Depuis la mi-février, l’Exécutif multiplie les mesures pour prémunir les ménages
de la forte volatilité des cours des biens alimentaires sur les marchés mondiaux.

Par Hakim Ould Mohamed
La Banque mondiale a publié une note, plus tôt dans la semaine, dans laquelle elle alertait sur des conséquences inévitables de la crise ukrainienne sur l’ensemble des économies dites avancées, émergentes et en développement. L’Institution de Bretton Woods vient emboîter le pas à l’agence de notation Moody’s, qui est allée, voici quelques jours, jusqu’à prévoir des répercussions catastrophiques du conflit en Ukraine sur l’économie mondiale.
«La guerre en Ukraine survient dans un contexte déjà tendu pour l’économie mondiale, la reprise de l’activité après la contraction due à la pandémie de Covid-19 commençait à s’essouffler, l’inflation montait en flèche, les banques centrales des plus grandes économies du monde (a) se préparaient à relever les taux d’intérêt, tandis que les marchés financiers étaient en proie à une forte volatilité alimentée par une myriade d’incertitudes», alerte, d’emblée, la Banque mondiale. Soulignant, sur sa lancée, qu’«on peut d’ores et déjà affirmer que la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, ainsi que les pénuries d’approvisionnement, auront des effets douloureux immédiats pour les économies à revenu faible et intermédiaire». Face à une perspective d’une baisse inévitable de la production mondiale, estimée à -4% en 2023, d’une hausse de la dette et de l’inflation qui affectent l’ensemble des économies mondiales, l’institution de Bretton Woods appelle les Etats à agir efficacement et en urgence pour pouvoir amortir les répercussions de la crise ukrainienne. «C’est maintenant qu’il faut agir», dit la Banque mondiale. «Les gouvernements des économies en développement doivent aussi agir vite pour contenir les risques économiques. Il leur faudra en priorité constituer des réserves de change, améliorer la surveillance des risques financiers et renforcer leurs politiques macroprudentielles. Face à la hausse de l’inflation, les décideurs publics devront faire preuve de vigilance et prendre des mesures de correction circonspectes», recommandent les économistes de l’institution de Bretton Woods. Bon nombre de pays ont commencé déjà à prévoir des boucliers anti-crises, à travers, entre autres, des aides sociales et budgétaires pour enrayer l’impact d’une inflation galopante aussi bien sur les ménages et les entreprises, tout en renforçant les stocks des matières premières énergétiques pour certains et des réserves de biens alimentaires pour d’autres. Dès la mi-février dernier, l’Exécutif avait pris une série de mesures, dont l’objectif était de prémunir les ménages algériens de la forte volatilité des cours des biens alimentaires sur les marchés mondiaux.

Des mesures de long terme s’imposent
Le président de la République Abdelmadjid Tebboune avait, en effet, ordonné, lors du Conseil des ministres du 13 février dernier, le gel de tous les impôts et taxes sur certains produits alimentaires de large consommation. Ces mesures, rappelons-le, visaient à faire éviter aux citoyens l’impact de la flambée vertigineuse des prix dans les marchés internationaux durant l’année en cours jusqu’à leur stabilisation. Autres mesures, le chef de l’Etat a ordonné l’organisation d’une réunion de coordination entre les services du ministre du Commerce et les représentants des corps sécuritaires en vue d’élaborer une stratégie efficace visant à mettre fin à la contrebande des produits alimentaires de large consommation à travers les frontières du pays, un phénomène à l’origine de pertes importantes pour le marché et l’économie nationale. L’Etat s’est engagé, à la même occasion, à couvrir la différence des prix des produits destinés aux citoyens par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) et ce, compte tenu de l’augmentation des prix à l’international.
Depuis peu, de nouvelles mesures ont été prises par l’Etat, dont l’objectif était de renforcer les stocks en denrées alimentaires de base, dont les prix ont atteint des records inégalés sous l’effet de l’aggravation de la crise ukrainienne. L’OAIC a ainsi multiplié les appels d’offres sur les marchés mondiaux pour l’achat de blé. Parallèlement à cet activisme de l’importateur public de céréales, le chef de l’Etat a décidé de geler l’ensemble des opérations d’exportation de produits alimentaires afin d’éviter au pays le phénomène des tensions sur certains produits de large consommation, tout en renforçant la lutte contre les fléaux de gaspillage, de contrebande aux frontières et de spéculation. Ces mesures s’apparentent, cependant, à des précautions de courte durée, en attendant que le conflit opposant la Russie à l’Ukraine, deux grands producteurs et exportateurs mondiaux de blé, s’estompe. L’Algérie dispose pour cela d’un cash-flow appréciable alimenté par une conjoncture pétrolière favorable à une hausse des cours sur le marché mondial. Néanmoins, l’enjeu de renforcement de la sécurité alimentaire de l’Algérie à travers la diversification de l’offre domestique en produits alimentaires et le soutien aux grands investissements dans le domaine agricole demeure entier, tant il est vrai que le pays demeure trop dépendant de l’offre extérieure en céréales et fortement exposé à la forte volatilité des cours. Cela signifie que les mesures prises par le gouvernement offrent au pays un bouclier de court terme, mais qui doit être musclé par une politique de soutien à la production locale et aux investisseurs afin de sécuriser à long terme l’approvisionnement du pays en biens alimentaires.