L’annonce en Conseil des ministres, dimanche 3 octobre, d’un relèvement du point indiciaire et d’un abaissement de l’IRG dans la fonction publique fait souffler un vent de satisfaction sur les syndicats et les organisations en relation avec le monde du travail dans notre pays. Toutes considèrent cependant que, s’il faudra juger sur pièces la promesse du gouvernement d’une nouvelle politique, il va falloir le faire sur la manière dont il va agir sur le salaire national minimum garanti ou sur le Smic, comme on dit par habitude. Sans son relèvement, disent-elles, il ne sera pas possible d’espérer une amélioration sensible du pouvoir d’achat…

PAR NAZIM BRAHIMI
L’annonce en Conseil des ministres d’une nouvelle politique salariale du gouvernement, dimanche 3 octobre, a eu un effet positif sur l’opinion puisque syndicats, associations et organisations en relation avec le monde du travail, ont applaudi la mesure qui intervient dans un contexte d’érosion du pouvoir d’achat et de dévaluation de la monnaie nationale.
Ces voix ont, en effet, salué l’annonce d’un relèvement prochain du point indiciaire de et d’un abaissement de l’IRG pour la Fonction publique. A l’évidence, cette promesse, qui devra être concrétisée dans la prochaine loi de finances 2022, répond pertinemment au contexte d’érosion actuel du pouvoir d’achat. Incontestablement, l’annonce a créé un effet d’optimisme et le sujet est continuellement abordé dans l’espace public. Mais, en réalité, de nombreuses questions sont posées notamment par les syndicalistes et les experts qui s’interrogent sur les modalités d’application d’une telle mesure, au demeurant favorablement accueillie.
Tout en rappelant que la baisse de l’IRG et l’augmentation du point indiciaire sont de vieilles revendications, les organisations syndicales notamment celles de l’Education nationale et de la Santé ne s’enflamment pas. Elles préfèrent attendre la concrétisation des annonces notamment en ce qui concerne le SNMG.
Pour plus d’un observateur, le gouvernement est attendu sur ce chapitre. «La mesure du gouvernement appelle inévitablement la revalorisation du SNMG», estime-t-on, dans les milieux du travail. Autrement dit, c’est le véritable gage attendu de la part de l’Exécutif d’Aïmene Benabderrahmane.
«Est-il normal qu’un fonctionnaire paye plus d’impôts qu’un patron d’entreprise. C’est une injustice que nous dénonçons depuis des années. Pour le fonctionnaire, l’impôt est pris à la source, alors que les riches ou les grands patrons payent un forfait annuel, sans oublier l’absence de contrôle en matière d’évasion fiscale», souligne Meziane Meriane, coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest). Comment le gouvernement compte-t-il s’y prendre pour l’application de ces mesures ? Quelles sont les modalités et les mécanismes à suivre pour protéger ces augmentations ? Qu’en est-il de la date de leurs applications ? Autant de questions qui reviennent dans les milieux syndicaux.
Le président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) Mohamed Yousfi a relevé, pour sa part, que l’inflation a dépassé tous les accroissements du point indiciaires ayant été appliqués. Au sujet de l’IRG, le même intervenant a mis en exergue la nécessité de recouvrer l’ensemble des impôts des personnes fortunées. Cela, au vu de l’évasion fiscale importante qui ronge l’économie du pays. Interrogé sur le même sujet, Meziane Meriane a fait état de «l’injustice» que subissent les salariés.
Très familier des questions sociales, l’expert Nouredine Bouderba a indiqué (lire interview en page 3) qu’il s’agit surtout de rattraper et d’augmenter un pouvoir d’achat qui est tellement érodé qu’il faudrait des mesures importantes et profondes pour essayer de prendre des décisions qui vont dans le maintien de la cohésion sociale en Algérie. «Sur le plan du principe, je ne peux que saluer le fait que le gouvernement et l’Etat prennent conscience qu’il y a un véritable problème et un danger sur la cohésion sociale qui nécessitent des mesures urgentes pour rattraper cette érosion du pouvoir d’achat. Seulement, je dis que dans l’état actuel de ces annonces, on ne peut absolument rien dire. Parce que tout simplement, on ne connaît pas les taux ni la consistance de cette annonce», a-t-il relevé.
Et d’expliquer que «si les taux sont insignifiants, ils n’auront aucun impact. Mais, quels que soient les taux de réduction de l’IRG ou de l’augmentation du point indiciaire, si ces mesures se limitent à ces deux points, cela ne va rien résoudre et risque même d’approfondir les inégalités».
Pour le spécialiste, il ne fait point de doute que pour rattraper le pouvoir d’achat de l’ensemble des travailleurs algériens, la première mesure à prendre et qui est de nature à toucher l’ensemble des personnes impactées dans leur pouvoir d’achat et qui va assurer la justice sociale, c’est une augmentation du Salaire national minimum global (SNMG).
«Je propose une augmentation conséquente d’au moins 50%. Parce que nous avons les plus bas salaires et le plus bas SNMG du bassin méditerranéen en termes de valeur de pouvoir d’achat», a-t-il recommandé. Se référant à données réelles, M. Bouderba dira que «si on prend les rapports de ces deux dernières années de l’Organisation internationale du travail (OIT), on montre que la valeur réelle du salaire minimum en Algérie a diminué entre 2010 et 2018. C’est-à-dire que si on compare le pouvoir d’achat de 2010, il était supérieur au pouvoir d’achat de 2018».
Pour lui, «s’il y a une augmentation conséquente du SNMG, il y a un effet d’entraînement et, automatiquement, tous les salaires vont être entraînés vers la hausse», considérant «important de prendre conscience que lorsqu’on raisonne en pouvoir d’achat, il faut raisonner d’abord en termes de salaire disponible, soit le salaire après transferts, IRG et aide sociale de l’Etat. Il s’agit donc avant tout d’augmenter le salaire disponible des Algériens. En parallèle, il faut une implication de l’Etat pour maîtriser les prix afin d’arrêter cette érosion du pouvoir d’achat».
Faisant une lecture similaire de la question, le secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA) a indiqué que «si l’augmentation n’est pas conséquente, la souffrance des fonctionnaires et des faibles revenus persistera. Les pouvoirs publics annonçaient en grande pompe, il y a quelques mois,
le relèvement du SNMG de 18 000 à 20 000 DA, ainsi que l’exonération des salaires inférieurs à 30 000 DA de l’impôt sur le revenu global».