Plus de 60% des migrants disparus en mer Méditerranée ne sont pas identifiés, affirme l’Organisation internationale des migrations (OIM). Et pour cause. Le processus d’identification des corps de migrants récupérés en Méditerranée n’est pas «systématique», comme l’explique Cristina Catteneo, professeur à l’Institut de médecine légale de l’université de Milan, dans plusieurs entretiens accordés à la presse italienne.

«Lors de la récupération des corps de migrants en Méditerranée, le processus de leur identification n’est pas systématique. Les cadavres sont souvent enterrés anonymement ou laissés au fond de la mer», affirme le professeur. Avant d’ajouter : «Il y a des dizaines de milliers de victimes, et près de 60% de corps sont non identifiés. Jusqu’à maintenant, personne n’a rien fait pour faciliter ce travail d’identification.» Cristina Catteneo explique avoir créé un laboratoire mobile pour l’identification des corps des migrants disparus en Méditerranée, mais en raison du manque de moyens, son équipe ne peut avancer rapidement.
«Actuellement, on se concentre sur une centaine de cadavres retrouvés en 2015», dit-elle. Selon la spécialiste, cette situation est désastreuse mais personne ne veut en parler. «C’est un désastre qui dure depuis des années. Et contrairement à d’autres désastres, rien n’est fait. Aucun argent n’est investi, tout ce travail est fait gratuitement par l’université. Ceci ne peut pas durer», déplore-t-elle.
A noter que 2016 a été l’année la plus meurtrière pour les migrants qui traversent la Méditerranée pour tenter de rejoindre l’Italie, la Grèce, Chypre et l’Espagne, avec plus 5 000 décès. Selon l’OIM, il s’agit de l’année la plus meurtrière pour les migrants. Pour seulement la journée du 22 décembre 2016, deux canots pneumatiques avaient chaviré dans le canal de Sicile faisant des centaines de victimes. Et l’année 2017, aussi, semble s’aligner sur le triste record de 2016, avec déjà 230 disparus depuis le début du mois de janvier. Dans un rapport rendu public le 12 janvier dernier, l’OIM affirme que «1 159 migrants et réfugiés sont entrés en Europe par la mer, principalement en Grèce et en Italie, contre 22 590 pendant les douze premiers jours de janvier 2016.»