Reporters : L’Intersyndicale de l’éducation, dont le Snapest fait partie, décide de maintenir sa grève et les rassemblements du 21 et 22 janvier, malgré les rencontres avec les responsables du ministère de l’Education la semaine passée. D’abord, que pensez-vous de la décision des ministères du Travail  et de l’Education qui déclarent que cette grève est illégale ?
Meziane Meriane : Je ne vois aucune raison qui pousse les deux ministères à déclarer la grève illégale. Ils n’ont aucun argument pour justifier leur décision car tous les syndicats ont suivi les procédures légales pour enclencher cette grève du 21 janvier.
L’argument du ministère du Travail est que l’Intersyndicale n’est pas encore agréée et ne peut lancer de grève légalement. Quel commentaire faites-vous dans ce sens ?
Ce n’est pas l’Intersyndicale qui a déposé le préavis de grève. Chaque syndicat, c’est-à-dire les six, ont déposé leurs préavis avec son cachet leurs. Donc l’argument du ministère du Travail ne tient pas la route.

Le président de la Fédération des parents d’élèves Khaled Ahmed s’est exprimé sur la grève. Selon lui, cette grève ne va pas résoudre les problèmes des enseignants, estimant que c’est l’élève qui est pris en otage. Que répondez-vous ?

Je dis à M’Ahmed qu’il ne fallait pas attendre la grève des enseignants pour se préoccuper de l’avenir des élèves. L’intérêt de l’élève, il faut l’évoquer tout au long de l’année. Il faut qu’il sache que si l’enseignant ne va pas bien et se retrouve confronté aux problèmes socioprofessionnels, son rendement sera minime et ne pourra satisfaire les besoins de l’élève en matière d’enseignement. Aussi, au lieu de critiquer notre grève, il faut qu’il se préoccupe d’abord des problèmes pédagogiques de l’élève sans oublier la surcharge des classes. Il faut qu’il sache également que la problématique de l’école algérienne est de savoir comment prendre en charge correctement les élèves. Cette prise en charge de l’élève sur le plan pédagogique laisse à désirer, car 85% du budget du secteur va aux salaires et ce qui reste, donc très peu, va à la pédagogie.

Justement où en est ce problème ?

L’année scolaire 2018/2019 est une année de surcharge par excellence et la planification implique de doter les nouveaux quartiers des grandes villes, dans lesquelles est observé le phénomène de la surcharge des classes, de structures éducatives et sanitaires. La décision du recours aux classes préfabriquées pour juguler le problème de manque de structures et de surcharge ne doit pas être une solution qui dure. On a cette année encore des classes surchargées, avec plus de 45 élèves par classe, une surcharge du volume horaire des enseignants, ainsi que le problème du manque d’encadrement.

Revenons aux enseignants, quelles sont les revendications soulevées ?

Les syndicats de l’éducation ont une série de doléances socio-professionnelles liées principalement à la révision du statut particulier des travailleurs de l’Education nationale et la levée des entraves aux libertés syndicales.
Il y a aussi l’amélioration du pouvoir d’achat, car les augmentations arrachées par des luttes syndicales sont aujourd’hui rattrapées par l’inflation. Nous sommes la classe moyenne et nous sommes laminés par l’inflation, que dire des classes inférieures ? Le code du travail et la retraite anticipée sont également parmi les revendications du Snapest. Le métier d’enseignant est un métier stressant, anxiogène.