Les Algériens déboutés du droit d’asile en Allemagne continuent de rentrer au pays par petites vagues, que ce soit volontairement ou forcés, suite à leur incarcération dans diverses prisons où il leur est demandé de choisir d’être jugé ou de rentrer au pays.

Une représentante de l’Organisation internationale chargée des migrants (OIM) était présente, cette semaine, à l’aéroport de Frankfurt où elle attendait les jeunes Algériens migrants clandestins expulsés. Elle doit constater de visu leur départ et leur présence dans l’avion, puis faire son rapport pour leur accueil à Alger, où ils bénéficieront d’un pécule de 1 000 euros pour les aider à redémarrer, comme le prévoit la réglementation internationale. Le plus surprenant lors de ce vol, c’est la présence non loin du tarmac, dans l’autre versant de l’aéroport, de dizaines de jeunes penchés sur une balustrade, dont certains avec des jumelles, qui se sont pointés là, probablement pour saluer de loin leurs camarades renvoyés au bled.
La présence des déboutés de l’asile politique dans l’avion s’est déroulée sans encombre, puisqu’ils ont été les premiers à être installés au fond de l’avion, ce qui a quand même suscité des commentaires des passagers qui avaient tous de la sympathie pour eux, certains allant jusqu’à dire qu’ils ont pris le risque de vivre en clandestinité « juste pour profiter de la vie et sortir de cette prison qu’est devenue l’Algérie, enfermée dans ses interdits et ses contradictions diverses qui rendent la vie difficile aux jeunes, avides de liberté… »
Cette semaine encore, un des vols de Frankfurt/Alger a ramené une dizaine d’expulsés, qui étaient accompagnés par deux fourgons de la police locale, stationnés sur le tarmac, jusqu’au départ de l’avion en direction d’Alger où l’un deux, dès sa sortie du cockpit, a crié « viva l’Algérie » qui résonnait plus comme un cri de dépit plutôt que de soulagement, alors que des policiers les attendaient au niveau de l’accueil de la PAF, probablement pour un interrogatoire et quelques nuits en prison.
Les commentaires de ces migrants clandestins, renvoyés dans leur pays, après des mois, voire des années de galère, reflétaient des situations diverses allant de la joie de retrouver la famille et les copains de quartier, au regret d’avoir raté leur escapade, tandis que d’autres, pour ne pas désespérer, fanfaronnaient en espérant que le Hirak aboutisse à une meilleure vie pour tous. Leur séjour en Allemagne n’a pas été de tout repos et de plaisir puisque, en plus de la clandestinité, ils vivaient de petits larcins et autres trafics de drogue sur fond de xénophobie de l’extrême droite allemande, qui allonge ses listes d’adhérents et d’électeurs, comme cela a été le cas lors des deux scrutins régionaux de l’ex-RDA, il y a deux semaines, où le parti populiste AFD (Alternative Fur Deutschland) a plus que doublé ses voix.
Trente ans après la chute du mur de Berlin, l’extrême droite allemande a, en effet, enregistré une forte poussée, le 2 septembre dernier, lors de deux élections régionales en ex-RDA qui a sonné, encore une fois, comme un avertissement à la fragile coalition de la chancelière Angela Merkel. L’AFD est de plus en plus populaire depuis qu’elle s’est mise à pourfendre la politique d’accueil de centaines de milliers de migrants. Ce parti populiste a obtenu, le 2 septembre dernier, 22,5 % dans le Brandebourg, le land qui entoure Berlin (contre 12,2 % en 2014) et 27,5 % en Saxe, dans le sud-est (contre 9,7 % en 2014). Sans décrocher la première place ni être en mesure de gouverner ces deux Länder, l’extrême droite réalise quand même une performance en Allemagne de l’Est qui confirme son statut de bastion électoral de l’AFD.
Pour amadouer cet électorat, qui fuit les partis traditionnels, la situation vis-à-vis des migrants s’est durcie et l’administration locale est devenue tatillonne et bureaucratique pour le moindre petit document administratif réclamé, même pour les résidents étrangers en situation régulière.
Il faut dire que le fait que des pays comme l’Algérie, qui sont aujourd’hui dans le collimateur, aient refusé ou traînent les pieds pour reprendre leurs migrants clandestins, évalués à près de 4 000, n’a fait que compliquer les choses et durcir les démarches afin de les faire céder, ce qui explique les difficultés d’obtention de visas Schengen, entre autres.
Pourtant, un accord pour l’expulsion de migrants algériens illégaux, établis en Allemagne, a été signé entre l’Algérie et l’Allemagne annoncé par la chancelière allemande Angela Merkel elle-même, lors de sa visite à Alger en septembre 2018.
Cette dernière avait annoncé avoir abouti à un accord avec les autorités algériennes pour « le transfert des migrants algériens en situation irrégulière en Allemagne vers l’Algérie » qualifié de « pays sûr », en précisant que ces derniers, selon son homologue algérien de l’époque Ahmed Ouyahia, ne seront pas en danger une fois rapatriés au pays. Il faut se souvenir que cette question de rappel des migrants clandestins faisait, depuis 2015, l’objet de tractations en Allemagne, suite à des agressions de femmes à Cologne, attribuées à des Maghrébins, lors de la célébration du Nouvel an. Une affaire qui avait défrayé la chronique et donné du grain à moudre à tous les extrémistes, ce qui avait beaucoup fragilisé la chancelière. Suite à cette affaire, le gouvernement allemand avait annoncé son désir d’accélérer le renvoi des demandeurs d’asile déboutés originaires d’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, en les inscrivant, avec la Géorgie, comme « pays sûrs », ce qui permettait aux services de l’immigration de rejeter, de façon quasi-automatique, les demandes d’asile de ces ressortissants, sans avoir à motiver ces refus. La générosité d’Angela Merkel, qui avait ouvert les portes de son pays à près d’un million de réfugiés syriens a été aussi, pour beaucoup, dans la montée de l’extrême droite, aidée par une explosion de délinquance qui a incité le gouvernement à réfléchir au renvoi, dans leur pays, de 60 000 étrangers déboutés du droit d’asile.
Actuellement, un autre débat anime la scène médiatique en Allemagne, celui des réfugiés syriens qui font des allers-retours en Syrie. Le ministre de l’Intérieur allemand a annoncé qu’il voulait retirer le statut de réfugiés à ceux qui font des allers-retours, suite à un reportage publié par le quotidien populaire, à grand tirage le Bild. Les propos du ministre de l’Intérieur allemand ont été cinglants et on ne peut plus clairs, puisque, selon lui, « tout réfugié syrien qui se rend régulièrement en Syrie ne peut pas, sérieusement, prétendre être persécuté. Nous devons priver cette personne de son statut de réfugié ! »