PAR NAZIM BRAHIMI
Vraisemblablement, sous l’effet des incertitudes qu’engendre la guerre en Ukraine, les Douanes algériennes ont décidé, depuis hier, la suspension des exportations des produits de large consommation.
La durée de l’application de la mesure reste ouverte tout en projetant une révision des mécanismes qui encadrent le mouvement d’exportation des produits de première nécessité. Marquée du sceau de l’urgence, la note des Douanes algériennes, répercutée par le site d’information SabqPress, met en garde contre toute violation de cette mesure «quel que soit le moyen de transport des produits en question et quelle que soit la qualité de l’exportateur». Cette mesure peut être considérée comme une anticipation quant à un risque du manque d’approvisionnement que peut générer la situation de guerre que mène la Russie en Ukraine. La situation a déjà causé la hausse des prix à l’international sur de nombreux produits.
Cette appréhension a, d’ailleurs, fait réagir le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Mohamed Abdelhafid Henni, qui a affirmé dimanche que l’Algérie dispose d’un stock de céréales suffisant jusqu’à la fin de l’année en cours et ne sera pas affectée par les changements survenus au niveau mondial. «L’Algérie a pris toutes les mesures pour assurer la couverture du marché national et répondre aux besoins des citoyens en céréales», a-t-il déclaré, faisant part de l’existence de «fortes pressions au niveau du marché mondial sur cette matière».
Il faut souligner que les Autorités ont décidé, fin février, de geler les exportations de sucre, sauf licences exceptionnelles, par les opérateurs économiques pour une durée indéterminée. Dans ce cadre, le ministère du Commerce et de la Promotion des exportations a expliqué aux producteurs nationaux que la raison du gel «est d’assurer la disponibilité de ce produit durant le mois de Ramadan» qui commencera début avril prochain.
A titre illustratif, le gouvernement a imposé une taxe sur la valeur ajoutée de 9% sur le sucre blanc et brut à partir du 1er janvier dernier, une option que le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, avait expliqué, lors des débats au Parlement sur la Loi de finances (LF) 2022, par «le souci de réduire les importations et de préserver la santé des consommateurs». Il a relevé, par la même occasion, que l’Algérie «importe environ deux millions de tonnes de sucre par an, ce qui la place parmi les principaux pays importateurs», estimant que «soumettre les ventes de sucre blanc et brut à une TVA, dans le cadre du projet de loi de finances 2022, et annulant l’exonération actuellement en vigueur, visent à préserver la santé du consommateur et à réduire la facture d’importation».
Pour sa part, le président Tebboune n’a pas manqué de distiller des messages dans ce registre à l’adresse des exportateurs de certains produits de base. Il s’est interrogé, dans ce sens, sur «la raison pour laquelle ces opérateurs bénéficient d’avantages fiscaux et d’exonérations fiscales, alors qu’ils exportent le sucre à l’étranger et encaissent des bénéfices en devises fortes».
Le chef de l’Etat a souligné que «le but des exonérations accordées par le Trésor public aux opérateurs nationaux est de fournir ce produit sur le marché algérien aux citoyens à des prix abordables et non de s’enrichir aux dépens de l’Etat». n