Un moment en reflux, la harga, ou l’immigration clandestine, semble reprendre de plus belle. Des tentatives de traversées sont régulièrement signalées à l’ouest et à l’est du pays, deux principales zones côtières proches de la rive Nord de la Méditerranée, d’où partent les candidats à l’aventure vers l’Europe.

Dimanche dernier, un groupe de harraga a été signalé et intercepté à Annaba par les garde-côtes de la Marine nationale, à une dizaine de miles marins au large de Ras El Hamra. Il fait partie d’une cinquantaine de personnes empêchées de gagner les côtes italiennes, celles de la Sardaigne, en particulier, vers lesquelles le passage est connu depuis plus d’une décennie maintenant. Quand la plage de Sidi Salem était le principal point de départ des harraga, se rappellent des gens du cru, le nom de « Sardigna » était scandé à la criée pour ceux qui étaient tentés par le grand large. A l’ouest du pays, dans le Témouchentois, c’est le port de pêche de Bouzedjar, ou plutôt les bancs de plage avoisinants qui continuent de servir de lieu de départ vers l’Espagne, toute proche, même si l’endroit, comme la plage de Sidi Salem, est aujourd’hui très surveillé par les services de sécurité. L’Espagne et l’Italie sont donc les destinations naturelles pour les migrants algériens, dont la mobilité dépend souvent des réseaux familiaux, d’amis ou de connaissances, avant ceux qui sont monnayés à coups de centaines d’euros (parfois les deux), dans des zones de transit dont la géographie semble, elle aussi, s’étendre vers d’autres pays devenus eux aussi des routes migratoires. Les plus connus sont la Turquie, la Grèce et la Bulgarie. Ils servent de lieux de séjour temporaire aux harraga, avant que ces derniers ne trouvent le moyen de gagner des destinations de l’espace Schengen, comme l’Allemagne, la France, la Belgique ou même les Pays-Bas, selon certains récits collectés par nos soins auprès de personnes de retour volontaire ou involontaire en Algérie.
Cependant, un autre pays des Balkans, la Serbie, attire les migrants algériens avant de gagner leurs destinations finales. Au début de la dernière crise migratoire, plus d’un million de personnes, dont beaucoup d’Algériens qui suivent les routes des migrants syriens, irakiens, afghans et bangladais, ont transité par ce pays avant que ses autorités ne durcissent leur dispositif de surveillance et de contrôle. En raison de ce durcissement, les harraga ne peuvent plus quitter le pays et sont placés dans des centres d’accueil, avant d’être réacheminés vers le pays d’origine. Dans une rencontre, en juin dernier, avec le ministre serbe du Travail, de l’Emploi, des Affaires sociales et des Vétérans, Zoran Djordjevic, ce dernier a exposé comment Belgrade lutte contre ce phénomène et aussi les moyens mis en place pour le traitement des réfugiés. « Bien que la Serbie ne soit pas membre de l’Union Européenne, elle a donné l’exemple de comment agir et se comporter envers les migrants. Aujourd’hui, en Serbie, environ 7 000 migrants sont sur notre territoire, la plupart dans des centres d’accueil qui sont mis en place dans des conditions les plus normales de la vie courante », dira-t-il. Il relèvera que « nous sommes bien conscients que la Serbie n’est pas leur pays de destination, mais bien un pays de transit, mais nous faisons en sorte que pendant qu’ils y sont présents ils aient les meilleures conditions possibles ».
Un pays plus accueillant mais de plus en plus regardant
Parmi ces populations d’émigrants, il y a 450 enfants, « dont mon ministère est directement responsable. Nous avons adopté un règlement que beaucoup de pays européens souhaitent aujourd’hui suivre. Ce dernier couvre en fait toutes les procédures, tous les aspects de protection de l’enfant émigrant depuis son entrée sur le territoire national jusqu’à son départ », a expliqué le ministre. « Nous avons la protection médicale, sociale et le droit à la scolarisation. Nous savons qu’ils vivent des moments très difficiles et notre devoir est d’assurer ces conditions afin qu’ils puissent garder une bonne image du pays et de bons souvenirs de leur passage en Serbie », a-t-il expliqué au parterre de journalistes. Par rapport à la Croatie voisine, qui renvoie les migrants vers leurs pays d’origine systématiquement, la Serbie est perçue, en effet, comme un pays plus accueillant mais de plus en plus regardant vis-à-vis des nouveaux arrivants, dont beaucoup préfèrent aujourd’hui se diriger vers l’Albanie pour trouver un accès plus facile vers l’espace Schengen. Quid véritablement des harraga algériens en Serbie ? L’ambassadeur d’Algérie à Belgrade, Abdelhamid Chebchoub, admet une « présence modeste par rapport à d’autres pays mais qui existe et qui est prise en charge par les services diplomatiques et consulaires » algériens. « Les gens n’ont aucune idée de ce qui se passe exactement. Ils nous accusent de ne pas lever le petit doigt et ne rien faire face à cela, à chaque fois que nous avons un harrag on le prend en charge». «Depuis que je suis en poste ici, nous avons rapatrié des Algériens, parfois aux frais de l’Etat, qui a aussi pris en charge le transfert des dépouilles. Chaque fois qu’il y a un décès, nous prenons contact avec sa famille, malheureusement, il y a des gens qui exploitent et rapportent des informations fausses dans les médias à ce sujet. C’est d’abord mon devoir de venir en aide aux Algériens se trouvant sur ce sol, qu’ils soient harraga ou pas, parfois, dans l’urgence. Nous le faisons avec nos propres moyens, nous faisons des quêtes pour subvenir à leurs besoins». L’ambassadeur d’Algérie indique qu’« en ce qui concerne ceux qui ont commis un délit et condamnés par la justice serbe, on lui rend visite en prison, on suit sa situation et on demande à leurs parents de nous fournir des documents quand ces derniers manquent. Il y a des procédures du pays que nous devons respecter, comme par exemple, nous avons eu un décès cette semaine en prison d’un jeune de Baraki, nous avons réglé avec les autorités serbes tous les papiers nécessaires, pour son transfert en Algérie ».  L’ambassade d’Algérie a enregistré jusqu’au 19 juin, 9 détenus dans les prisons et a délivré 15 laisser-passer, tandis que l’ambassade achève actuellement les procédures de transfert de la dépouille d’un jeune homme décédé en prison. Ce dernier s’appelle Abdenour Boulbadaoui de Baraki, père de famille, a commis un vol et a été condamné à deux ans. « Il lui restait un mois de prison afin qu’il soit libéré et expulsé, mais ce dernier n’a pas supporté d’être loin de sa famille et a succombé à une crise cardiaque », selon un employé de l’ambassade. Chems Eddine, un jeune homme de Réghaïa, a réussi à s’enfuir de l’équipe sportive avec laquelle il a voyagé pour un tournoi en Serbie, nous a affirmé : « Je suis diplômé de l’Institut de commerce et marketing, je n’ai même pas trouvé un poste à la hauteur de mes études. J’ai décidé d’émigrer afin d’avoir une meilleure vie et aussi subvenir aux besoins de ma famille. Malheureusement, je me retrouve tout seul dans ce pays, dont je ne comprends pas la langue. Je viens aujourd’hui dans notre ambassade afin qu’ils m’aident à rentrer chez moi, car j’en ai marre de cette misère. L’immigration est un enfer que je ne souhaite à personne. » D’autre part, à la gare de Belgrade, nous avons aussi rencontré un jeune d’Alger, qui nous a confié que son ami a été arrêté par les autorités serbes. « Mon ami a commis un vol, et cela pour un besoin vital. Nous n’avons pas d’argent ni de quoi nous nourrir. Nous sommes passés par la Turquie puis nous sommes arrivés en Serbie ». Quelques jours après, nous avons revu ce jeune homme et son ami, dont la victime a retiré sa plainte car il a eu de la peine pour le jeune ». Les deux jeunes ont poursuivi leur route vers la France. Combien de harraga algériens y a-t-il en Serbie en attente d’une destination finale ? On ne le sait pas vraiment. Il y a des personnes qui ne sont ni dans les camps d’accueil ni en prison et qui échappent à tout contrôle. Seule certitude, « à peu près 120 Algériens sont installés légalement en Serbie avec leurs papiers et environ 150 Serbes vivent en Algérie ».