour d’autres. Il faut habiter ces contrées pour voir et comprendre qu’en ces lieux la vie n’est pas aussi simple que certains le croient. « Vivez bien au chaud tandis que nous grelottons de froid », disait un montagnard à son cousin, aujourd’hui, citadin, résume quelque peu la souffrance de ces gens. Et pendant que les enfants et les adultes des « zones gazéifiées naturellement » s’amusent à se lancer allégrement des boules de neige et à se prendre en photo, il est des enfants, pieds nus, le regard hagard, qui rêvent de chaussures, de vêtements chauds, de couettes et d’un bon feu. Et n’était cet élan de solidarité qui caractérise les Algériens, prêts à tout pour aider leurs concitoyens, beaucoup de familles périraient de froid. Les autorités civiles, les militaires, les pompiers, les policiers, des volontaires bénévoles et des associations caritatives s’attellent, malgré le froid et la neige, à tout mettre en œuvre pour apporter aide et assistance aux familles isolées ou bloquées par la neige. Ils méritent donc tous les éloges.