Dans le cadre des matinales organisées par le cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care), une rencontre sur «la micro-assurance : l’inclusion des plus vulnérables», a été animée hier à Sofitel par Mahrez Ait-Belkacem, consultant en entreprise, Ahmed Hadj Mahammed, vice-président de la GAM Assurance, et Hassen Khelifati, DG d’Alliance assurance, au cours de laquelle a été présenté ce dispositif qui a fait ses preuves ailleurs.

Devant une assistance composée des professionnels du domaine des assurances et des banques, les intervenants ont tenté d’expliquer la nécessité de ce produit qu’est la micro-assurance, notamment pour les couches les plus défavorisées de la population et le monde rural.
Un produit à développer, selon les intervenants, à cause notamment du déclin du salariat traditionnel, et le fait que la microentreprise et l’auto emploi se développent de manière inversement proportionnelle au salariat. Mais aussi parce que la Casnos ne constitue pas une alternative adaptée à ces catégories. Ahmed Hadj Mahammed expliquera que ce produit est destiné notamment au monde rural, aux agriculteurs et à tous les autoentrepreneurs, notamment dans le secteur informel. «97% de la population rurale algérienne est non assurée», dira-t-il. Hassene Khelifati, P-DG d’Alliance Assurance, dira, pour sa part, qu’il « faut qu’il y est un environnement accompagnant la micro-assurance pour être rentable, l’assoir sur des réseaux existants type Cnac, Angem et autre Casnos», tout en émettant un certain doute sur son éventuelle popularité. «En Algérie, ça sera laborieux de la mettre en place», nuancera-t-il.
Ce produit, qui existe dans beaucoup de pays dans le monde, a toujours du mal à trouver sa place chez nous où l’Etat est omniprésent, fera remarquer Khelifati pour qui «la microentreprise peut être rentable et viable à condition que l’environnement soit apte à l’accompagner, ce n’est pas une solution miracle, il faut d’abord réinstaurer la confiance.»

«Micro-takkaful»
M. Khelifati relatera d’ailleurs cette anecdote à propos d’un porte-conteneurs qui avait pris feu en mer du Nord et dont 80% des clients n’étaient pas assurés, la majorité d’entre eux étaient des Algériens, «c’est dire le rapport que nous avons avec cette question de l’assurance». Ahmed Hadj Mahammed évoquera de son côté une solution, destinée à certaines catégories réticentes, dénommée «micro-takkaful».
Une alternative pour ceux qui trouvent que le système classique tombe sous le coup de l’illicite.
Ahmed Hadj avancera que cette formule existe bien dans d’autres pays musulmans comme au Soudan, en Malaisie, en Indonésie ou au Kenya avec un bon écho. «Il s’agit de compléter le dispositif existant et répondre aux attentes culturelles des segments du marché de l’assurance», ajoutera-t-il. À l’instar de la Tunisie et du Maroc où la finance islamique a pu s’implanter, «l’Algérie est accessible à l’idée d’assurance, il suffit de lui expliquer le processus et clarifier les zones d’ombre», ajoutera le vice-président de la GAM. «La microentreprise est pratiquée par une variété d’acteurs formels et informels, le point commun de ces acteurs est de favoriser l’accès à l’assurance à un plus grand nombre de population à faibles revenus». En Algérie, il existe plus de 5 millions de clients potentiels, a estimé l’intervenant. Les interventions de l’assistance n’ont pas hésité à pointer les difficultés d’introduire ce type produit en Algérie. Le DG de la Casnos, Achek Youcef Chawki, notera d’ailleurs les blocages, dus, notamment, à l’esprit fataliste face aux sinistres, et le rôle joué par la solidarité familiale et sociale dans les moments difficiles. Les intervenants concluront que le besoin de ce type de produit existe, l’opportunité de l’environnement économique et social le permet, l’expertise algérienne est disponible. En attendant, les pouvoirs publics ne se montrent guère intéressés, «la faisabilité de l’offre de la micro-assurance dort dans les tiroirs d’un ministère», conclura-t-on.