Le chef de la diplomatie, Abdelkader Messahel, prend part aujourd’hui aux travaux du Forum économique mondial de Davos en tant que représentant du chef de l’Etat. D’après un communiqué de son département, le ministre aura à intervenir sur le thème de la «Paix» et de la «Réconciliation nationale» et présenter «l’expérience algérienne» et les choix politiques qui ont permis au président de la République de solder les frais de la «guerre civile » et faire regagner au pays la stabilité qu’il avait perdue entre 1992 et 1999. Ce n’est pas dit textuellement dans l’avis laconique, publié hier par le service d’information du ministère des Affaires étrangères, mais le thème que M. Messahel a choisi d’aborder en Suisse est tout sauf anodin. Il constitue probablement, en cette période de fin de mandat du président de la République et de suspense sur ses intentions futures, ce qu’il y a de meilleur à défendre de son bilan, redonner au pays la paix qu’il avait massivement perdue durant la «décennie rouge» ou
«noire» comme préfèrent certains. La question de «qui a fait quoi et à quel moment» pour le retour de la sécurité dans le pays fait, certes, encore débat dans quelques cercles qui considèrent que le sort de l’islamisme armé a été réglé là, où il a cherché à se sanctuariser – dans les replis urbains et les maquis. Elle peut, en raison de sa résistance au temps, reprendre peut-être de la force et se poser à nouveau, encouragée par la perspective du scrutin présidentiel du 18 avril 2019. Mais ce n’est pas être injuste vis-à-vis de ceux qui ont fait la guerre aux groupes djihadistes, à l’époque, que d’admettre que leur bilan aurait été inachevé ou pris d’autre forme sans l’engagement politique de M. Bouteflika pour l’amnistie et les lois qu’il a fait voter en 1999 puis en 2005. Les lois portant «Concorde civile» et «Réconciliation nationale» et l’adhésion massive (un taux de participation de 79,76% et 97,36% de suffrage pour la loi portant Charte pour la réconciliation nationale) sont par ailleurs entrées dans l’imaginaire collectif des Algériens, comme dans la perception qu’a le partenaire étranger de notre pays et de son histoire récente, comme l’instrument qui a mis un terme à la « tragédie nationale». Les mesures rendues possibles ont permis de rendre compte de l’inutilité de «rendre guerre pour guerre». Elles ont abouti à ce qui sert d’argument premier à la diplomatie algérienne, où qu’elle s’exprime, sur les questions de sécurité et de règlement de conflits nourris par l’extrémisme religieux : la déradicalisation, que M. Messahel défend comme modèle vertueux à suivre dans des tribunes aussi différentes que les Nations unies, l’Union africaine et d’autres ou face à des partenaires importants et sensiblement intéressés par le désamorçage des individus et des groupes embrigadés par les promoteurs du djihadisme dans le monde.

Thème propice
Dans leurs discours sur la coopération politique et sécuritaire, les Américains et les Européens mais, également, tous les autres pays avec lesquels on entretient une relation soutenue dans le domaine de l’antiterrorisme et de la lutte contre l’extrémisme, l’Algérie est vantée pour s’être sortie d’un conflit fratricide qui a coûté au pays quelque 200 000 morts, selon le chiffre le plus souvent cité à l’évocation de la décennie rouge. Elle est louée pour sa politique de déradicalisation que le chef de la diplomatie va sans doute aborder dans un endroit où se réunissent plus de 60 chefs d’Etat et plus de 2 000 dirigeants d’entreprise. Et où il faut y être même quand on n’a pas de choses importantes à dire en économie (la vocation même du Forum de Davos) en dehors de ce que peut faire le ministre algérien des Affaires étrangères : l’appel ou le rappel aux investisseurs internationaux de l’intérêt à faire des affaires dans un pays qui est stable et, mieux encore, un élément central de stabilité dans une région qui s’étend de la Méditerranée jusqu’aux frontières du Sahel. Le potentiel de chacune des rencontres qu’aura à faire M. Messahel est d’autant plus important que le thème de Davos, cette année, est de «façonner une nouvelle architecture pour la prochaine vague de mondialisation 4.0 ». Il y est prévu de débattre d’une mondialisation qui « a permis la croissance et le développement au niveau international », mais «qui a également engendré des inégalités excessives », selon le communiqué des organisateurs. Une thèse que l’Algérie a toujours défendue, notamment en ce qui concerne les moyens de lutte contre la migration clandestine, qui ne manquera sans doute pas de marquer les discussions.<