Les mesures prises ces derniers jours par le ministère du Commerce ne cessent de provoquer le mécontentement des opérateurs économiques, dont certains ont fait par de leur courroux à leurs ministères de tutelle afin de tenter une intervention auprès du département de Kamel Rezig.

Par Hakim Ould Mohamed
Deux corporations viennent d’être exemptées du fameux document délivré par l’Algex, préalable à l’entame des opérations d’importation, à savoir les opérateurs de pharmacie et les importateurs de produits nécessaires à l’activité agricole. Cela renseigne bon gré mal gré d’un déficit de coordination au sein de gouvernement, mais aussi de décisions à caractère unilatéral prises par le ministère du Commerce sans tenir compte des disponibilités en intrants et en consommables nécessaires à la couverture des besoins des consommateurs.
Après la décision d’exempter les importateurs de produits pharmaceutiques du fameux document attestant de l’indisponibilité des produits importés en Algérie, préalable à l’entame des opérations d’importation, délivré par Algex, c’était autour des importateurs de produits nécessaires à l’activité agricole, destinés à la revente en l’état, de bénéficier du même traitement de faveur. Ces derniers sont, en effet, dispensés de l’obligation de présenter le document délivré par l’Agence nationale de la promotion du commerce extérieur qui, initialement, devait concerner l’ensemble des importateurs des produits et biens consommables et non consommables destinés à la revente en l’état ainsi que les importateurs de matières premières destinées au fonctionnement de l’appareil national de production. Comme ce fut le cas pour les importateurs de produits pharmaceutiques, c’est sur intervention du ministère de l’Agriculture auprès du département du Commerce et de la promotion des exportations que le blocage est levé au profit des importateurs de produits agricoles. «Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural porte à la connaissance de l’ensemble des opérateurs importateurs des produits agricoles d’origine végétale et animale (semences, plants, produits sanitaires végétales à usage agricole, matériel d’irrigation et les animaux vivants y compris l’aliment de bétail, des médicaments et produits vétérinaires) destinés à la revente en l’état, aux agriculteurs et aux éleveurs, que le ministère du Commerce et de la Promotion des exportations dispense ces produits cités ci-dessus, de l’obligation de présenter le document délivré par l’Agence nationale de la promotion du commerce extérieur (ALGEX) au dossier de domiciliation bancaire des opérations d’importations, eu égard à leurs spécificités», est-il indiqué dans le communiqué diffusé par le ministère de l’Agriculture et du développement rural. L’obligation faite par le ministère du Commerce aux opérateurs économiques activant dans le domaine de l’importation de matières premières, de produits et de marchandises destinées à la revente en l’état, de présenter un document attestant de l’indisponibilité des produits à importer, sur le marché national, exacerbe le mécontentement des opérateurs et met Algex sous haute pression en raison de l’accumulation des dossiers au sein de ses services. Il semble y avoir environ 5000 dossiers au niveau d’Algex dans l’attente du fameux sésame nécessaire à l’entame des opérations d’importation. Verra-t-on d’autres ministères pour réclamer une exemption ?

Désordre et incohérence
En tout cas, ce document délivré par Algex succède à une autre mesure prise par le ministère du Commerce, toute aussi incompréhensible par les opérateurs économiques, qui consiste à obliger les importateurs de biens destinés à la vente en l’état de se prémunir de l’attestation de domiciliation bancaire, préalable à l’entame des opérations d’importation. D’ailleurs, ce document délivré par les services d’ALGEX doit être joint au dossier de demande de domiciliation bancaire, afin de parachever les procédures d’importation. Ce bouclier réglementaire que tente de mettre en place le département de Kamel Rezig n’a cessé d’exacerber les tensions au sein des entreprises, dont certaines font face à des difficultés insurmontables en raison des pénuries en matières premières. Même si la conjoncture générale est moins défavorable que celle des deux dernières années, l’inquiétude des opérateurs sur la disponibilité des intrants et celle des consommateurs quant à la multiplication des pénuries, notamment de certains produits pharmaceutiques persiste. D’autant plus que certaines restrictions pourraient alimenter les tensions inflationnistes déjà vives. Tout comme la dépréciation ininterrompue de la valeur du dinar qui ne fait que renchérir depuis quelques années déjà les coûts de la production et les prix à la consommation.
Cette manière de faire, celle de tenter de réguler les importations à coups de mesures administratives et imprévisibles, renseigne bon gré mal gré de l’absence d’un projet coordonné au sein du gouvernement. Ce pourquoi les interventions des deux ministères de l’Industrie pharmaceutique et celui de l’Agriculture auprès du département de Kamel Rezig pour tenter de débloquer la situation au bénéfice des opérateurs relevant de leurs deux départements respectifs. Ces mesures, ne tenant aucunement compte, visiblement, des disponibilités en intrants et en produits finis nécessaires au fonctionnement de l’appareil de la production et à la couverture des besoins des consommateurs, ont suscité un cafouillage, voire un désordre chez les opérateurs économiques et les administrations en charge de leur application. Ce n’est pas la première fois que le ministère du Commerce est pointé du doigt pour des mesures jugées «improvisées», comme ce fut le cas au plus fort de la pénurie de l’huile de table et de la poudre de lait.
Ces dysfonctionnements flagrants aussi bien dans la décision du ministère du Commerce que dans l’action du gouvernement rendent le remaniement éventuellement plus urgent qu’il l’était, ne serait-ce que pour insuffler plus de cohésion et de lisibilité dans l’action du gouvernement. <