Le président de la République est allé cette fois de manière très forte en prenant des mesures fermes pour atténuer les effets du nouveau choc pétrolier sur l’économie nationale et sur les conditions de vie de la population.

Il met fin ainsi aux tergiversations durant trois mois de son investiture à la tête de l’Etat sur les remèdes à la crise financière qui affecte l’Algérie depuis la chute des prix du pétrole en juin 2014. Il aura donc fallu que la situation s’aggrave avec la pandémie Coronavirus et la chute des prix du pétrole à moins de 30 dollars le baril pour, qu’enfin, se décide un plan de riposte contre ce nouveau choc pétrolier. Parmi les mesures phares de ce plan anticrise, à appliquer immédiatement pour l’année en cours, figurent d’abord celles qui sont destinées à préserver les réserves en devises avec réduction des importations de 41 à 31 milliards de dollars, arrêt de la conclusion des contrats d’études et de services avec les bureaux étrangers, ce qui épargnera à l’Algérie près de 7 milliards de dollars/an, le groupe Sonatrach chargé de réduire de 14 milliards à 7 milliards de dollars les charges d’exploitation et les dépenses d’investissements. Ainsi, les économies en devises prévues pour préserver les réserves de change sont de l’ordre de 24 milliards de dollars en un an. Concernant la facture des importations, comme une grande partie de ces dépenses, estimées à environ 60%, sont incompressibles : produits alimentaires, biens de consommation indispensables matières premières et demi-produits pour l’outil de production, les coupes concerneront donc les produits de seconde nécessité, les biens superflus et les produits couverts largement par la production nationale. Pour la seconde mesure, elle concerne les importations de services dont une bonne portion représente les transferts en devises liés aux contrats d’études et de services avec les bureaux étrangers conclus principalement par Sonatrach et les entreprises nationales et agences publiques du secteur du BTPH. Ces importations de services qui atteignent bon an mal an entre 10 et 11 milliards de dollars sont à la source en partie de la baisse rapide des réserves de change.

Plan de riposte : des économies en devises de 24 milliards de dollars en un an
Au chapitre budget, la mesure phare consiste à réduire de 30% le budget de fonctionnement, sans toucher aux salaires. Cette coupe budgétaire représente, selon nos estimations environ 1 000 milliards de dinars. A noter que dans cette feuille de route, les compressions de dépenses ne touchent pas le budget d’équipement. Une décision judicieuse puisque cela permettra d’éviter une aggravation du chômage. Le plan anticrise prévoit également le gel des projets inscrits ou en cours d’inscription non encore lancés. Ce qui veut dire que les 300 000 logements faisant partie des anciens programmes non encore lancés sont gelés. Ce plan prévoit, du reste, la mobilisation de nouvelles ressources financières : accélérer le recouvrement des impôts et taxes et le recouvrement des crédits octroyés par les banques en bonne partie aux oligarques actuellement emprisonnés. Le Président de la République met ainsi la pression sur les Impôts, la Douane et les banques principalement publiques pour drainer de nouvelles ressources dont le Trésor et les banques ont besoin pour financer l’économie.

Vers la réduction du train de vie de l’Etat ?
La question est de savoir si ce plan de riposte est réaliste. Réduire la facture d’importation de 10 milliards de dollars n’est pas une tâche facile d’autant que la plus grande partie des dépenses dans ce registre est incompressible. A moins d’une véritable lutte conte les surfacturations, la contrefaçon, l’introduction de produits non conformes, les restrictions ou interdictions concernant les produits de seconde nécessité, les produits superflus et les produits couverts largement par la production nationale. Au chapitre budget, il est également difficile d’opérer des coupes tant les dépenses s’avèrent pour une bonne proportion incompressible : une masse salariale des fonctionnaires dépassant les 2 000 milliards de dinars, charges de sécurité sociale et retraite, recrutements, éducation et santé… La marge de manoeuvre possible consiste à réduire le train de vie de l’Etat. Mais cette mesure jusqu’ici soulève la résistance des tenants de la rente et des privilèges de la Fonction publique.
En définitive, ce plan de riposte ne prévoit pas le mode d’emploi de toutes ces mesures. Les détails de cette feuille de route seront sans doute contenus dans la loi de finances complémentaire. Tout sera donc plus clair lorsque ce texte sera prêt probablement dans les prochaines semaines. n