Les garde-côtes ont intercepté au large de la Libye plus de 400 migrants dont des femmes et des enfants qui tentaient de rejoindre l’Europe par la mer, a annoncé hier samedi aux agences de presse le porte-parole de la marine libyenne.

Selon le général Ayoub Qassem, 431 migrants à bord d’embarcations pneumatiques ont été interceptés entre jeudi matin et samedi, à quelques miles marins au large de la ville de Sabratha, à 70 km à l’ouest de la capitale Tripoli.

«Les migrants sont de plusieurs nationalités africaines et comptent parmi eux un grand nombre de femmes et d’enfants », a ajouté le général Qassem. Ils ont été interceptés par les garde-côtes basés à la raffinerie de Zawiya (50 km à l’ouest de Tripoli). Puis ils ont été remis plus tard à l’Organisme de lutte contre l’immigration clandestine qui devrait les placer dans des centres de rétention, a-t-il précisé. Vendredi d’avant, les garde-côtes italiens ont annoncé avoir secouru plus de 1300 migrants au large de la Libye, ce qui porte à plus de 7000 le nombre de migrants arrivés sur les côtes italiennes depuis le début de l’année. La grande majorité des quelque 500 000 migrants ayant atteint les côtes italiennes au cours des trois dernières années provenait de la Libye. Ce qui incite les pays de l’UE à multiplier les mesures d’endiguement et de recherche de moyens de limiter drastiquement l’activité des passeurs qui se sont créés un business des plus juteux depuis l’effondrement du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Vendredi dernier, toujours, les dirigeants européens réunis à Malte se sont engagés vendredi à aider la Libye à lutter contre les passeurs. Il s’agit de «briser le modèle économique» des passeurs, sécuriser les frontières du pays ou encore assurer des conditions décentes aux migrants bloqués dans la région, a déclaré le Premier ministre maltais, Joseph Muscat. Inscrite parmi les dix priorités que l’Europe communautaire s’est fixée dans le cadre de sa politique migratoire, cette initiative n’est pas sans susciter la méfiance des ONG et des organisations de défense des droits humains. Celles-ci craignent que les pays de l’UE ne prennent des décisions de marchandage dont les premières victimes seront encore une fois les migrants.

Le modèle turco-européen en ligne de mire
A La Valette, Joseph Muscat a indiqué que les pays de l’UE sollicitent la collaboration des tribus nomades établies dans le sud de la Libye pour endiguer le flux migratoire. En précisant que cet objectif pouvait être atteint d’ici à la fin de la présidence semestrielle maltaise de l’Union européenne, fin juin, il a assuré qu’ « il y a maintenant un engagement direct avec les tribus dans le sud de la Libye qui ont jusqu’à présent collaboré avec les trafiquants et gagné entre cinq et six millions d’euros par semaine grâce à cela ». « Tout cela constitue un signal extrêmement positif. Est-ce que cela suffira, le temps le dira », a encore dit M. Muscat sans donner de détails sur l’importance de « l’engagement » européen auprès des tribus libyennes. Mais selon plusieurs experts, il est impossible de réduire les flux de migrants entrant dans le sud de la Libye en provenance du Sahel sans le concours de ces tribus, qui contrôlent une grande partie des voies d’accès dans le sud-libyen.
Jeudi dernier, l’Italie et la Libye ont par ailleurs signé à Rome un accord prévoyant notamment la création de camps pour accueillir les migrants et les inciter à retourner dans leurs pays lorsqu’ils ne peuvent prétendre au statut de réfugié. De nombreuses ONG redoutent de mauvais traitements à l’égard de ces migrants en Libye. Ceux ayant fui ce pays ont souvent témoigné avoir été victimes de tortures ou de violences voire de viols pour ce qui est des femmes. Dix mois après la quasi-fermeture de la route migratoire passant par la mer Egée, plus de 181.000 traversées ont été recensées en 2016, un record. « Nous savons que la situation des réfugiés est dramatique en Libye. C’est pour cela que nous devons procéder dans le même contexte qu’en Turquie : empêcher l’illégalité, mettre fin au jeu des passeurs et des trafiquants et améliorer la situation des réfugiés », a expliqué la chancelière allemande Angela Merkel.
L’UE va renforcer un programme de formation des garde-côtes libyens, qui agissent dans leurs eaux territoriales où ne peuvent pénétrer les navires chargés des opérations de sauvetage et de surveillance chapeautées par l’UE, dans l’espoir de limiter le nombre des personnes arrivant dans l’Union européenne. Elle se fixe également pour objectif d’améliorer la situation économique des communautés locales en Libye et de coopérer avec le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) de l’ONU et l’Organisation internationale des migrations (OIM), pour assurer de bonnes conditions d’accueil aux migrants.