Le printemps est là, avec sa verdure, son soleil et ses plantes sauvages comestibles que le Milevien, comme tout Algérien, aime cueillir, manger ou cuisiner. Les plantes ou herbes sauvages, pour qui l’ignore, sont des amuse-gueules que tout un chacun aime grignoter le temps d’une promenade dans les champs ou préparer comme mets chez soi à son retour. Les recettes sont fort nombreuses et nos grands-mères en connaissent des dizaines.

Les familles conservatrices, celles qui n’ont jamais oublié le mode de vie des anciens, du temps où tout était beau, continuent à ce jour de picorer et de manger de ces plantes délicieuses. Ces familles continuent de perpétuer les traditions car elles ont su les transmettre à leurs enfants et petits-enfants. Les familles citadines, conservatrices des us, ayant quitté la campagne, reviennent chaque année dans leur bled d’origine se ressourcer, se rouler dans l’herbe, cueillir des plantes sauvages et en consommer. Elles ne peuvent se passer de ces instants et du goût délicieux inoubliable qui leur rappellent leur enfance et le quotidien qu’ils vivaient. Elles aiment respirer l’air frais de la campagne et sentir les odeurs parfumées des arbres fruitiers et des fleurs sauvages. Consommer des plantes sauvages comestibles n’est nullement, comme le prétendent certains arrivistes, un signe de pauvreté mais un mode de vie qui, malheureusement, tend à disparaître car certaines familles refusent de passer le témoin à leur progéniture de peur d’être considérées comme « périmées », une psychose maladive. Malgré toutes les réticences et la peur du qu’en dira-t-on, des familles arborent leur fierté à se promener dans les champs, armées de canifs, s’asseyant sur l’herbe et picorant tilfaf, harcha, kherchaf, echebtt, el djarniz, talma, gernoune sauvage et autres plantes. Celles dans l’incapacité de se rendre dans les champs, faute de moyens de locomotion ou habitant loin de la campagne, ne se gênent nullement pour aller en acheter dans les marchés et places publiques car le commerce de ces plantes est devenu de nos jours une véritable source de revenus. Des bottes des plantes énumérées précédemment se vendent à plus de cinquante dinars, atteignant pour certaines variétés les 100 dinars. Elles se vendent comme des petits pains. La gent féminine, spécialement, aime en déguster et ne rechigne jamais à en acheter, et ce, quel que soit le prix affiché. Les familles ayant des proches habitant les douars, petits villages et mechtas n’omettent jamais de demander à ces derniers de leur en apporter lors de leurs visites familiales. Ces derniers temps, les familles mileviennes ont investi les champs pour cueillir ces plantes et où, clémence de Dame Nature, elles abondent. Les automobilistes, seuls ou accompagnés de leurs familles, stationnent sur les bords des routes et s’installent à même l’herbe, « se servent » et remplissent les coffres de leurs véhicules puis s’en vont. L’heure est à la cueillette des plantes et herbes sauvages dans la wilaya de Mila.