Messouad Soualah, enseignant en tamazight à Mechedellah et conférencier, a été membre de la «promotion Mouloud-Mammeri» en 1995, soit la première promotion des enseignants de tamazight en Algérie.

Reporters : Vous faites partie de la première promotion d’enseignants de tamazight. C’était en septembre 1995…
Messouad Soualah : L’enseignement de tamazight a vu le jour suite à «la grève du cartable» ; une crise qui a eu lieu en pleine décennie noire, entre 1994-95. Le 22 février 1995 la coordination nationale du parti politique RCD et l’Association nationale des parents d’élèves de trois wilayas, Béjaïa, Tizi Ouzou et Bouira, ont été invitées par le chef du gouvernement de l’époque pour discuter et trouver une solution à la crise. A l’issue de cette réunion, il a été décidé d’intégrer officiellement tamazight dès septembre 1995 comme langue et matière à l’Ecole algérienne, très limitée géographiquement. En juillet 95, la première promotion d’enseignants en langue tamazigh est née. Elle a pour nom Mouloud Mammeri. Personnellement j’étais membre, après avoir quitté l’enseignement de la langue anglaise après 14 ans de carrière.

Que pouvez-vous nous dire de l’enseignement de tamazight, 25 ans après son introduction à l’école ?
De mon point de vue, je dirai, qu’actuellement, l’enseignement de tamazigh n’est pas vraiment fameux en dépit des grands pas réalisés. On avait, pour rappel, commencé avec trois wilayas de Kabylie et aujourd’hui, tamazight est enseigné dans une trentaine de wilayas. C’est encourageant. Pour élargir l’enseignement et la culture berbères, nous attendons la réalisation des promesses du Haut-commissariat de l’amazighité. Il y a de belles perspectives quant à l’avenir de la langue berbère et nous espérons leur concrétisation.

Quelle est la réalité de la promotion du berbère, langue et culture, notamment auprès des associations ?
Beaucoup d’associations et de mouvements culturels et autres activent pour garder et promouvoir la culture et la langue berbères en dépit du manque d’encouragement de la part des pouvoirs publics. En effet, des ouvrages littéraires, des dictionnaires ainsi que des pièces de théâtre ont vu le jour dans le but de transmettre les traditions de nos ancêtres et de les faire durer dans le temps.

Quels sont les défis en ce qui concerne l’enseignement de tamazight aujourd’hui ?
Le plus grand défi que rencontre tamazight aujourd’hui, deuxième langue nationale et officielle en Algérie, depuis 2016, est l’élargissement de son enseignement dans toutes les wilayas du pays. Tamazight doit être enseigné sur tout le territoire algérien. Car, ce n’est pas possible de demander encore l’avis des parents d’élèves concernant l’enseignement d’une langue nationale et officielle au même titre que l’arabe. Nous sommes contre son enseignement facultatif. Tout élève doit apprendre tamazight, la langue de ses ancêtres, dans les trois paliers de l’Education nationale. Tamazight doit s’introduire également dans les trois examens officiels et avoir le même statut sur le terrain que la langue l’arabe.