Dans cet entretien, le président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo), M. Belambri, s’exprime sur des sujets d’actualité qui dominent le secteur de l’industrie pharmaceutique en Algérie.

Il s’agit entre autres de la politique des prix du médicament et la pénurie des médicaments. M. Belambri affirme que le Snapo reçoit quotidiennement des rapports de ses bureaux de wilaya au sujet des produits en rupture et espère que la situation s’améliorera rapidement avec le début de signature des programmes d’importation.

Reporters : La pénurie de médicaments continue d’alimenter l’actualité. Quel commentaire faites-vous sur ce sujet ?
Messaoud Belambri : Effectivement, l’actualité bat son plein ces jours-ci au sujet des médicaments en rupture. Le Snapo reçoit quotidiennement des rapports de ses bureaux des wilayas au sujet des produits en rupture. Cela ne concerne pas uniquement les produits importés, même ceux de la production nationale sont touchés à l’exemple des antibiotiques injectables (penicilline G, amoxicilline, gentamycine) ou certains anti-inflammatoires comme le diclofenac. Ceci entraîne la rupture des molécules équivalentes puisque, en matière d’antibiotiques, on se rabat sur des molécules plus puissantes, à l’exemple de la cefazoline, qui devient elle-même en rupture. Concernant les anti-inflammatoires on se rabat sur le piroxicam, qui devient par la suite lui-même sous tension. Au cours des semaines passées même l’insuline a fait l’objet de tensions. Le Snapo communique au ministère de la Santé, de manière périodique, la liste des ruptures. Nous espérons que la situation va s’améliorer rapidement avec le début de signature des programmes d’importation, comme cela nous a été confié par certains laboratoires. Je vous signale qu’au sujet des ruptures, nous organisons, dans le cadre de la Fédération algérienne du médicament, qui se compose de l’Unop, Adpha et du snapo, mercredi 22 février 2017 à partir de 9H à l’hôtel Hilton-Alger, une conférence de presse avec distribution d’un communiqué. Le principal ordre du jour de la conférence de presse est consacré au problème des ruptures et de la disponibilité des médicaments.

La législation pharmaceutique algérienne «n’a pas vocation à favoriser l’importation. Bien au contraire, elle vise à développer les capacités nationales de production», a précisé dernièrement le ministre de la Santé. Quel commentaire faites-vous à ce sujet ?
Notre législation a connu, depuis maintenant plus de quinze ans, une évolution et des adaptations. Elle est orientée de manière franche vers l’encouragement de la production nationale. Il y a eu l’adoption de tarifs de références alignés sur la production nationale, puis la liste des médicaments fabriqués localement et interdits désormais à l’importation, elle touche plus de 350 DCI (dénomination commune internationale). Le Secteur du médicament a connu cette orientation comme nous l’avons déjà précisé depuis plus de 15 ans, mais en Algérie, ce n’est que depuis deux ans que tout le monde a pris conscience de l’importance du développement d’une industrie locale, et ce suite à la chute des prix du pétrole, et nous avons donc constaté que la politique adoptée dans le secteur du médicament commençait à être élargie à d’autres secteurs économiques. On aurait dû faire ça depuis longtemps. Pour revenir au médicament, il faut rappeler le chiffre officiellement annoncé par le ministère de la Santé et qui révèle que désormais la production nationale arrive à satisfaire 61% du marché local. C’est un taux très honorable et la courbe de croissance de la production nationale a été très rapide ces cinq dernières années. Nous sommes persuadés qu’avec tous les projets en cours, plus de 120, selon le ministère de la Santé, le taux d’autosuffisance va encore croître pour atteindre au moins 75% dans deux ans. Nous insistons encore une fois pour que toutes les barrières administratives soient levées pour assurer cet épanouissement. L’installation graduelle de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques, dont on vient de nommer la directrice générale, Docteur Benayad Ouatfa, une femme d’une grande et longue expérience déjà au sein du Laboratoire national des produits pharmaceutiques, va certainement stimuler davantage la production nationale. Nous sommes en train de finaliser la phase de satisfaction du marché national, et notre pays est en train de muter vers une autre phase ; celle de l’exportation, et du lancement de la production de certains produits innovants ou bio similaires. Viendra inévitablement par la suite la fabrication de la matière première. Pour cela, il faudra, comme on l’a toujours rappelé, une excellente coopération et coordination avec le secteur de la recherche, mais aussi de solides partenariats avec les laboratoires étrangers, sans oublier l’évolution de la réglementation et la création de comités de concertation qui doivent être ouverts à tous les intervenants du secteur. Ils doivent réunir aussi bien les décideurs que les investisseurs et les professionnels du secteur, car ce n’est que dans un climat transparent et de concertation que nous pourrons convenablement évoluer.

medicaments contrefaitsConcernant la politique des prix des médicaments, le ministre a précisé que cette dernière obéit aux normes internationales, tout en soulignant que l’Algérie a lancé un appel à l’ONU pour œuvrer à la normalisation des prix à l’échelle internationale, afin d’éviter que le marché ne se transforme en Bourse. Sachant que le Snapo a réagi par rapport aux prix des médicaments, qu’en est-il de cette problématique ?
Nous avons soutenu, depuis 2003, l’application du tarif de référence, car il faut reconnaître que le marché de l’époque avait connu des incohérences inacceptables. On retrouvait sur le terrain les mêmes médicaments avec des prix totalement différents qui allaient parfois du simple au double. Par la suite, le ministère de la Santé avait renforcé la politique de l’enregistrement, et au fil des ans, d’autres mécanismes de régulation ont été adoptés, à l’exemple de l’actuel comité économique qui regroupe plusieurs ministères et qui joue un rôle dans la politique de fixation des prix. Nous avons aussi assisté à une phase de régulation importante en 2015 lorsque le ministère de la Santé avait exigé de nombreux laboratoires la révision de leurs prix à la baisse à l’importation. En 2016, certains producteurs nationaux ont signalé, à l’occasion du renouvellement de leurs décisions d’enregistrement, qu’il leur a été demandé de baisser leurs prix. Les experts s’accordent à dire que le prix moyen du médicament est l’un des plus bas au monde. Nous sommes certes en faveur d’un prix du médicament rationnel, et d’un prix à l’importation équivalent à ce qui se pratique dans le reste du monde, mais nous pensons que notre industrie locale, qui consent déjà beaucoup d’efforts pour son développement et pour la satisfaction de la demande nationale, ne doit pas être compromise par la prise de décisions antiéconomique et anti-productive. Il est incohérent de vouloir développer un secteur et d’exiger de lui de la performance et de la qualité, tout en essayant de lui imposer des conditions de fonctionnement insupportables et étouffantes. La fixation du prix d’un produit fabriqué est un facteur déterminant dans la réussite et la pérennité d’une entreprise. La santé économique des entreprises se traduira directement sur la santé économique de tout le pays, si on tue l’entreprise, on freine l’économie de notre pays. Il ne faut pas que les prix soient outrageusement élevés, mais il ne faut pas non plus qu’ils soient outrageusement bas. La santé n’a pas de prix, elle a certes un coût, mais produire après de lourds investissements, ça a aussi un coût.

Le Snapo bureau de Constantine organise sa 13e journée pharmaceutique le mercredi 22 février 2017. Pouvons-nous avoir plus de détails sur cette journée ?
Nous avons axé le thème de cette journée sur les compléments alimentaires. Nous nous rappelons tous de la récente histoire vécue au sujet du « complément » alimentaire qui concernait le diabète, et l’énorme polémique qui s’en est suivie. C’est un précédent dangereux. Et face au vide juridique constaté, tout le monde pense maintenant que c’est un volet qui doit être bien cadré sur le plan réglementaire. La communauté scientifique maîtrise très bien le sujet, et le déficit ne se situe guère de ce côté scientifique (composition et effets), mais plutôt du côté réglementaire. Les ministères concernés sont, selon nos informations, en train de préparer de nouveaux textes. Au cours de la journée que nous organisons le 22 février à Constantine, les experts vont parler de la liaison médicament-complément alimentaire, de leur intérêt et de la gestion de leurs risques. La science évolue sans cesse, le marché connaît en continue l’arrivée de nouveaux produits, et les pharmaciens, qui sont les professionnels de santé les plus accessibles, doivent savoir répondre aux inquiétudes et interrogations des patients, et convenablement les prendre en charge dans le cadre du conseil et de leur compétence.

La 11e édition du Salon international de la pharmacie et parapharmacie en Algérie (Siphal) a eu lieu du 15 au 18 février 2017 à la Safex (Alger), que pensez-vous de ce genre de manifestation ?
C’est un rendez-vous professionnel très important, où se sont côtoyés différents acteurs du médicament et de la pharmacie ainsi que de nombreuses organisations professionnelles et institutions. C’est un espace d’échanges, et de communication devenu incontournable. Non seulement les laboratoires et producteurs ont exposer en vue de faire connaître leurs services et produits, mais cela a été également l’occasion pour les professionnels de la santé de se former, puisque de nombreuses communications et conférences sont programmées. La science n’arrête pas d’avancer, et la réglementation qui régit le secteur subit des changements réguliers, et il est indispensable pour tous d’être à jour de toutes les nouveautés. Le Snapo a participé à toutes les éditions du Siphal depuis sa création, cela a donc été pour nous une occasion de rencontrer des pharmaciens qui viennent de toute l’Algérie, mais aussi de présenter des conférences sur l’actualité professionnelle et officinale. Cette année, une conférence sur les morphiniques a été présentée par le Snapo, c’était l’occasion de mettre en valeur le rôle que peuvent jouer les pharmaciens dans la prise en charge de la douleur et des malades atteints du cancer.