Traitant du sujet de l’immigration clandestine, «difficile» et certainement douloureux pour les deux rives de la Méditerranée, la « Casa arabe » de
Madrid (Espagne) accueillera, du 30 mai au 7 juillet prochain, une nouvelle étape de l’exposition itinérante « Naufrage en Méditerranée ». Un rendez-vous qui met cette fois en avant une quarantaine de nouvelles œuvres de l’artiste Hachemi Ameur. Des toiles réalisées à l’acrylique, nous explique l’artiste, une occasion pour lui de
« rendre hommage » à ces milliers de jeunes disparus en mer, tout en dénonçant, d’autre part, « l’échec d’un système » qui les a contraint à fuir leur pays.
Contacté hier, à quelques jours du lancement de cette sixième étape de l’exposition itinérante, organisée grâce au concours de la Fondation Baleària et de l’ambassade d’Algérie à Madrid, Hachemi Ameur, en nous précisant qu’il n’avait auparavant abordé que « timidement » ce sujet de l’immigration clandestine, explique que le concept de « naufrage en Méditerranée » a vu le jour en 2017, lors d’un voyage en bateau qui le conduisait à une exposition en Espagne. L’artiste découvre sur le « terrain » cette question des « harraga » et son impact sur la vie des migrants et des Espagnols. Sa perception des faits et de leurs multiples conséquences se décline depuis lors au travers de plusieurs rendez-vous avec le public. « J’ai exposé à Ibiza, Palma de Majorque, Alicante dans un musée d’art contemporain… puis, encore à Alger, et maintenant à Madrid », a-t-il indiqué. Nous faisant ainsi savoir que son objectif au-delà du travail artistique était de faire évoluer les consciences : « Je suis un artiste, ce n’est pas à moi d’apporter des solutions ; ces toiles sont un constat (…) Mais peut-être qu’elles pourront contribuer à sensibiliser les politiques à prendre en charge ce problème.» L’artiste précise par ailleurs qu’il souhaite rendre un hommage à ces milliers de vies perdues en mer. « Je considère que la Méditerranée est le plus grand cimetière au monde. » La présentation de ces toiles, illustration d’une mer démontée, d’embarcations surchargées ou encore de poissons carnivores à l’affût, étant aussi l’occasion de partager un sentiment de colère.
« Ce phénomène et la conséquence de l’échec d’un système. Un artiste ne peut pas être insensible à la situation de ces personnes (…) Souvent, quand je parle avec des collègues espagnols, ils ne conçoivent pas qu’un pays comme l’Algérie, avec toutes ses richesses, tout son potentiel et seulement
42 millions d’habitants, ait de telles difficultés. »
L’artiste souhaite présenter l’exposition en France puis, en Allemagne, à l’issue de son passage à la « Casa arabe » de Madrid, une institution publique espagnole créée, pour rappel, en 2006 sur le modèle de l’Institut du monde arabe à Paris. Hachemi Ameur nous a également précisé, hier, qu’il travaillait sur un second projet d’exposition itinérante en Algérie. « Nous étudions l’organisation d’une exposition itinérante dans plusieurs régions du Grand-Sud algérien. Ce sont des régions qui sont souvent privées de toute manifestation culturelle. »
N. K.