Miguel Samaniego, membre de la communauté native Asháninka « San Miguel », explique quelles sont les problématiques actuelles auxquelles sont confrontées, en général, aussi bien les communautés natives que la population en Amazonie péruvienne.

Entretien réalisé par Lucie Touzi

 Reporters : Quelles sont les problématiques des communautés natives Asháninkas ?
Miguel Samaniego : Actuellement, les communautés en Amazonie, dans la région de la Selva Central, souffrent d’un terrible problème d’habitat. Le territoire est fondamental car un peuple indigène sans territoire est un peuple indigent. Les peuples indigènes ne sont pas habitués à vivre dans des zones urbaines, ils vivent au coeur de la forêt et grâce à leurs activités privées, sans que personne ne vienne les déranger ou rompre leur tranquillité. Mais maintenant, pour des questions de conflits territoriaux, les communautés natives ont vu leurs terres se rétrécir. Et il n’y a plus de place ailleurs non plus. Malheureusement, le gouvernement ne donne pas d’importance à la protection de ces petits espaces. Certains n’ont toujours pas de limites géographiques géo-référencées, ils n’ont pas de titre de propriété certifiant que ce territoire est le leur. Ils ont uniquement une résolution de reconnaissance affirmant « c’est à moi ».

En ce qui concerne la problématique du changement climatique, qu’en pensez-vous ?
Le changement climatique affecte tout le monde. Cependant, les politiques de l’Etat péruvien facilitent l’accès aux entreprises. En effet, l’Etat est toujours prêt à donner des espaces où elles sont libres d’utiliser les richesses afin de générer une activité économique. Malheureusement, la population n’est pas prête à assumer les responsabilités futures. En effet, l’argent arrive rapidement mais les dégâts restent. Il y a une citation qui affirme que « la richesse vient mais la pauvreté reste, la misère pire encore ».

A l’heure actuelle, quelles sont vos préoccupations ?
Une de mes plus grandes préoccupations est de voir que la question du changement climatique devienne de plus en plus désastreuse. Actuellement, par exemple, le climat devient fou… Il y a du soleil et d’un seul coup il pleut fortement. De plus, la population n’est pas préparée à réaliser une agriculture organisée. Les arbres sont élagués sur les sommets. Il n’y aucune organisation territoriale urbanistique où tout est parfaitement en ordre. En cas de glissement de terrain, les populations ne sont pas prêtes et continuent de vivre au sein même des ravins. En effet, la population ne sait pas clairement où elle peut s’installer avec sécurité. Et les gouvernements n’ont aucune  politique pour pouvoir répondre aux nécessités de cette croissance urbaine. Je pense que c’est un manque d’attention au niveau national, pas uniquement dans cette région de l’Amazonie. En ce qui concerne la production, comme le climat est très perturbé, la végétation et les plantes sèchent. Par conséquent, pour produire, il faut alimenter les plantes. Voilà les effets du changement climatique. La nourriture se voit réduite. Avant, tout était en abondance, tu jetais une graine et un arbre poussait. Mais maintenant non, tu dois la cultiver et l’alimenter avec de l’engrais. Car la terre elle-même est fatiguée, abîmée et n’a plus les mêmes richesses qu’auparavant. Elle n’a plus les mêmes qualités qu’avant, la même matière.

Quelle est votre réaction face aux entreprises qui utilisent les richesses naturelles de l’Amazonie ?
Malheureusement, le système péruvien est très corrompu. En effet, le ministère de l’Energie et des Mines et l’Autorité de l’eau qui donnent les autorisations, ainsi que la population qui protège son espace, sont facilement soudoyés par ces entreprises. Ils ne prêtent attention qu’au peu de richesses qu’ils vont recevoir et ils ne se soucient pas du reste. Pour nous, toute intervention d’une quelconque entreprise d’extraction d’électricité ou d’autres ressources provoquant un changement au sein même de la nature est un dégât irréversible.
De plus, ces entreprises n’apportent aucun bénéfice pour la population. Prenons l’exemple de la lumière, celle-ci est envoyée ailleurs, elle est vendue par l’entreprise privée. Les exploitations minières, c’est la même chose. Un accord est effectué avec les autorités qui donnent la permission et ça y est.

Ces entreprises affectent-elles l’environnement ?
Totalement. On peut se rendre compte de la déforestation ou encore des changements des cours d’eaux, par exemple. Toutes les richesses naturelles meurent à cause de ces changements physiques et chimiques qui existent. Il y a, par conséquent, une violation des droits qui ne parlent pas : l’eau, les insectes, les animaux et les personnes qui les consomment et qui vivent là-bas. Cela leur enlève une partie de leur bonheur. Avant, normal, tu allais te baigner dans le fleuve, mais aujourd’hui ceci aussi est restreint. Parfois, l’eau apparaît très sale ou le flux diminue. Ce n’est pas normal. Le cluster Energies renouvelables interpelle les pouvoirs publics.