Synthèse Salim Benour
Il y a plus d’une dizaine d’année, le drame dit du « bateau cercueil » avait fait parmi des migrants 63 morts en 2011 au large de la Libye. Deux des neufs survivants attendent que la justice française se prononce, jeudi 22 septembre, sur leur plainte. Ils estiment avoir été abandonnés par les marines militaires occidentales, et espèrent jeudi que la justice française va relancer une nouvelle fois l’enquête. Après une première plainte classée en novembre 2012, deux des neufs survivants de cette embarcation de fortune ont saisi en juin 2013 un juge d’instruction parisien pour « non-assistance à personne en danger ». Pendant ces deux semaines cauchemardesques, ils assurent que l’embarcation a été photographiée par un avion militaire, survolée par deux hélicoptères, dont un qui leur largua « bouteilles d’eau et biscuits », et qu’ils ont croisé au moins deux bateaux de pêche. Le rivage libyen était quadrillé par des bâtiments de plusieurs marines occidentales au moment où explosait la révolte qui mettra un terme au régime de Mouammar Kadhafi. Les naufragés rappellent qu’ils ont également fait parvenir un appel de détresse aux garde-côtes italiens, relayé à l’ensemble des navires de la zone, mais également au QG de l’Otan à Naples (Italie). Soutenus par plusieurs ONG, ils estiment que plusieurs armées européennes engagées en Libye, et la marine française en particulier, n’ont pas réagi malgré leur connaissance du péril pesant sur leur canot en panne. Saisie, la juge d’instruction Sabine Kheris a rendu fin 2013 un non-lieu, s’appuyant sur l’enquête initiale de 2012 pour écarter toute responsabilité française. Après de multiples démêlés procéduraux dont un détour par la Cour de cassation, l’affaire est revenue début juin devant la cour d’appel de Paris, chargée de se prononcer jeudi à nouveau sur un deuxième non-lieu ordonné en2018 sur la base de nouvelles recherches qualifiées par Mme Kheris de « longues, pointues et fouillées ». Me Stéphane Maugendre, qui défend deux des survivants depuis dix ans, a plaidé pour une remise à plat de l’enquête, dénonçant « l’insuffisance manifeste des investigations » et « une instruction menée exclusivement à décharge ». Il cible la magistrate instructrice Sabine Kheris, désormais en charge des « cold cases » au tribunal de Nanterre (région parisienne), qui d’après lui a écarté trop vite des contradictions apparentes ou des lacunes dans les réponses du ministère de la Défense français. Celui-ci avait ainsi exclu en 2012 que l’avion qui avait photographié les migrants au premier jour de leur dérive soit français, avant de finalement le reconnaître en 2017, à la suite d’une déclassification d’informations. De la même manière, le ministère de la Défense avait cartographié l’emplacement des navires dans la zone au seul premier jour de la dérive du zodiac, empêchant selon les plaignants de vérifier leur proximité ensuite. Les plaignants espèrent aussi la jonction de procédures étrangères, notamment espagnole ou italienne, qui témoigneraient de « contradictions », chaque Etat « se disant hors de cause au motif que ce serait leur voisin qui serait impliqué ». D’après Me Maugendre, l’avocate générale s’en était remise à l’audience « à la sagesse » du tribunal. Mais une source judiciaire avait indiqué à l’AFP que le parquet général avait requis la confirmation du non-lieu. Ce naufrage « est quelque chose que je n’oublierai jamais. J’ai vu de nombreux amis et des enfants mourir devant moi », a raconté à l’AFP Abu Kurke Kebato, rescapé de 35 ans vivant actuellement aux Pays-Bas. « Si la justice ne parvient pas à établir la vérité, c’est vraiment, vraiment malheureux ». n