La question des migrants, si elle n’est pas étrangère à l’Algérie, s’est invitée cependant en ce début d’année avec son lot d’interrogations sur un phénomène qui interpelle plus que jamais les autorités à y faire face sur plus d’un front. Sur le plan sécuritaire, en réunissant les conditions nécessaires, pour maîtriser le flux migratoire vers l’Algérie, mais aussi sur le plan de la communication où la bataille n’est pas moins importante.

Il a ainsi suffi d’un communiqué – vite démenti – de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh) sur des «migrants», notamment syriens et yéménites, refoulés aux frontières Sud par les autorités nationales pour que la problématique s’installe de nouveau. L’info s’est avérée fausse, mais l’enjeu est réel !
S’il est vrai que l’Organisation non-gouvernementale (ONG) s’est curieusement rétractée sur le contenu de son communiqué, en évoquant des explications peu convaincantes, il n’en demeure pas moins que la question est bien là avec toute sa complexité. Avec ses causes et ses conséquences manifestement difficiles à gérer. Surtout lorsque c’est l’identité du sujet migrant ou son affiliation – avérée ou soupçonnée – à des groupes terroristes qui font désordre comme c’est présentement le cas avec ces « migrants » refoulés au Sud du pays.
L’information – ou plutôt l’intox – émanant de la Laddh, selon laquelle l’Algérie a procédé au refoulement fin décembre de migrants syriens et yéménites, a été battue en brèche par Hacene Kacimi, directeur au ministère de l’Intérieur chargé du centre opérationnel du ministère et du dossier de la migration. «Il y a des éléments tout à fait erronés et fallacieux et qui ne correspondent pas aux événements tels qu’ils se sont déroulés », a expliqué le responsable, pour qui « les personnes refoulées dernièrement aux frontières sud du pays ne sont pas des migrants».
M. Kacimi répondait, en effet, à des «informations» publiées par des médias et des sites internet en se basant sur des informations d’organisations de droits de l’homme et faisant état d’un refoulement par les autorités algériennes vers le Niger de dizaines de personnes de nationalités syrienne et yéménite. Le responsable, s’appuyant sur des données liées au parcours de ces individus, s’interroge sur leur identité et leur douteuse activité. «D’abord ils les ont présentés comme étant des migrants alors qu’ils ne le sont pas. Pourquoi ne sont-ils pas des migrants ? Tout simplement, ce sont des membres de l’armée syrienne libre qui étaient à Alep », tenait à préciser le responsable, qui a regretté que certaines organisations des droits de l’homme reprennent de fausses informations. Réfutant dès lors «les accusations selon lesquelles les autorités algériennes auraient refusé ces personnes qui demandaient l’asile»,
M. Kacimi a retracé, dans une déclaration à l’APS, tout l’itinéraire parcouru par les personnes en question. «Ces djihadistes, quand ils sont arrivés en Turquie, si vraiment ils étaient menacés dans leur vie, pourquoi n’ont-ils pas demandé le droit d’asile en Turquie ? », s’est interrogé M. Kacimi, qui a précisé que ces gens-là ont bénéficié de faux passeports avant d’être transférés par avion vers le Soudan et ensuite vers la Mauritanie. Sur sa lancée, M. Kacimi a posé une série d’interrogations notamment en ce qui concerne le financement de ces « migrants » ainsi que sur les parties qui leur assurent la protection, regrettant que tous ces éléments d’informations « ne soient pas évoqués dans les communiqués de ces organisations». «Quel est le migrant qui peut se permettre le luxe de voyager par tant de capitales et de débourser plus de 200 millions de centimes pour arriver aux frontières sud de l’Algérie ? Qui finance l’organisation, l’encadrement et la protection de ces djihadistes ? », s’est-il interrogé.
Selon le même responsable, « c’est à partir de la Mauritanie qu’ils entrent vers le Nord du Mali sous une protection de groupes terroristes qui les ramènent vers Aïn Khalil pour les faire entrer dans le territoire national par Timiaouine ». Il a fait état, à ce propos, de l’existence d’«une deuxième route qui passe (par avion) du Soudan vers Bamako où il y a de fortes complicités locales, où on les fait remonter vers Agadez où ils sont pris charge par des groupes armés pour les faire remonter vers les frontières algériennes ». Pour appuyer ses dires, M. Kacimi a souligné que « si c’étaient vraiment des migrants en détresse et qu’ils avaient besoin de la protection des autorités algériennes, pourquoi, quand ils sont arrivés aux frontières algériennes, ils ne se sont pas adressés aux autorités algériennes qu’ils ont évitées pour échapper à leur contrôle ». Motif ainsi pour lui de relever le fait que ces personnes « ont été interceptées en flagrant délit de franchissement illégal des frontières algériennes et ont été installées dans le centre d’accueil de Tamanrasset où ont été confirmés leur origine et leur parcours ».
Manifestement, et en dépit de cette fausse communication de la Laddh, la question des migrations reste posée et mérite plus d’attention dans son traitement sécuritaire par les Etats mais aussi dans son observation comme phénomène. D’où la nécessité d’approfondir la réflexion particulièrement sur le mouvement migratoire, notamment dans le bassin méditerranéen et dans la région sahélo-saharienne.n