Depuis le mois d’avril dernier, l’exigence du ministère du Commerce d’introduire une demande, via la plateforme numérique du ministère, pour obtenir un document des services de l’Agence nationale de la promotion du commerce extérieur (Algex), à joindre au dossier de demande de domiciliation bancaire, afin de parachever les procédures d’importation, continue de susciter l’exaspération des opérateurs économiques qui dénoncent des entraves bureaucratiques qui bloquent plusieurs producteurs nationaux.

Par Sihem Bounabi
La colère des opérateurs économiques est montée d’un cran, mardi dernier, lors du sit-in organisé par l’Association nationale des opérateurs économiques algériens (ANOEA) devant le ministère du Commerce.
Après près de deux mois de blocage qui ralentissent les chaînes de production du fait de l’obligation faite aux importateurs de matières premières, de produits et de marchandises destinées à la revente en l’état, de présenter un document attestant de l’indisponibilité des produits à importer sur le marché national pour la domiciliation bancaire.
Un document difficile à obtenir d’autant plus que le flou persiste quant à la liste des produits qui sont réellement disponibles au niveau du territoire national. Par conséquent, une rupture dans la disponibilité de matière première se fait fortement ressentir sur le terrain notamment pour les petits producteurs qui se retrouvent à l’arrêt.
Face à cette situation qui perdure, les professionnels de la filière dénoncent le fait que les importateurs sont considérés comme des ennemis, alors qu’ils ne font qu’assurer la disponibilité des produits qui ne sont pas produits localement. De telles restrictions qui bloquent leur entrée sur le marché entraînent inéluctablement la spéculation et la flambée des prix.
Dans une lettre adressée au ministre du Commerce, l’Association nationale des opérateurs économiques algériens a réclamé le report de l’application des mesures exigeant le document d’Algex dans les opérations d’importation jusqu’à «la mise à jour de la liste des produits nationaux interdits à l’importation», «la libération des conteneurs saisis dans les ports» et la «levée du gel des licences d’importation obtenues par les importateurs avant la délivrance de l’instruction du ministère». Récentes mesures qui paralysent l’activité des 13 000 entreprises d’importation que regroupe l’association des importateurs et au moins une quarantaine de producteurs. Ces chiffres risquent d’augmenter au fil des jours à cause du manque d’intrants et de matières premières.
Pour rappel, les secteurs de l’agriculture et de l’industrie pharmaceutique avaient récemment subi de nombreuse tensions à cause des blocages des importations nécessitant l’intervention de leurs tutelles respectives pour débloquer la situation. Dans le secteur de l’industrie pharmaceutique, la conséquence directe d’une telle restriction a été un début de pénurie des disponibilités de la Ventoline dont les containers étaient bloqués au port. Il a fallu l’intervention directe du ministère de l’Industrie pharmaceutique pour la levée de cette autorisation, qui avait expliqué que «cette démarche s’inscrit dans le cadre de «la cohésion gouvernementale et la concertation intersectorielle en vue d’assurer la disponibilité des produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux, ainsi que la protection et la promotion de la production locale».
De même, pour le secteur de l’agriculture, après de fortes tensions, les importateurs de produits nécessaires à l’activité agricole destinés à la revente en l’état, sont également dispensés de l’obligation de présenter le document délivré par l’Algex. Le ministère de l’Agriculture avait expliqué que la levée de cette procédure administrative «s’inscrit dans le cadre de la stratégie intersectorielle en matière de développement des filières agricoles qui vise à assurer la disponibilité de ces matières premières aux agriculteurs au moment opportun».
De plus, après les nombreux appels sur les risques d’une forte perturbation dans la disponibilité des articles scolaires, les importateurs des matières premières nécessaires pour leur fabrication ont également été dispensés du document d’Algex, mais de nombreux autres secteurs économiques sont toujours bloqués à cause de cette procédure considérée comme «purement bureaucratique».
Il est d’ores et déjà annoncé que face au mutisme du ministère du Commerce et une situation qui se dégrade chaque jour, l’ANOEA projette d’autres actions à mener. Elle a également adressé une demande d’audience au Médiateur de la République pour trouver des solutions à ces blocages qui impactent fortement l’économie nationale. n