Reporters : Une deuxième guerre contre l’occupant marocain est déclenchée depuis le 13 novembre dernier. Ce jour a sonné le glas de l’accord du cessez-le-feu instauré depuis 1991, lorsque le Maroc, au grand dam des résolutions onusiennes et panafricaines, l’a violé…
M’hammed Cheikh : Depuis le 13 novembre, une nouvelle page a vu le jour et la guerre se poursuit tout le long du mur de la défense que nous appelons le mur « de la honte ».
L’Armée populaire de libération sahraouie (APLS) poursuit, en effet, ses attaques contre les positions et les retranchements des forces d’occupation marocaine le long du mur de sable, sachant que le front du combat s’est considérablement élargi dernièrement. Des opérations de très grande ampleur ont été menées à l’intérieur du Maroc, à Ouakziz.

Près de trois mois après le déclenchement de la guerre, le Maroc ne communique pas sur ce conflit armé. Pourquoi ?
Le régime marocain garde le silence sur ses pertes. C’est la même stratégie qu’avait adoptée le roi Hassan II pendant la première guerre qui a opposé le Sahara occidental au Maroc. Hassan II avait refusé de reconnaître et de recevoir les 3 000 soldats marocains prisonniers de guerre et libérés par le Front Polisario, parce qu’il avait refusé de reconnaître qu’il y avait une guerre contre le Maroc. C’est la même stratégie que suit son fils Mohamed VI, mais je me demande jusqu’à quand il pourra se taire.
Je peux vous assurer que nous avons des blessés et les forces occupantes ont subi, pour leur part, de lourdes pertes sur les plans humains et matériels, en dépit de la stratégie de silence adoptée par le makhzen et ses tentatives de tenir la guerre secrète.
Les dirigeants africains se réunissent et la question du Sahara occidental est à l’ordre du jour…
C’est un sommet crucial qui prendra des mesures importantes concernant la question du Sahara occidental. L’Union africaine (UA) est un partenaire des Nations unies ; un partenaire incontournable pour l’opération de paix et l’organisation d’un référendum d’autodétermination.
Le Sahara occidental est membre fondateur de l’UA. Le Maroc est retourné à l’UA après des décennies de défection, il se doit de respecter la charte de cette organisation panafricaine. On s’attend, par conséquent, à ce qu’il y ait des évolutions par rapport à la cause sahraouie, notamment qu’on définisse une date pour l’organisation du référendum d’autodétermination. Le peuple sahraoui attend impatiemment qu’un agenda précis soit arrêté, notamment que l’institution panafricaine a pris des décisions très importantes autorisant le recours à la force militaire contre un Etat occupant un autre Etat en Afrique et ne respectant pas la charte constitutive de l’UA.

Quid de la coopération UA/ONU ?
Ce sont deux partenaires qui sont à l’origine de l’adoption d’une première résolution concernant le référendum sur l’autodétermination au Sahara occidental. Ces deux institutions sont condamnées à travailler de concert pour que ce rendez-vous puisse se tenir dans les meilleurs délais. Il ne faut pas oublier que les Sahraouis ont accordé 30 ans à la communauté internationale pour l’organisation de ce référendum. Notre pays a fait d’énormes concessions. Aujourd’hui, après 30 ans d’attente, de frustration et de dépossession, une deuxième guerre est déclenchée, elle ne s’arrêtera qu’avec la tenue d’un référendum pour l’autodétermination du Sahara occidental.

Le Sahara occidental demeure sans émissaire onusien…
Absolument, il est scandaleux que deux ans après le départ de Horst Kohler, nous assistons, malheureusement, à l’impuissance des Nations unies, qui n’arrivent pas à désigner un nouveau représentant spécial, au même moment où elle envoie un nouvel émissaire pour la Libye.
Le statu quo dans la cause sahraouie est renvoyé aux positions négatives de la France par rapport au dossier sahraoui. Le dossier sahraoui aurait été résolu depuis belle lurette, n’était la France, membre du Conseil de sécurité, qui bloque toutes solutions pro-sahraouies et soutient en contrepartie inlassablement le Maroc.

Qu’en est-il de la position des Etats-Unis ?
Le nouveau Président Joe Biden opère un grand changement par rapport aux décisions unilatérales prises par son prédécesseur Donald Trump. On se réjouit, entre autres, de ces décisions qui concernent le retour des USA à l’OMS, à l’Accord de Paris sur le climat.
Les Etats-Unis sont les porte-plumes de toutes les résolutions qui concernent le Sahara occidental. Ils avaient entrepris pendant de longues années une position neutre, objective et équilibrée. Nous souhaitons que les USA retournent à leur position initiale concernant le Sahara occidental.