La Commission européenne a proposé mardi une série d’incitations financières pour convaincre les Etats membres d’installer sur leur sol des «centres», pour y identifier rapidement les migrants secourus en mer, et de partager leur prise en charge comme l’exige l’Italie.

L’exécutif européen suggère notamment d’accorder aux Etats membres volontaires un «soutien financier total pour couvrir les coûts d’infrastructures et de fonctionnement» pour créer des «centres contrôlés», où devraient être distingués demandeurs d’asile légitimes et migrants économiques à expulser.
Quant aux pays qui seraient prêts à accueillir des demandeurs d’asile sur leur sol à partir de ces centres, la Commission propose une aide tirée du budget de l’UE, qui atteindrait 6 000 euros par personne transférée. Il s’agit de la même somme que celle qui était attribuée dans le cadre du plan de «relocalisation» en vigueur entre 2015 et 2017, dont le caractère obligatoire avait profondément divisé les pays de l’UE. Les suggestions de l’exécutif européen tentent de donner corps aux conclusions d’un sommet européen organisé fin juin. Les dirigeants des 28 y avaient proposé l’établissement de ces «centres contrôlés» et de «plateformes de débarquement» des migrants secourus en mer. Malgré la chute considérable du nombre des arrivées sur les côtes européennes par rapport à l’afflux de 2015, les migrations continuent de provoquer de fortes tensions au sein de l’UE. Le nouveau gouvernement populiste en Italie a notamment accru la pression sur les autres pays de l’UE pour qu’ils partagent davantage la prise en charge des arrivants. Rome a ainsi décidé d’interdire l’accès aux ports italiens aux ONG qui portent secours aux migrants en Méditerranée, provoquant une série de bras de fer diplomatiques pour désigner des ports d’accueil. Et elle menace désormais de le faire également à partir de la fin août avec les navires de l’opération européenne Sophia. La Commission souligne que l’UE pourrait mettre des «équipes de débarquement» à la disposition des pays volontaires pour ouvrir leurs ports aux navires de sauvetage. Celles-ci incluraient des dizaines des garde-frontières européens, d’interprètes, d’agents spécialisés dans les renvois de migrants irréguliers ou encore d’experts européens en procédures d’asile. Bruxelles évoque aussi prudemment le projet de «plateformes de débarquement» dans des Etats hors de l’UE pour les migrants secourus dans les eaux territoriales de ces pays tiers ou dans les eaux internationales. «Tous les Etats côtiers de la Méditerranée devraient être encouragés à établir des zones de recherche et de sauvetage et des centres de coordination du sauvetage maritime», estime la Commission, qui n’emploie pas le mot de «plateformes» utilisé dans les conclusions du sommet des 28. Elle évoque de son côté des «dispositions de débarquement» à mettre en place avec les pays tiers volontaires, en étroite coopération avec le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR). Il n’est pas question de «détention, ni de camps» à installer dans les pays tiers, mais de «dispositions» pour assurer des «débarquements sûrs et ordonnés», insiste la Commission. Après ces propositions de Bruxelles, la balle est désormais dans les camps des Etats membres pour prendre des décisions. Une réunion est par ailleurs programmée le 30 juillet à Genève avec le HCR et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour évoquer les débarquements de migrants hors d’Europe. «Ce n’est qu’une fois qu’une approche commune de l’UE aura été convenue que les actions d’information auprès des pays tiers intéressés pourront débuter», a indiqué l’exécutif européen, alors que plusieurs pays comme le Maroc, la Libye et la Tunisie ont déjà fait part de leur opposition à ces projets.