L’aval donné par la Confédération africaine du football (CAF) à la décision de la Fédération royale marocaine du football (FRMF) d’organiser la CAN 2020 de Futsal dans la ville de Laâyoune occupée, au Sahara Occidental, a suscité une grosse polémique. Pour la partie sahraouie, il ne fait point de doute que Rabat vise à «avaliser et à banaliser» sa présence de colonisateur au Sahara occidental, foulant aux pieds les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies. Le chargé d’affaires à l’ambassade saharouie à Alger évoque ici la charte de l’Union africaine qui est contraignante pour la CAF dans une affaire qui a placé le sport au cœur des enjeux géopolitiques.

Reporters : La République arabe sahraouie démocratique (RASD) a appelé l’Union africaine (UA) à intervenir au lendemain de la décision de la domiciliation de la Coupe d’Afrique des nations de football à Laâyoune occupé. Où en est-on dans cet épisode ?
M’hamed Cheikh :
On attend à ce que l’institution panafricaine prenne des mesures fermes et contraignantes pour l’annulation du tournoi. Pour l’instant, nous avons l’Algérie et l’Afrique du Sud qui ont pris la décision de ne pas participer à cet événement sportif. On espère que d’autres Etats leur emboîteront le pas. Nous avons fait le nécessaire en réponse à ces violations de la souveraineté et du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance.

Le tournoi est censé débuter dans cinq jours, soit mardi prochain. Qu’a fait l’UA concrètement ?
L’UA a jusque-là averti ses Etats membres. On attend, quant à nous, à ce qu’elle prenne ses responsabilités et annule le tournoi. Vous devriez comprendre que le Sahara occidental n’a pas de problème à ce que le Maroc abrite cette compétition, mais à condition de la domicilier à l’intérieur d’une ville marocaine. C’est-à-dire à l’intérieur des frontières du royaume reconnues mondialement et non dans les territoires sahraouis occupés.
Dans le cas contraire, on va saisir les instances internationales, notamment les Nations unies et le Conseil de sécurité pour prendre les mesures adéquates contre l’occupant. Le Maroc, comme tout autre Etat africain, est tenu de respecter la charte de l’UA, en particulier l’intangibilité des frontières existant au moment de l’accession à l’indépendance conformément à l’article 4 de l’Acte constitutif de l’Union africaine. Ainsi, de par son droit d’autodéfense garanti par les statuts de l’UA, la charte de l’ONU et les résolutions de la légalité internationale, qui ne reconnaissent pas la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, la RASD et le Front Polisario sont déterminés.

Est-ce que la charte de l’UA est contraignante pour la CAF ?
Absolument. Les clauses de la charte africaine sont très claires. Elles sont contraignantes pour la CAF, qui est une organisation sportive panafricaine, qui devrait respecter et appliquer à la lettre la charte constitutive de l’UA.

Le Maroc a également ouvert des consulats dans la partie occupée des territoires sahraouis, qu’est-ce que cela constitue pour vous ?
L’ouverture de consulats et l’accord donné par la Confédération africaine de football à la décision de la Fédération royale marocaine d’organiser la CAN de Futsal à Laâyoune occupée transgressent les lois et la légalité internationales ainsi que la Charte de l’UA. C’est dans ce sens que la RASD a appelé l’UA et ses membres à prendre des mesures d’urgence pour amener certains Etats africains à revenir sur leurs décisions d’ouverture de consulats dans la partie occupée du Sahara occidental.