En attente depuis déjà deux années, la liste des métiers à haute pénibilité, dont la commission chargée de son élaboration a été installée le lendemain de la réforme de retraite, adoptée par le Parlement en 2016, ne sera finalement pas dévoilée de si tôt si l’on se réfère à la dernière déclaration du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale Mourad Zemali.

En effet, le responsable a affirmé, avant-hier sur les ondes de la Radio nationale, que « la commission n’est encore qu’au stade de réflexion autour des critères qui définissent un métier pénible », a-t-il dit. En ajoutant que cette phase sera suivie par la suite de consultations avec les partenaires sociaux pour apporter leurs propositions. Cependant, de leur côté, les syndicats ne semblent pas très emballés quant à l’idée de découvrir cette fameuse liste qu’ils considèrent aujourd’hui comme « un leurre » pour les éloigner de leurs véritables revendications.
« Les critères qui définissent les métiers pénibles sont connus, d’autant plus que ladite commission existe depuis les années 1980. En tant que syndicat, nous demandons à la plus haute instance du pays de geler les dispositifs relatives à la réforme de la retraite, opérée en 2016, à savoir l’abrogation de la retraite proportionnelle et la retraite sans conditions d’âge, car elle a porté atteinte à un acquis des travailleurs », a déclaré Lyes Merabet, président du Syndicat national des personnels de la santé publique (Snpsp). Il a par la même occasion déploré l’absence de dialogue autour de des métiers pénibles. « Le gouvernement considère que seuls les syndicats UGTA représentent les travailleurs, or c’est faux, nous avons toujours été exclus au moment de prise de décisions importantes.
Cela a été le cas lors de la réforme de la retraite ainsi que pour la liste des métiers pénibles sur laquelle les syndicats ont leur mot à dire », a-t-il dit. De son côté, Messaoud Boudiba, porte-parole du Conseil national algérien des professeurs du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste), a estimé « impossible » d’établir une liste définitive des métiers à haute pénibilité sans engager des réformes sur de nombreux dysfonctionnements liés à la retraite, mais aussi aux caisses de la Sécurité sociale. « Le ministre du Travail n’a fait que confirmer ce que notre syndicat avait déjà déclaré, il y a deux ans, car il est très compliqué de définir une liste finale de métiers pénibles. Certes, les critères sont connus mais il faut étudier la question sous tous ses angles pour arriver à assurer une certaine justice sociale, car cela donne le droit la retraite avant d’atteindre l’âge légal », a-t-il souligné. Quant à la question du déséquilibre des caisses de la Sécurité sociale, que le ministre a mis sur le compte de la non-déclaration de travailleurs à la Sécurité sociale, les syndicats ont rejoint le ministre sur ce point, mais sans pour autant exclure d’autres causes qui sont, à leurs yeux, plus importantes. « Le gouvernement s’est engagé dans un véritable cercle vicieux avec l’adoption de la réforme de la retraite. Nous avons assisté à une véritable hémorragie dans le secteur public où des milliers de travailleurs se sont empressés de déposer leurs dossiers pour bénéficier de la retraite anticipée. Or, si ces personnes, aujourd’hui, à la retraite ne cotisent plus, ils continuent de bénéficier des avantages de la Sécurité sociale, surtout en ce qui concerne les ayants droits. Aussi, ce qu’il ne faut pas négliger, c’est qu’en privant les travailleurs de leurs droits à une retraite sans condition d’âge, l’Etat n’a fait qu’aggraver le problème du chômage en privant les jeunes de ces éventuels postes de travail qui peuvent se libérer», a souligné Lyes Merabet du Snpsp. Un avis fortement partagé par le Cnapeste, qui a jugé que les déclarations de Zemali ne font que conforter la position des syndicats autonomes. « Nous avons alerté l’opinion publique sur le déséquilibre des caisses de la Sécurité sociale, il y a des années, nous avons mené des études et nous avons organisé même des conférences sur ce sujet. Ce n’est que maintenant que le gouvernement tire la sonnette d’alarme ! Certes, le problème de la non-déclaration en est la cause, mais il y a d’autres raisons liées à la mauvaise gestion de ces caisses par le gouvernement », a-t-il déploré.