Dans cet entretien, le président du Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo), M. Belambri, nous parle du problème dénoncé par le syndicat, celui de la restriction de la liste des médicaments remboursables.

Il regrette le fait que la Sécurité sociale n’informe pas suffisamment et à temps ses partenaires des nouvelles conditions de remboursement des médicaments. Sur le sujet de la pénurie des médicaments, M. Belambri révèle que son syndicat propose la création d’une cellule de veille ou de vigilance pour suivre le marché et détecter avec rapidité et même avec anticipation toute rupture ou risque de rupture.

 

Reporters : Vous avez dénoncé dernièrement la restriction des médicaments remboursables, qu’en est-il sur ce sujet ? Y-a-t-il eu des réactions ?

Messaoud Belambri : Nous avons surtout réagi pour dénoncer l’absence de communication et de concertation dans la prise de ce genre de décision. En tant que partenaires, et les pharmaciens n’étant pas moins de 11 000 à l’échelle nationale, soumis aux obligations conventionnelles dans le cadre du système Chifa et du tiers-payant, nous aurions souhaité que les mesures prises concernant l’introduction de nouvelles conditions de remboursement, restreignant l’accès à de nombreux médicaments, soient prises avec un travail de communication suffisant. Ce qui permettra aux pharmaciens de trouver des solutions réelles pour une prise en charge convenable des assurés sociaux et bénéficiaires du tiers-payant. Ce n’est pas aux pharmaciens d’assumer en totalité le travail de communication, qui devait être accompli par la Sécurité sociale envers les malades chroniques et les assurés sociaux. De plus, ces décisions ne concernent pas seulement les malades et les pharmaciens conventionnés, mais aussi les médecins et autres praticiens de la santé. Ils devaient adapter en conséquence les prescriptions médicales et préparer leurs patients à des médicaments de substitution ou de nouveaux protocoles médicaux. Les arrêtés ont été signés en août, et malgré plusieurs rencontres et réunions avec la sécurité sociale, aucune information ne nous a été donnée concernant ces nouvelles mesures. Nous avons pris connaissance de ces arrêtés à travers la presse, en novembre, suite à leur publication au Journal officiel. Les nouvelles dispositions concernant le remboursement prennent effet immédiatement et dès publication au JO, ce qui fait que nous avons été surpris et pris de court de manière totalement imprévue. Les pharmaciens sont obligés de détenir des stocks en vue d’honorer les demandes et besoins en médicaments des assurés sociaux et des malades chroniques. Nous pensons qu’il est anormal que la sécurité sociale n’informe pas suffisamment à temps ses partenaires des nouvelles conditions de remboursement des médicaments. Ceci altère la bonne gestion du médicament au sein de toute la filière et met tous les acteurs du secteur de la pharmacie et du médicament dans des situations difficiles et compliquées. L’esprit de partenariat impose un minimum de communication et de concertation. Si, en tant que partenaires, nous nous sommes toujours montrés très soucieux de la préservation des équilibres des caisses de sécurité sociale et avons adhéré à toutes les mesures prises pour protéger notre système social, il est indispensable qu’en retour, on tienne compte de nos difficultés et qu’on veille à l’avenir à préserver les capacités économiques de tous les opérateurs du secteur en tenant compte des difficultés des pharmaciens sur lesquels repose totalement le tiers-payant qui profite à 37 millions d’Algériens. Le partenariat doit interagir dans les deux sens et pas à sens unique.

Le Snapo prépare une réflexion pour faire face à la rupture des stocks et la pénurie des médicaments, pouvez-vous nous en dire plus sur le sujet ?
Le marché du médicament reste perturbé de façon répétée et nous notons le manque de nombreux médicaments au niveau des officines pour certains produits par intermittence et pour d’autres de manière continue.
Chaque fois que nous avons l’occasion de nous entretenir à ce sujet avec les responsables du ministère de la Santé, nous essayons de leur fournir toutes les informations que nous détenons au sujet de ces ruptures. Et du moment que ce problème revient de manière récurrente, nous souhaitons que toutes les investigations soient faites pour identifier les raisons qui mènent vers cette situation. Encore une fois, nous précisions que les ruptures touchent non seulement les produits importés mais également ceux de fabrication localement. Du côté du Snapo, nous avons relevé que certains importateurs se distinguent par un manque de régularité et même de professionnalisme et de sérieux. Nous avons appelé le ministère à prendre des mesures contre eux, non seulement en les écartant définitivement de la liste des importateurs agréés par le ministère de la Santé mais, notamment en attribuant leurs programmes à des opérateurs qui font preuve d’un grand professionnalisme et qui tiennent toujours leurs engagements et respectent les programmes approuvés par le ministère. Et s’il est également vérifié que certaines entreprises sont la cause des ruptures, il est temps de penser à des réformes, telles que l’instauration d’amendes.

Nous allons aussi proposer la création d’une cellule de veille ou de vigilance, pour suivre le marché et détecter avec rapidité, et même avec anticipation, toute rupture ou risque de rupture. Cela se fait dans les pays les plus industrialisés et les plus développés, pourquoi pas chez nous ?
S’agissant des produits fabriqués localement, il y a vraiment lieu de se poser des questions et trouver des explications concernant le manque de nombreux médicaments, comme les antibiotiques et les antiinflammatoires injectables, mais aussi de nombreuses pommades et sirops.
Il faut identifier toutes les causes ayant mené vers ces ruptures et aider la production nationale à continuer à s’épanouir et à se développer. On ne construit pas autant d’usines pour qu’elles ne fonctionnent pas avec leur plein rendement. L’essentiel a été accompli en encourageant à investir dans ce secteur, il s’agit maintenant de garantir son fonctionnement de manière pérenne et optimale.

A votre avis, comment se porte actuellement l’industrie nationale du médicament ?
Voici d’abord les chiffres officiels annoncés par le ministère de la Santé, concernant le nombre d’unités de production du secteur pharmaceutique : 80 en activité et 150 en cours de réalisation.
Nous devons penser maintenant à varier la production et à l’exporter. Mais aussi à préserver la bonne santé économique de ces entreprises qui sont en activité, qui contribuent à assurer une assez bonne autonomie de notre pays et qui, en quelques années, ont fait que notre production couvre environ 60% en volume de nos besoins en produits pharmaceutiques. Mais le fait d’enregistrer sur le marché un manque de produits fabriqués localement et même voir que certains ont considérablement réduit leur gamme, doit nous pousser à poser des questions 

Dans le cadre de la Fédération algérienne du médicament (FAM), constitué de l’Unop, de l’Adpha et du Snapo, nous avons l’occasion de prendre connaissance de nombreuses difficultés rencontrées par les producteurs locaux, notamment des difficultés en relation directe avec le prix. Et nous sommes convaincus que les mesures prises par la sécurité sociale, en matière de remboursement et de fixation de tarif de référence extrêmement bas, ne pénalisent pas seulement les assurés sociaux, mais mettent à rude épreuve la production nationale. Avec une politique des prix comme elle est menée actuellement, nous allons inévitablement vers l’abandon de la fabrication de nombreux médicaments, vers l’arrêt de l’investissement dans ce secteur. Et même l’abandon de nombreux projets en cours ou déjà actifs, et nous allons aussi vers l’étouffement total de la production nationale. Ces mesures ont touché toutes les usines, privées et publiques.
Il est malheureux de constater, aujourd’hui, que des mesures qui ne sont pas prises dans un cadre consensuel et de concertation, viennent casser les efforts et la stratégie industrielle de tout un pays développé depuis plusieurs décennies. Des mesures qui touchent à l’économie nationale et à l’industrie nationale du médicament ne doivent plus être prises de cette façon, car leurs conséquences sont lourdes, destructrices et irréversibles. On ne doit pas se focaliser sur des résultats de façade et des calculs immédiats, mais sur des prévisions et des résultats plus fiables sur le long terme.