«J’ai quitté Ahmed-Rachedi, il y a 30 ans. Le vide total y régnait. A mon départ, j’avais laissé un jeune homme, portant un manteau marron et fumant une cigarette, assis à même le sol, devant l’horloge du village ou «Essaâ taâ el filadj», une scène qui m’avait marqué, ce jour-là, et qui est restée gravée dans ma mémoire durant tout mon séjour à l’étranger.

A mon retour au bled, j’ai retrouvé le même bonhomme, avec le même manteau de la même couleur, mais vieilli et amaigri, assis à la même place. J’ai failli repartir encore une fois pour ne plus jamais y revenir, j’avais cru que le temps s’était arrêté à jamais.» C’est la phrase qui a été prononcée par un enfant d’Ahmed-Rachedi (ex-Richelieu), revenu au village trente ans plus tard. La roue du développement s’est arrêtée à cette image vous dira tout habitant. C’est comme si rien n’avait changé depuis. Mais à voir de plus près, Ahmed-Rachedi, le chef-lieu de la commune éponyme, un village situé à 22 kilomètres au sud-est de Mila et où vivent plus de 12 000 habitants, n’est plus «cette scène mémorisée», mais un beau petit village doté de gaz de ville, d’eau courante, d’un lycée, de deux collèges d’enseignement moyen, d’écoles primaires, d’une Maison de jeunes, d’une salle de soins, d’un beau stade de football… En sus de ces commodités, de nouveaux lotissements et des logements collectifs (bâtiments) y sont nés. La population a pratiquement triplé. Autrefois, le village Ahmed-Rachedi se limitait tout bonnement à «El filadj», El kassyoune, Melh Eddab et La Cité. Dans ce village, les cafés fort nombreux, dotés de télévisons grands écrans et démodulateurs «spécialité sports», de jeux de cartes et de dominos ne désemplissent jamais. C’est en ces lieux que les habitants du village «tuent» le temps, discutant de tout et de rien. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, chaque quartier a son café et ses clients. D’autres habitants quittent le village très tôt pour se rendre dans les villes avoisinantes et ne revenir que tard pour y passer la nuit. Ces gens-là qualifient Ahmed-Rachedi de «village dortoir» sans plus. Le marché hebdomadaire du village qui se tient tous les dimanches, déserté par tous, il y a quelques années, a repris du poil de la bête et est devenu une plaque tournante du commerce local, les habitants s’y approvisionnent chaque semaine. Comparativement à d’autres chefs-lieux de commune, Ahmed-Rachedi n’est pas aussi mal portant. Et à l’instar des autres agglomérations de la wilaya, le chômage est roi.