Le président du Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo), Messaoud Belambri, confirme la distribution au plus tard dans deux jours de 500 concentrateurs d’oxygène d’une capacité de 10 litres dans le cadre d’une opération de parrainage avec un opérateur. Ces concentrateurs seront vendus au prix d’achat après présentation d’un dossier médical et sont le premier lot de 2 000 appareils qui seront réceptionnés dans les dix prochains jours. Dans cet entretien, le président du Snapo explique les détails de cette opération. Il aborde également le lancement incessant de la campagne de vaccination dans les pharmacies ainsi que les tensions qui commencent à se faire ressentir sur certains médicaments, en lançant un appel à la population pour une consommation rationnelle des stocks disponibles.

Entretien réalisé par Sihem Bounabi
Reporters : Vous avez annoncé la distribution de 2 000 concentrateurs d’oxygène au niveau des pharmacies d’officine au prix coûtant. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur cette opération ?
Messaoud Belambri :
Je tiens tout d’abord à préciser que ce n‘est pas le Snapo qui importe ces appareils, comme cela a été rapporté par certains médias. C’est un opérateur spécialisé en produits pharmaceutiques qui a acheté ces appareils. Notre rôle en tant que syndicat consiste dans le parrainage et l’accompagnement de cette initiative en garantissant à cet opérateur la vente exclusive de ces concentrateurs d’oxygène en officines à un prix plafonné et fixé d’un commun accord dans un esprit de solidarité afin que ces appareils soient accessibles aux malades sans qu’il y ait de marge ou de profit.

Quelles sont les pharmacies qui sont ciblées par cette opération ?
Le Snapo s’est entendu avec l’opérateur pour qu’il distribue lui-même aux pharmaciens d’officine ces appareils sans intermédiaires. L’opération va toucher toutes les wilayas. C’est sûr que 2 000 concentrateurs ne vont pas suffire à la demande, mais je tiens à préciser que c’est une contribution parmi d’autres. C’est surtout une manière de montrer par quels moyens les gens peuvent aider, comme cela est en train de se faire en ce moment, que ce soit par des mouvements associatifs ou des syndicats. Ce qui est essentiel pour nous, c’est que cela va se faire exclusivement à travers les pharmacies à prix coutant, sans profit, sans bénéfices et sans intermédiaires. Je tiens à souligner que ces 2 000 appareils sont acheminés avec d’énormes problèmes.

Justement, quels sont les problèmes que vous rencontrez ?
C’est surtout un problème d’acheminement. L’opérateur a été obligé de louer un avion pour acheminer ces appareils. Même s’il a réussi à acquérir les 2 000 concentrateurs d’oxygène malgré la forte demande mondiale sur ces appareils, le problème auquel il a été confronté est leur acheminement vers l’Algérie. Car même en louant un avion, la capacité de transport se limite à 500 appareils par voyage. C’est pour cela que l’opération d’acheminement va s’étaler sur plusieurs jours par tranche de 4 fois 500, étalée sur dix jours. Le premier quota sera réceptionné ce dimanche et distribué dans les pharmacies mardi ou mercredi. Il faut savoir que l’opérateur a fait d’énormes efforts car même les concertateurs d’oxygène subissent actuellement une tension au niveau international et font l’objet de surenchères, car le monde entier est en train d’acheter des concentrateurs. Cela va aider à atténuer les pressions sur la demande et nous espérons qu’après avoir atteint le plateau du pic de la pandémie, qui risque de durer une semaine ou deux, la demande va diminuer d’ici 15 jours, d’autant plus que les hôpitaux sont en train de s’équiper pour la production autonome d’oxygène.

Quels conseils pourriez-vous donner aux particuliers qui achètent les concentrateurs d’oxygène ?
En ce moment nous avons remarqué que tout le monde achète ces appareils. Certains juste pour les stocker au cas où ils en auront besoin, empêchant ceux pour qui ces appareils sont vitaux de s’en procurer. Je tiens à préciser que les concentrateurs vendus en pharmacie sont exclusivement destinés aux malades hospitalisés à domicile faute d’avoir trouvé une place à l’hôpital. Il faut aussi préciser que cela nécessite une assistance médicale. Il faut impérativement la présence du médecin de famille ou des infirmiers compétents dans l’alimentation en oxygène pour pouvoir suivre le fonctionnement de ces appareils. Il faut assurer une alimentation régulière et stable de l’oxygène selon l’état du malade qui se différencie d’un cas à un autre ; il faut faire très attention à l’automédication, car l’oxygène est un médicament. Un médicament administré sans suivi médical et mal utilisé, peut être plus néfaste et nuisible en risquant de détériorer l’état de santé du malade. Il faut être très vigilant sur ce point.

A propos d’automédication et du protocole Covid, est-il disponible ou y a-t-il une tension sur les médicaments ?
Tout le monde est en train d’acheter le protocole, même ceux qui ne sont pas malades, et cela déstabilise la disponibilité des traitements. Les malades qui ont besoin de médicaments risquent de ne pas en trouver. Nous avons enregistré une forte demande sur ces types de médicaments et cela crée des tensions. Même pour le paracétamol, en ce moment, on a des problèmes d’approvisionnement. On a justement discuté de ce problème de disponibilité avec le ministre de l’Industrie pharmaceutique et à qui nous transmettons de manière très régulière les tensions que nous rencontrons dans l’approvisionnement en médicaments. Le ministère est en train d’assurer un suivi au quotidien sur les chaînes de production des différents produits et surtout en ce qui concerne ceux entrant dans le protocole Covid. D’ailleurs, nous avons été informés que mercredi 4 août, il y aura une réunion urgente avec les opérateurs du secteur, qu’ils soient importateurs ou producteurs, pour justement donner des orientations et suivre leur rythme de production. En tant que syndicat, nous nous sommes rapprochés des producteurs et je peux vous assurer qu’ils travaillent presque 24H/24. Il faut savoir que le rythme de production est de 500 000 boîtes de paracétamol par semaine. Il y a quatre à cinq producteurs de paracétamol qui sont en train d’augmenter leur rythme de production pour satisfaire la demande. Et avec cela nous enregistrons une tension sur ce produit. Alors imaginez ce qui se passe pour le reste des produits avec la problématique de l’acheminement de la matière première. Malgré cela, les efforts sont multipliés pour assurer la régularité de la disponibilité des médicaments pour les malades. C’est pour cela que nous lançons un appel à nos citoyens pour une modération dans la consommation des médicaments ; et surtout ne pas acheter les médicaments pour les stocker, car cela pénalise les vrais malades et déstabilise le marché en créant des tensions. Ce qui nous empêche en tant que pharmaciens d’accomplir notre mission convenablement, car nos stocks sont très perturbés à cause de la demande qui est exponentielle. Il faut rester rationnel et modéré dans l’achat des médicaments, pour que les vrais malades puissent se soigner.

Suite à l’autorisation du ministère de la Santé de la vaccination dans les officines, quel est votre avis et comment va se dérouler cette opération ?
Le lancement de cette campagne de vaccination dans les pharmacies va être assuré par une couverture juridique suite à la signature d’un arrêté ministériel. Dans quelques jours, l’opération de vaccination pourra débuter dans les pharmacies. Elle sera effective dans 5 à 7 jours et nous avons déjà lancé les inscriptions pour les pharmaciens volontaires qui veulent intégrer cette opération. Il faut savoir que les pharmaciens sont habilités à vacciner les citoyens, comme cela se fait dans la majorité des pays à travers le monde.
Il faut que les pharmaciens d’officine soient conscients de leur rôle au sein du système de la santé. Il peut y avoir certains pharmaciens qui ne sont pas volontaires pour cette campagne, mais cela reste une décision personnelle et non pas une question de compétence. Je tiens à affirmer que le pharmacien est habilité à la vaccination car il dispose d’une formation pour effectuer cela. C’est un personnel médical qui fait partie de la famille médicale. Il faut savoir que la loi sanitaire 18 /11 dans son article 179 stipule que le pharmacien est appelé à assurer certains services de santé et ces services sont recommandés et préconisés par l’Organisation mondiale de la santé.
Le Snapo a oeuvré à faire participer les pharmaciens à cette campagne de vaccination afin de jouer son rôle dans le cadre de la lutte contre la propagation de ce virus. Le but est d’atteindre la vaccination du plus grand nombre possible car il n’y a que le vaccin qui peut nous sauver. Il n’y a pas un réel traitement contre la Covid, seul le vaccin peut mettre une barrière réelle contre cette maladie qui est virale. Par conséquent, ce virus ne peut être combattu qu’en développant l’immunité qui ne peut l’être que par la vaccination. Tous les pays du monde vaccinent massivement car c’est une course contre la montre. Il faut vacciner le plus rapidement possible et multiplier les points de vaccination en mobilisant toutes les compétences humaines habilitées à le faire. Aujourd’hui, il s’agit de vacciner le plus grand nombre de personnes en un laps de temps très court. Avec la contribution des pharmaciens, si on considère qu’il y a au moins 6 000 qui vont adhérer à cette campagne et surtout les 4 500 qui sont dans les zones d’ombre, cela évitera aux populations de se déplacer et aussi d’éviter les encombrements qui risquent de contribuer à la propagation du virus.

A propos d’encombrement, est-ce qu’il n’y a pas un risque d’afflux vers les pharmacies pour se faire vacciner et comment organiser la vaccination en évitant les attroupements ?
La vaccination va permettre aux gens de se faire vacciner dans des conditions confortables en toute sécurité. Les officines disposent de salle d’attente car on accueille déjà les malades chroniques et les assurés sociaux dans le cadre du tiers-payant depuis 20 ans. De ce fait, les pharmaciens d’officine ont l’expérience de gérer le flux de personnes dans des espaces convenables. Il faut savoir également que dans la réglementation, il est précisé que le pharmacien doit avoir un bureau pour un entretien confidentiel avec son malade, et c’est dans ce bureau que nous pouvons procéder à la vaccination. On peut s’organiser par des rendez-vous précis avec les citoyens car il existe déjà un lien de confiance entre les assurés sociaux, les malades chroniques et les pharmaciens. Il faut comprendre que la pharmacie, c’est aussi un espace de santé de proximité accessible aux citoyens en toute confiance.