Reporters : Dans les plans exceptionnels de l’année scolaire 2020-2021, l’Education nationale a annoncé une semaine de 6 jours pour certains établissements, alors que d’autres restent à une semaine de 5 jours. En tant que syndicat, qu’e pensez-vous de cette décision, sachant que certains enseignants ont exprimé aujourd’hui (hier, ndlr) leur désapprobation ?
Meziane Meriane : Cette décision d’une semaine de 5 ou 6 jours a tenu compte des particularités de chaque établissement. J’ai discuté avec des directeurs d’établissements, il y en a qui disent qu’ils ne souffrent pas de surcharge de classes. Ils ont des classes à 18 ou 20 élèves. A partir de ce moment, le problème des groupes ne va pas se poser dans ces écoles et ils vont continuer avec des semaines de 5 jours comme d’habitude. Quant aux écoles qui souffrent de problème de surcharge des classes et qui doivent travailler avec des groupes, automatiquement ils vont avoir un certain volume horaire, ils sont obligés de travailler le sixième jour. Je pense que la différence vient de la surcharge des classes. Ce que je souhaite, c’est qu’à la fin de l’année, chaque établissement ait réalisé le même volume de travail et que les élèves aient étudié les mêmes cours aussi. La contrainte maintenant est sur les enseignants. Il faut tenir compte de leur avis. On ne doit pas augmenter leur volume horaire et toucher à leur repos hebdomadaire sauf s’ils le désirent. Dans ce cas, pourquoi pas. Ils vont faire preuve de compréhension, de professionnalisme. Mais encore une fois, l’enseignant doit être consulté sur tout ce qui touche à ses acquis sociaux.

Dans ce cas, avez-vous entamé ou prévu des réunions avec les enseignants pour discuter de ces points cruciaux de semaine de 6 jours, du volume horaire et des plans exceptionnels de façon générale ?
Tout à fait. C’est même entamé à travers différentes wilayas. En ce qui concerne le secondaire, il y a des débats qui ont déjà commencé il y a quelque temps, on discute par visioconférence parfois plusieurs fois par jour. Les enseignants sont les premiers concernés, et je crois qu’on doit changer de méthode de travail. Il faut qu’on tienne compte de l’avis de l’enseignant, en lui donnant la parole, en l’associant aux décisions qui le concernent et cela ne peut être que meilleur.
Donc, c’est aux enseignants de dire s’ils acceptent ou non une semaine de 6 jours. L’essentiel, c’est de ne pas toucher à leur volume horaire. Et si on touche à leur volume horaire, ils doivent être rémunérés en conséquence pour avoir effectué des heures supplémentaires.

Pour les plans exceptionnels, avez-vous été consultés ?
Nous n’avons pas été consultés, alors qu’il faut associer les partenaires, les enseignants, car ce sont les premiers concernés encore une fois. Selon ces plans, il y a l’administration qui ne va pas travailler le samedi, mais les enseignants si. Il y a aussi la vie de famille qui sera impactée, car l’un des parents qui est enseignants va travailler alors que l’autre non… C’est la vie sociale qui sera touchée. Il faudra discuter avec les concernés. Pour le reste des plans, j’aurais aimé qu’il y ait des simulations sur le terrain, parce que de la théorie à la pratique, il y a des fois toute une gymnastique… Donc, il faudra faire des simulations sur, par exemple, quel sera le volume horaire du professeur, il faudra aussi prendre des exemples concrets en disant que dans telle école, il y a tant d’élèves par classes, tant de classes et non pas prendre des mesures d’une façon globale. Les directeurs de l’Education seront perdus dans toute cette gymnastique. Il faudra tenir compte de toutes ces données pour trouver une solution. J’insiste pour dire qu’entre la théorie et la pratique, il y a la différence entre le ciel et la terre.

Comment comptez-vous en faire part à la tutelle ?
Nous sommes des partenaires sociaux et on aurait aimé participer à ces plans exceptionnels, donner notre avis. Sinon que chacun prenne ses responsabilités. Maintenant, la base réagit et fera savoir sa réponse à travers les instances de wilayas. J’insiste qu’il faut associer les enseignants sur les questions qui les concernent, dialoguer… Je ne sais pas pourquoi on refuse le dialogue. C’est comme pour la décision d’accorder le baccalauréat avec la moyenne de 9/20, on ne nous a pas consultés.

Justement, la décision d’accorder le bac à tous les candidats ayant eu la moyenne de 9/20, qu’en dites-vous ?
C’est une décision précipitée, irréfléchie. Faire admettre un élève avec une moyenne de 9/20 au baccalauréat avec seulement deux trimestres de cours et six mois de révision est, à mon avis, une décision qui n’est pas étudiée. Ajoutez à cela que le bac est un diplôme de passage à l’université et l’élève a besoin de plus de bagage.
Je dirai que beaucoup de ces élèves admis avec une moyenne de 9/20 vont être tentés de repasser leur bac pour s’inscrire dans la filière qu’ils désirent. Ce n’est finalement pas une bonne chose cette décision.

On parle d’option de rachat… quelle est la différence avec les rachats des autres années ?
Evitons de parler de rachat, car ce n’en est pas un. Ce qu’il y a, c’est qu’on a rabaissé la moyenne d’obtention du bac. Je vous parle en connaissance de cause. J’ai été dans toutes les corrections du bac et des fois président du jury des délibérations du bac, et c’est pour cela que je peux vous dire que le rachat a ses propres critères qui sont autres que la simple moyenne de 9/20. C’est-à-dire qu’on étudie au cas par cas la moyenne des élèves qui ont 9/20 et plus mais qui n’ont pas atteint 10/20.
Là on regarde si l’élève qui est dans la zone de rachat a 10/20 de moyenne dans les matières essentielles au bac et il est racheté. Ou bien on regarde si l’élève a 10 de moyenne dans les matières essentielles durant l’année scolaire et s’il est compris dans la zone de rachat, il est aussi racheté. La troisième option est que si l’élève est dans la zone de rachat et qu’il a 10/20 de moyenne durant l’année scolaire, il est également racheté. Voilà les trois démarches qui sont suivies pour le rachat. C’est pour cela que je dis que la moyenne de 9/20 comme seul critère pour accorder le bac n’est pas un rachat.

Dans les plans exceptionnels, on remarque que le deuxième trimestre ne dure qu’un mois. Qu’en pensez-vous ?
Sur ce point, il faut savoir que le second trimestre a toujours été très court, même en temps normal. Ajoutez cette fois-ci le fait que le premier trimestre est amputé de deux mois pratiquement, septembre et octobre, donc au lieu de prendre les vacances en décembre, ces dernières sont programmées pour la fin de janvier, je dirai que c’est tout à fait normal. C’est aussi tout à fait normal que les vacances soient réduites vu la conjoncture particulière ; il faut faire face et travailler avec les moyens qu’on possède. Il faut penser aux examens de fin d’année aussi, on ne peut pas aller au-delà d’un mois pour le deuxième trimestre, sinon on va piétiner sur le troisième qui est important, puisque c’est durant ce trimestre qu’il faudra passer les examens qui vont prendre du temps aussi. A mon avis, la réduction du trimestre est normal vu la conjoncture.