Reporters : Tout d’abord, pourquoi avoir choisi d’étendre la grève blanche des officines, afin de protester contre la pénurie du médicament sur tout le territoire national, une semaine après la grève blanche des officines de Constantine ?
Messaoudi Belambri : Il y a une semaine, après l’initiative lancée par le bureau du Snapo de Constantine, d’organiser une fois par semaine, le dimanche, une grève blanche des officines, on avait déjà prévenu que le mouvement de protestation serait ce dimanche étendu à un niveau national. Ainsi, tout au long de la semaine passée, les pharmaciens avaient lancé plusieurs appels pour amplifier ce mouvement et maintenant cela se concrétise. C’est le deuxième dimanche de grève blanche sans commande, entamée par les pharmaciens à travers le Snapo. Cette décision a été maintenue car, depuis une semaine, il n’y a pas eu de changement et la pénurie de médicament, qui perdure depuis plusieurs semaines, pour ne pas dire plusieurs mois, s’est au contraire aggravée. Il y a plus de 335 médicaments qui ne sont pas disponibles. On nous a signalé qu’au courant de la semaine qui vient de s’écouler, la liste des médicaments qui sont en rupture est en train de s’allonger.

Et pourquoi avoir choisi la formule de la grève blanche comme forme de protestation contre la pénurie de médicaments ?
C’est une façon pacifique de protester, on ne passant pas commande aux distributeurs de médicaments. De cette manière, on ne touche pas à la santé des malades en passant à une grève réelle de terrain qui consiste en la fermeture des officines. Mais c’est un signal que nous voulons envoyer un message aux pouvoirs publics pour leur dire que cela fait longtemps qu’on parle de pénurie et que rien de concret n’est fait pour trouver des solutions sur le terrain, car la situation perdure. Au contraire, la pénurie est en train de s’aggraver au fil des jours.

Pourtant, il y a eu des annonces officielles, que la problématique de la disponibilité des médicaments serait rapidement réglée ?
Certes, le ministère de l’Industrie pharmaceutique a annoncé, la semaine dernière, la signature de 500 programmes avec l’objectif de trouver des solutions à cette situation épineuse, mais il n’y a pas eu de clarification sur la nature de ces 500 programmes. Est-ce qu’il s’agit de programmes qui concernent les principes actifs ou les intrants ? Est-ce qu’il s’agit de la matière première ou des produits finis ? On n’a pas de détails sur ce sujet. Mais ce que l’on sait, c’est que sur le terrain et pour le moment, il y a des médicaments qui sont toujours en rupture de stock.

Il y a également des déclarations que cette pénurie touche surtout les produits pharmaceutiques importés et que les génériques, qui sont tout autant efficaces, sont disponibles sur le marché, et ce sont les Algériens qui n’en veulent pas. Quel est votre avis à ce sujet ?
C’est vrai que certains citoyens préfèrent le produit importé, mais quand vous proposez le générique à un malade qui a besoin d’un remède, c’est évident qu’il va accepter car le plus important pour lui c’est de se soigner même avec le générique. Il faut savoir que cela fait longtemps que le générique a fait sa place auprès des Algériens. Cet argument de dire que le citoyen refuse le générique qui est disponible n’est pas crédible. Car c’est archi faux qu’un malade refuse un médicament qui peut le soigner. Au contraire, il y a des génériques qui n’étaient pas consommés, mais avec la pénurie de médicament qui s’est installée dans le temps, les malades ont accepté le médicament disponible quelle que soit sa marque. En vérité, ce sont de faux prétextes pour essayer de justifier cette pénurie ou de contredire les déclarations du Snapo. Je tiens à souligner qu’on a toujours encouragé la production locale. Et il faut savoir que cette pénurie est en train de toucher même les génériques et les produits fabriqués localement.

Selon vous, quelles sont les raisons de cette pénurie de médicaments ?
Les raisons sont multiples et variées. On nous répond que le manque de médicament est dû à une tension sur certains médicaments qui ne sont pas disponibles suffisamment. Mais, il y a des médicaments que l’on ne trouve que chez certains grossistes. La question que l’on se pose, pourquoi sur 700 grossistes, il n’y a que quelques-uns qui ont ces médicaments ? Il y a aussi de nombreuses questions sur les raisons de cette pénurie auxquelles il n’y a pas eu de réponse. En l’occurrence, est-ce qu’il y a des blocages ? Est-ce qu’il y a eu des programmes qui n’ont pas été signés à temps ou qui ont été signés à temps mais les opérateurs n’ont pas honoré leur engagement ? Est-ce qu’il y a eu des produits qui ont été enregistrés et qui n’ont pas été produits ? Est-ce qu’il y a eu des produits qui ont l’habitude d’être produits et en ce moment la production est arrêtée ?
C’est autant de questions qui mériteraient des réponses claires. D’autant plus que la liste de médicaments en rupture est variée. Elle touche le produit fabriqué localement et le produit importé.
Les grossistes devraient aussi s’exprimer. Si eux subissent des pressions de la part des laboratoires, ils n’ont qu’à le dire. Maintenant qu’ils sont organisés en association, ils peuvent également exprimer leurs doléances quant à leurs relations avec les laboratoires ou les importateurs. S’il y a un grossiste qui est privilégié par rapport à d’autres, il faut qu’ils le disent. S’il y a des choses qui se passent entre les fournisseurs initiaux et les distributeurs, ils n’ont qu’à l’exprimer. Si eux aussi subissent des ségrégations et des conditions financières, ou des pratiques qui ne sont pas conformes à la réglementation, ils n’ont qu’à le dire. Ils ne devraient pas réagir en remettant en cause seulement les déclarations des pharmaciens ou du Snapo, ou en contestant le nombre de médicaments en rupture que nous présentons. Si eux sont victimes de pratiques qui sont à l’origine des problèmes de disponibilités des médicaments, il faut qu’ils aient le courage de s’exprimer , comme nous on le fait en exprimant notre colère et en dénonçant cette situation qui a trop perduré.

Est-ce que le Snapo a prévu d’autres actions sur le terrain pour protester contre cette pénurie de médicaments ?
Pour le moment, nous allons poursuivre la grève blanche au niveau de tout le territoire national, chaque dimanche durant les prochaines semaines. Mais, il y a déjà certains de nos membres qui réclament que cette grève soit multipliée durant la semaine. C’est-à-dire ne pas se limiter à une seule journée et l’organiser deux à trois fois par semaine. Il y a aussi certains qui sont prêts à arrêter de travailler, car la situation est devenue insoutenable face aux demandes des malades. Surtout que quand le pharmacien fait ces commandes, les grossistes lui imposent des conditions. Où il se retrouve avec des petites quantités insuffisantes pour répondre à la demande, des produits qui vont rapidement se périmer et on lui impose d’autres produits.
En attendant, pour le moment, le Snapo maintient la grève blanche à une journée par semaine, avec la possibilité de l’étendre à d’autres jours de la semaine. On garde toutefois l’espoir que l’on sera entendus par les pouvoirs publics et que nous aurons rapidement des réponses et que les choses vont bouger avec la volonté exprimée par le gouvernement et les intentions qui ont été émises par le président de la République.