Le naufrage d’une embarcation de fortune transportant des migrants tentant de rejoindre le Royaume-Uni par la Manche a fait au moins trois morts mercredi, rappelant les dangers de ces traversées risquées mais toujours plus nombreuses, ont rapporté les médias britanniques. Alors que l’Angleterre et le Nord de la France connaissent des températures glaciales, la vaste opération coordonnée par les garde-côtes britanniques avec l’assistance de la Marine française a permis de secourir 43 rescapés, ont précisé ces médias, citant une source gouvernementale.

Par Valentine GRAVELEAU
Un peu plus d’un an après un naufrage qui avait tué 27 migrants, le drame pose une nouvelle fois la question de la coordination et des responsabilités entre le Royaume-Uni et la France sur ce dossier, au coeur de fréquentes tensions entre Londres et Paris. Les services de secours britanniques avaient indiqué avoir été contactés vers 03H40 (locales et GMT) au sujet d’une «petite embarcation», terme utilisé pour qualifier les bateaux de fortune à bord desquels les migrants traversent la Manche pour se rendre au Royaume-Uni. Depuis le début de l’année, près de 45.000 migrants ont effectué la dangereuse traversée dans ces eaux froides et très fréquentées, contre près de 30.000 l’année précédente.

Risque d’hypothermie
Des bateaux et des équipes de sauvetage de plusieurs villes du Sud-Est de l’Angleterre ont été mobilisés ainsi que deux hélicoptère britanniques et un hélicoptère de la Marine française, selon les garde-côtes. Côté français, la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord a précisé qu’un patrouilleur de la marine nationale avait été envoyé en renfort. L’association française d’aide aux migrants Utopia 56, qui donne toujours un numéro à joindre en cas de naufrage en plus de celui des secours, a indiqué à l’AFP avoir été appelée bien plus tôt, à 02H53, soit 01H53 GMT, par un message vocal avec une localisation dans les eaux françaises. «A 3h40 (02H40 GMT), les garde-côtes français nous ont dit que c’étaient les Anglais qui s’en chargeaient», a indiqué Nikolaï Prosner, un responsable d’Utopia 56, soulignant le risque extrême en hiver. «Le risque d’hypothermie qui est suivi de la mort est extrêmement grand. Quand il y a ce genre de drame on n’a pas le luxe d’attendre pour intervenir.»

Système d’asile débordé
Dans la nuit du 23 au 24 novembre 2021, 27 migrants âgés de 7 à 46 ans – seize Kurdes d’Irak, un Kurde d’Iran, quatre Afghans, trois Ethiopiens, une Somalienne, un Egyptien et un Vietnamien – avaient péri dans le naufrage de leur bateau pneumatique en tentant de rejoindre l’Angleterre. Alors que l’enquête se poursuit sur les circonstances du naufrage, des documents dévoilés par Le Monde et consultés par l’AFP mettent en cause les secours français et britannique, qui se sont renvoyé la balle sans se porter au secours du bateau naufragé. Selon le quotidien français Le Monde, les passagers du bateau ont appelé à l’aide à une quinzaine de reprises les autorités françaises, en vain, suggérant que les secours français avaient attendu que les naufragés dérivent dans les eaux anglaises. Cette nouvelle tragédie intervient au lendemain de l’annonce par le Premier ministre britannique Rishi Sunak d’un vaste paquet de mesures destinées à lutter contre l’immigration illégale. Le dossier est hautement sensible pour les conservateurs qui promettent depuis le Brexit de «reprendre le contrôle» des frontières alors que le nombre de ceux qui tentent de traverser la Manche n’a jamais été aussi élevé, débordant complètement le système des demandes d’asiles. Les mesures annoncées comportent notamment un accord avec l’Albanie, dont les ressortissants représentent un tiers (13.000) des traversées cette année. Paris et Londres ont signé un accord mi-novembre qui prévoit notamment une enveloppe de 72,2 millions d’euros que devront verser les Britanniques en 2022-2023 à la France pour augmenter de 800 à 900 le nombre des policiers et gendarmes sur les plages françaises, d’où partent de nombreux migrants. «Le fait de faire ce voyage par ces températures montre à quel point les gens sont désespérés», a réagi Alex Fraser, responsable à la Croix Rouge britannique. «Tant que nous n’aurons pas plus d’itinéraires sûrs et accessibles pour les personnes demandant l’asile, nous risquons de voir davantage d’incidents de ce type.» Au moins 205 migrants sont morts ou ont été portés disparus en traversant la Manche depuis 2014, selon le Missing Migrants Project de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). (Source AFP)